Leur poids ne se limite plus aux transferts envoyés aux familles. Les MRE sont aussi des épargnants, des investisseurs, des acquéreurs immobiliers, des entrepreneurs et des clients susceptibles d’utiliser des services financiers dans plusieurs pays.
L’été, une période décisive pour les banques
La saison estivale représente un moment privilégié pour établir ou renforcer la relation avec les MRE.
Pendant leurs vacances, de nombreux Marocains du monde profitent de leur présence dans le Royaume pour ouvrir un compte, actualiser un dossier, demander un financement, acheter un bien, organiser une succession ou préparer un projet d’investissement.
Les banques savent que cette présence physique facilite les échanges. Elles adaptent donc leurs horaires, renforcent leurs équipes et installent parfois des espaces temporaires dans les zones de forte fréquentation.
Bank of Africa a, par exemple, déployé durant l’été 2026 des espaces bancaires éphémères à Agadir, Tiznit et Dania Land, ouverts sept jours sur sept et jusqu’en soirée. L’objectif affiché est d’accompagner les MRE pendant leur séjour, à des horaires compatibles avec leurs vacances.
Cette stratégie montre que la banque ne cherche plus uniquement à attendre le client en agence. Elle tente désormais d’aller à sa rencontre.
Une clientèle dont le poids financier continue de progresser
L’intérêt des banques s’explique d’abord par l’importance des flux financiers liés à la diaspora.
À fin mai 2026, les transferts des Marocains résidant à l’étranger ont atteint 50,22 milliards de dirhams, contre 46,16 milliards un an auparavant, soit une progression de 8,8 %. Ces transferts constituent l’une des principales sources de devises du Royaume et jouent un rôle important dans les équilibres extérieurs du pays.
Pour les banques, ces montants représentent naturellement des dépôts, des opérations de change, des commissions de transfert et des possibilités de financement.
Mais réduire l’intérêt bancaire aux seuls transferts serait trop simple. Le véritable enjeu est de transformer un flux ponctuel en relation durable.
Une banque qui accompagne un MRE dans l’envoi d’argent peut ensuite lui proposer un compte en devises, une carte, une assurance, un crédit immobilier, un produit d’épargne ou une solution d’investissement.
De simples transferts à une relation bancaire complète
Pendant longtemps, les MRE ont surtout été considérés comme des clients de transfert.
Aujourd’hui, les établissements cherchent à devenir leur banque principale au Maroc.
Bank of Africa propose notamment l’ouverture de compte à distance ainsi que des solutions de financement, de transfert, d’investissement et de gestion bancaire destinées aux Marocains du monde. Sa campagne estivale 2026 associe aussi l’ouverture d’un nouveau compte à des avantages liés aux voyages et à l’hôtellerie.
Attijariwafa bank met également en avant une ouverture de compte entièrement numérique, accessible aux MRE grâce à la reconnaissance faciale et à la signature électronique.
La Banque Populaire, historiquement très présente sur ce segment, propose de son côté des comptes en devises, des crédits immobiliers et des services d’ouverture de compte en ligne. Elle indique avoir dépassé le million de clients Marocains du monde dès 2017, ce qui illustre l’ancienneté et l’importance de cette clientèle dans sa stratégie.
Pourquoi cette concurrence s’intensifie-t-elle ?
Plusieurs facteurs expliquent cette offensive commerciale.
Le premier est la fidélisation. Un client MRE peut conserver une relation bancaire pendant plusieurs décennies et transmettre cette relation à ses enfants.
Le deuxième est la diversification. Les banques cherchent à développer les revenus liés aux cartes, aux assurances, aux crédits, à l’épargne et aux services numériques, au-delà des commissions classiques sur les transferts.
Le troisième est la concurrence des fintechs et des plateformes internationales de paiement. Les transferts d’argent sont désormais plus rapides, plus simples et parfois moins coûteux en dehors des circuits bancaires traditionnels. Les établissements marocains doivent donc améliorer leur expérience numérique pour ne pas perdre le contact avec les nouvelles générations.
Enfin, les banques savent que les MRE disposent souvent d’une capacité d’épargne et d’investissement importante. Immobilier, création d’entreprise, tourisme, agriculture, santé ou projets familiaux : leurs besoins financiers sont nombreux et diversifiés.
La bataille se joue désormais sur le numérique
La nouvelle génération de Marocains du monde ne souhaite plus consacrer plusieurs jours de vacances à régler des formalités bancaires.
Elle veut pouvoir ouvrir un compte depuis l’étranger, envoyer des documents en ligne, signer électroniquement, suivre une demande de crédit et obtenir une réponse sans multiplier les déplacements.
C’est pourquoi l’ouverture de compte à distance devient un produit central.
La digitalisation permet aux banques de conquérir des clients qui vivent parfois à des milliers de kilomètres du Maroc. Elle réduit aussi la dépendance à la présence physique pendant l’été.
Cependant, l’ouverture numérique ne suffit pas. Les établissements devront également proposer une véritable continuité de service : assistance depuis l’étranger, traitement rapide des réclamations, sécurité renforcée et interlocuteurs capables de comprendre les systèmes bancaires des pays de résidence.
Des offres attractives, mais qui doivent rester lisibles
La multiplication des promotions peut être positive pour les clients, car elle stimule la concurrence.
Réductions sur les hôtels, avantages de voyage, cartes offertes, conditions préférentielles ou programmes de parrainage rendent les offres plus visibles et parfois plus intéressantes.
Mais une analyse objective impose aussi de rappeler que l’avantage commercial ne doit pas masquer le coût réel du service.
Avant de souscrire, un client devrait comparer les frais de tenue de compte, les coûts de transfert, les marges de change, les assurances obligatoires, les commissions sur les cartes et les conditions d’un crédit.
Une offre gratuite pendant quelques mois peut devenir plus coûteuse ensuite. Une réduction ponctuelle sur un voyage ne compense pas nécessairement des frais bancaires élevés sur plusieurs années.
La transparence tarifaire sera donc un élément essentiel de la confiance.
Le crédit immobilier reste un produit central
Pour de nombreux MRE, le projet principal au Maroc reste l’acquisition d’un logement.
Les banques l’ont bien compris. Elles proposent des crédits immobiliers adaptés aux revenus perçus à l’étranger, avec des montages prenant en compte les devises, les garanties et la situation professionnelle du client.
La Banque Populaire commercialise, par exemple, des financements immobiliers ouverts aux Marocains du monde.
Ce marché est attractif, mais il exige une vigilance particulière.
Les banques doivent expliquer clairement le taux, la durée, le coût total, les garanties, le risque de change et les conséquences d’une baisse de revenus dans le pays de résidence.
Le crédit immobilier peut renforcer le lien avec le Maroc, mais il doit rester adapté à la capacité réelle de remboursement du client.
Les MRE ne veulent plus seulement des produits, mais de l’accompagnement
Le besoin principal des Marocains du monde n’est pas toujours financier.
Il est souvent administratif et pratique.
Un MRE qui souhaite investir peut avoir besoin d’un accompagnement pour comprendre les règles fiscales, créer une société, sécuriser un achat immobilier ou identifier les bons interlocuteurs.
Les banques disposent ici d’une occasion importante : passer du rôle de vendeur de produits à celui de partenaire de projet.
Elles pourraient proposer des conseillers spécialisés par pays de résidence, des rendez-vous vidéo, des services en plusieurs langues, des partenariats avec des notaires et des experts, ainsi qu’un suivi précis des dossiers.
C’est sur cette qualité d’accompagnement, plus que sur les cadeaux saisonniers, que se construira la fidélité à long terme.
Une relation qui doit dépasser la saison estivale
La période estivale est une porte d’entrée, mais elle ne doit pas devenir l’unique moment de contact avec les MRE.
La vraie modernisation bancaire consistera à offrir la même qualité de service en janvier qu’en juillet, depuis Paris, Bruxelles, Montréal, Amsterdam, Madrid ou Dubaï.
Les Marocains du monde attendent une banque capable de fonctionner à distance, de répondre rapidement et de comprendre leurs contraintes spécifiques.
Les campagnes estivales sont donc utiles, mais elles devront être prolongées par une stratégie annuelle.
Les MRE, une clientèle stratégique qui mérite mieux qu’une campagne saisonnière
L’intérêt croissant des banques marocaines pour les MRE est logique. Les transferts progressent, les besoins se diversifient et la diaspora représente un potentiel important d’épargne, d’investissement et de financement.
La concurrence entre les établissements peut améliorer les services, accélérer la digitalisation et rendre certaines offres plus avantageuses.
Mais la véritable réussite ne se mesurera pas au nombre de campagnes publicitaires lancées pendant l’été.
Elle se mesurera à la transparence des tarifs, à la rapidité des procédures, à la qualité du conseil et à la capacité des banques à accompagner les Marocains du monde toute l’année.
Les MRE ne sont plus seulement des expéditeurs de devises. Ils sont des clients internationaux, des investisseurs potentiels et des partenaires du développement du Royaume. Les banques qui comprendront pleinement cette évolution construiront avec eux une relation bien plus durable qu’une simple offre estivale.
💬 Commentaires (1)
Merci pour cet article, pourriez-vous réaliser un études comparative des offres bancaires marocaines à destination des MRe?
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