Les témoignages publiés à l’approche de l’été 2026 évoquent des budgets pouvant atteindre 1 500 à 2 000 euros pour une famille voyageant par avion depuis l’Europe, tandis que les prix des traversées maritimes suscitent également de fortes protestations. La question a même été portée au Parlement, où le gouvernement a été interpellé sur la hausse des billets d’avion et de ferry pendant l’opération Marhaba.
Face à cette situation, une question mérite d’être posée sans démagogie : le Maroc ne devrait-il pas mettre en place un mécanisme permanent de soutien au transport pour ses citoyens établis à l’étranger ?
Des MRE indispensables à l’économie, mais seuls devant le prix du retour
Les Marocains du monde ne sont pas seulement des visiteurs estivaux. Ils soutiennent des familles, financent des logements, participent à la consommation, investissent et alimentent les réserves en devises du Royaume.
En 2025, leurs transferts ont atteint environ 122,02 milliards de dirhams, contre 118,98 milliards un an auparavant, soit une nouvelle progression annuelle. Sur les deux premiers mois de 2026, les envois ont encore représenté 18,54 milliards de dirhams, en hausse de 4,2 % sur un an.
Ces chiffres sont régulièrement salués lorsqu’ils sont publiés. Pourtant, au moment de rentrer au Maroc, les familles ont souvent le sentiment d’être livrées à elles-mêmes face aux mécanismes tarifaires des compagnies aériennes et maritimes.
Il ne s’agit pas de demander la gratuité des voyages. Il s’agit de reconnaître qu’un lien stratégique existe entre le Maroc et plusieurs millions de citoyens vivant à l’étranger, et que ce lien ne peut pas dépendre uniquement des prix fixés pendant les périodes de très forte demande.
Europe, Amérique, Golfe : la même difficulté, mais pas les mêmes distances
Pour les MRE d’Europe, le retour peut se faire en avion, en voiture ou par bateau. Mais une famille qui traverse la France et l’Espagne doit additionner le carburant, les péages, l’hébergement, les repas et le prix du ferry. Pour celle qui voyage en avion, les billets estivaux et les bagages peuvent rapidement faire exploser le budget.
Depuis les États-Unis ou le Canada, la distance laisse encore moins d’alternatives. Une famille de quatre ou cinq personnes dépend presque entièrement de l’avion, avec des tarifs long-courriers particulièrement lourds pendant les vacances scolaires.
Les Marocains établis au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Arabie saoudite ou dans les autres pays du Golfe rencontrent une difficulté similaire : choix limité de vols directs, correspondances, bagages et prix élevés lorsque toute la famille voyage.
Le problème est donc mondial. Mais sa réponse doit être adaptée aux réalités de chaque région.
L’opération Marhaba accompagne les voyageurs, pas leur pouvoir d’achat
L’opération Marhaba joue un rôle essentiel dans l’accueil et l’assistance des Marocains du monde dans les ports, les aéroports et les espaces de transit. Elle existe depuis 2001 et constitue aujourd’hui un dispositif majeur d’accompagnement pendant la saison estivale.
Mais l’assistance commence généralement une fois le voyage engagé. Elle ne résout pas la première difficulté : pouvoir acheter le billet.
Augmenter le nombre de vols et de traversées est nécessaire, mais cela ne garantit pas automatiquement un tarif accessible. Lorsque la demande se concentre sur quelques semaines, les familles restent exposées à des prix très élevés, même si les capacités sont renforcées.
Le Maroc doit donc compléter la logique d’accueil par une véritable politique de mobilité de la diaspora.
La continuité territoriale n’est pas une idée irréaliste
Des dispositifs comparables existent ailleurs. En Corse, la continuité territoriale permet aux résidents de bénéficier de tarifs aériens préférentiels sur les liaisons avec le continent. Le système repose sur des obligations de service public et des compensations encadrées. Air Corsica affiche actuellement des tarifs aller-retour réservés aux résidents, notamment vers Paris, Marseille et Nice.
La Collectivité de Corse a même étudié l’idée d’un tarif “Diaspora”, distinct du tarif résident, afin de permettre aux Corses vivant ailleurs de maintenir plus facilement leur lien avec l’île. Cette réflexion montre qu’un territoire peut considérer la mobilité de sa diaspora comme une question publique, et pas seulement commerciale.
D’autres mécanismes européens utilisent des obligations de service public ou des aides sociales au transport pour réduire l’isolement de certaines régions et de leurs habitants. La réglementation européenne recense ainsi de nombreuses lignes bénéficiant de compensations publiques, de plafonds tarifaires ou de tarifs préférentiels pour les résidents.
Le Maroc ne pourrait pas copier ces modèles à l’identique, car les MRE vivent à l’étranger et les liaisons sont internationales. Mais il peut s’en inspirer pour construire son propre mécanisme, juridiquement sécurisé et financièrement ciblé.
La proposition MM News : créer un “Pass Retour Maroc”
MM News propose l’ouverture d’un débat national autour d’un Pass Retour Maroc, destiné aux familles marocaines établies à l’étranger.
Ce dispositif ne serait ni une réduction générale offerte à tous, ni un chèque sans contrôle. Il pourrait fonctionner sous la forme d’une aide annuelle, plafonnée et ciblée, utilisable sur un billet d’avion ou de bateau à destination du Maroc.
Le pass pourrait reposer sur plusieurs principes :
- une aide pour un aller-retour par an et par bénéficiaire éligible ;
- une priorité aux familles avec enfants, étudiants, personnes âgées et ménages aux revenus modestes ou intermédiaires ;
- un montant différencié selon la zone de résidence : Europe, Amérique du Nord, Afrique, Golfe ou autres régions ;
- une utilisation auprès de plusieurs compagnies, afin d’éviter de favoriser un seul opérateur ;
- un paiement direct à la compagnie ou un remboursement numérique sécurisé, jamais en espèces ;
- un plafond tarifaire empêchant les opérateurs d’augmenter artificiellement leurs prix pour absorber la subvention.
L’État pourrait lancer une première expérimentation sur certaines périodes, certains axes ou certaines catégories de familles, avant d’évaluer son coût et son efficacité.
Ne pas taxer les transferts, mais reconnaître leur importance
Le financement d’un tel dispositif ne devrait pas passer par une taxe sur les transferts des MRE. Ces fonds appartiennent aux familles et ne doivent pas être pénalisés.
En revanche, le niveau record de ces transferts justifie qu’une partie du budget public consacré à la diaspora soit orientée vers des services concrets : mobilité, accompagnement administratif, investissement, protection juridique et transmission culturelle.
Le soutien pourrait aussi associer l’État, les collectivités territoriales, Royal Air Maroc, les compagnies maritimes et, sous des règles transparentes, d’autres transporteurs desservant le Royaume.
Le Maroc a déjà démontré qu’une intervention exceptionnelle était possible. En 2021, Royal Air Maroc avait mis en place, sur Hautes Instructions royales, des tarifs très réduits pour accompagner le retour estival des MRE, avec des prix adaptés à la taille des familles. Cette expérience constitue un précédent utile, même si elle répondait à un contexte particulier.
Une aide ciblée serait aussi un investissement pour le Maroc
Faciliter le voyage des MRE ne représenterait pas seulement une dépense sociale. Le retour au Maroc génère de la consommation dans les hôtels, restaurants, commerces, stations-service, locations de voitures, marchés, services et activités touristiques.
Les familles visitent leurs régions d’origine, entretiennent leurs logements, organisent des fêtes, soutiennent les proches et font découvrir le pays à leurs enfants.
Un billet plus accessible peut donc déclencher des dépenses bien plus importantes une fois le voyageur arrivé au Maroc. Cette politique contribuerait également à renforcer le lien des nouvelles générations avec le Royaume.
Car lorsqu’une famille renonce plusieurs étés de suite à revenir, ce n’est pas seulement une saison touristique qui est perdue. C’est parfois la langue, la mémoire familiale et le sentiment d’appartenance des enfants qui s’éloignent.
Éviter que la subvention ne devienne un cadeau aux compagnies
Toute aide publique doit cependant être strictement encadrée. Sans contrôle des prix, une subvention peut être absorbée par les transporteurs au lieu de profiter réellement aux familles.
Le Pass Retour Maroc devrait donc être accompagné d’un observatoire indépendant des tarifs, chargé de comparer les prix, de surveiller leur évolution et de publier des données avant et pendant la saison estivale.
Les compagnies participantes devraient accepter des engagements précis : nombre minimal de places aidées, prix maximum par liaison, conditions claires pour les bagages, possibilité de modification raisonnable et protection des familles en cas d’annulation.
L’objectif n’est pas de fausser la concurrence, mais d’acheter un véritable service d’intérêt public au bénéfice des citoyens marocains du monde.
Les MRE ne veulent plus être uniquement remerciés
Les Marocains du monde entendent régulièrement des discours sur leur patriotisme, leur contribution économique et leur rôle dans le rayonnement du Royaume. Ces paroles sont importantes. Mais elles doivent désormais être accompagnées de mesures perceptibles dans leur quotidien.
Lorsqu’une famille doit choisir entre payer plusieurs milliers d’euros ou renoncer à revoir ses parents, le lien avec le pays devient une question de pouvoir d’achat.
Le Maroc accueille ses MRE dans les ports et les aéroports. Il est peut-être temps de les aider à franchir l’étape qui précède cet accueil : acheter le billet permettant de rentrer chez eux.
Faire du retour au Maroc un droit accessible, pas un luxe estival
Les tarifs aériens et maritimes ne peuvent pas être entièrement administrés par l’État. Les coûts d’exploitation, les taxes, le carburant, la saisonnalité et la concurrence doivent être pris en compte.
Mais entre le marché sans limite et la gratuité impossible, il existe une troisième voie : une aide ciblée, transparente, sociale et négociée.
Avec plus de 122 milliards de dirhams transférés en une seule année, les MRE ont une nouvelle fois montré la solidité de leur engagement envers le Maroc.
Il appartient désormais aux institutions d’ouvrir un débat sérieux sur la continuité territoriale avec la diaspora. Europe, Amérique, Afrique ou Golfe : aucun Marocain ne devrait voir son lien avec le Royaume devenir un privilège réservé à ceux qui peuvent payer les prix les plus élevés.
Le Pass Retour Maroc mérite d’être étudié. Non comme une faveur offerte aux MRE, mais comme un investissement national dans la famille, la mobilité et l’avenir du lien avec le Royaume.
💬 Commentaires (1)
Bravo MMNEWS pour cet article vrai, pertinent et au combien actuel.
Je tiens à féliciter MMNEWS pour la mise en avant des problématiques des MRE, dont je fait parti, et pour la proposition qui est pertinente, juste et qui répondrai à un réel besoin.
Comme beaucoup de marocain/es résidant à l’étranger, nous avons ce besoin de retourner au pays mais nos moyens restent limités. Nous devons non seulement payer le billet d’avion, l’hôtel, les consommations et activités sur place, offrir à nos proches restés au pays de jolies choses qu’ils ne peuvent s’offrir.
Notre lien est très fort avec le Royaume, il est important que notre pays fasse également un geste avec nous.
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