Fès, bien plus qu’un décor patrimonial
Fès occupe une place particulière dans le parcours de l’architecte.
L’un de ses travaux emblématiques concerne la rivière traversant la ville, longtemps dégradée, polluée et en partie recouverte par le développement urbain. L’objectif n’était pas seulement esthétique. Il s’agissait de réfléchir simultanément à l’environnement, à l’espace public et à la manière dont les habitants peuvent renouer avec un élément naturel progressivement effacé du paysage urbain.
Cette manière de travailler résume assez bien la philosophie de Chaouni.
Pour elle, le patrimoine n’est pas une collection de façades anciennes que l’on restaure pour les photographier. Il doit rester connecté à ceux qui habitent la ville.
Un bâtiment historique, un cours d’eau ou un espace public n’a réellement de valeur que s’il continue de participer à la vie contemporaine.
Moderniser sans effacer
Le sujet dépasse largement Fès.
Le Maroc connaît une transformation urbaine rapide. Les infrastructures progressent, les villes s’étendent, le tourisme se développe et les besoins en logements augmentent. Dans le même temps, le Royaume possède un patrimoine architectural et urbain exceptionnel dont la conservation constitue une responsabilité autant culturelle qu’économique.
Deux écueils apparaissent alors.
Le premier consiste à détruire au nom de la modernisation.
Le second consiste à figer les quartiers historiques jusqu’à les transformer en musées à ciel ouvert.
Chaouni cherche une troisième voie : faire évoluer sans effacer.
Cette approche devient encore plus pertinente à l’heure du changement climatique, lorsque les villes doivent également repenser l’eau, la végétation, les températures et la qualité des espaces publics.
Une compétence marocaine qui travaille avec le Maroc depuis l’étranger
Son parcours offre également une réponse intéressante au vieux débat sur la « fuite des cerveaux ».
Aziza Chaouni enseigne au Canada. Elle appartient à un grand réseau académique international. Mais cette carrière n’a pas rompu son lien professionnel avec le Maroc.
Elle montre qu’une compétence installée à l’étranger peut continuer à produire de la valeur pour son pays sans nécessairement devoir choisir entre partir et revenir définitivement.
Les Marocains du monde peuvent aussi devenir des ponts de savoir, de méthodes et de réseaux.
Dans son cas, ce pont relie notamment Toronto à Fès.
Et derrière cette géographie se dessine une idée plus large : le rayonnement des compétences marocaines ne doit pas seulement être mesuré par l’endroit où elles vivent, mais aussi par les lieux sur lesquels elles continuent d’agir.
Aziza Chaouni appartient à cette génération de Marocains du monde pour laquelle l’international n’efface pas l’origine. Il lui donne parfois les moyens de la regarder autrement et de mieux la préserver.
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