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Dubaï, nouveau carrefour des ambitions marocaines

Longtemps, lorsqu’on évoquait les Marocains du monde, les regards se tournaient presque spontanément vers Paris, Bruxelles, Amsterdam ou Montréal. Une autre géographie se dessine pourtant depuis le Golfe. À Dubaï, la présence marocaine ne se limite plus à quelques secteurs traditionnels de l’expatriation. Elle apparaît désormais dans la fintech, l’investissement, la médecine, la gastronomie, le design, l’artisanat ou encore les industries créatives.

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Dubaï, nouveau carrefour des ambitions marocaines

Il serait prématuré d’en faire un phénomène statistique sans disposer de données détaillées sur la composition professionnelle de la communauté marocaine aux Émirats. Mais les trajectoires publiques de plusieurs de ses membres racontent déjà une évolution : celle d’une diaspora qui ne vient pas seulement chercher un emploi, mais qui crée des entreprises, transporte des savoir-faire et construit des passerelles entre le Maroc, le Golfe et parfois l’Afrique.

Voici quelques-uns des visages de cette nouvelle présence marocaine.

Imad Boumahdi, la fintech marocaine à l’épreuve des marchés internationaux

Il appartient à cette génération pour laquelle Dubaï est moins un point d’arrivée qu’une plateforme.

Entrepreneur marocain et fondateur de PayTic, Imad Boumahdi évolue dans l’un des secteurs les plus stratégiques de la nouvelle économie : l’infrastructure des paiements. Son profil professionnel public le présente explicitement comme « Proud Moroccan » et le situe aux Émirats. PayTic développe des solutions permettant notamment aux acteurs financiers d’automatiser une partie des opérations complexes liées aux paiements. (ae.linkedin.com)

En 2026, l’entreprise a également mis en avant PayTic Intelligent Components, dans le prolongement de l’acquisition de la société britannique guppy.ai, ajoutant une dimension IA à son positionnement technologique. (linkedin.com)

Son parcours raconte quelque chose d’intéressant pour le Maroc : une entreprise portée par un entrepreneur marocain peut penser simultanément Casablanca, le Golfe, l’Europe et l’Amérique du Nord.

Dubaï devient ici un multiplicateur d’échelle.

Kenza Lahlou, là où le capital rencontre les entrepreneurs africains

La nouvelle diaspora n’est pas uniquement constituée de fondateurs. Elle comprend aussi ceux qui décident quelles entreprises méritent d’être financées.

Kenza Lahlou, cofondatrice et Managing Partner d’Outlierz Ventures, occupe précisément cet espace. Le fonds investit dans des entreprises technologiques africaines, notamment dans la fintech, l’insurtech, l’agritech, la healthtech et la logistique. Son parcours professionnel se déploie entre le Maroc et les Émirats. (ae.linkedin.com) (linkedin.com)

Dans un entretien publié en 2026 par Inc. Arabia, elle mettait notamment en avant les opportunités offertes par la transformation numérique du Maroc, tout en soulignant l’écart de vitesse d’exécution qui subsiste avec des marchés comme les Émirats ou l’Arabie saoudite. Elle évoquait également l’intérêt croissant pour les entrepreneurs issus de la diaspora installés dans le GCC. (en.incarabia.com)

Son profil incarne ainsi une fonction nouvelle de la diaspora : faire circuler le capital autant que les compétences.

Dr Nisrine Amazzal, une expertise médicale marocaine au cœur du système de santé émirati

La réussite d’une diaspora ne se lit pas uniquement dans les levées de fonds ou la création d’entreprises.

Elle se mesure aussi dans les hôpitaux.

La docteure Nisrine Amazzal, de nationalité marocaine, exerce aux Émirats au sein du réseau Mediclinic. Spécialiste en médecine familiale, elle est diplômée de la Faculté de médecine et de pharmacie de Marrakech et cumule plus de quinze années d’expérience clinique. Son activité couvre notamment la médecine familiale, la diabétologie et la santé des femmes. (mediclinic.ae)

Son parcours est moins spectaculaire qu’une success story de startup — et c’est précisément ce qui le rend important.

Derrière les images de tours, d’investisseurs et de grands événements, Dubaï et les Émirats accueillent aussi une diaspora marocaine hautement qualifiée qui participe au fonctionnement quotidien de secteurs essentiels.

La médecine en est l’un des exemples les plus évidents.

Hanane Ouaddahou, raconter le Maroc par la cuisine

Chez Hanane Ouaddahou, l’histoire commence loin des cuisines professionnelles.

Née à Casablanca, elle part étudier en France et entame une carrière dans le business intelligence avant de changer de voie pour suivre une passion ancienne : la cuisine. Après une première aventure entrepreneuriale en région parisienne, elle s’installe à Dubaï et y reconstruit progressivement sa carrière autour de la gastronomie marocaine. (thenationalnews.com)

Elle devient ensuite cheffe de télévision, consultante et ambassadrice informelle d’une cuisine marocaine qu’elle cherche à faire connaître au-delà du couscous et du tajine auxquels elle est parfois réduite à l’étranger. Son activité publique se poursuit aujourd’hui depuis Dubaï. (ae.linkedin.com)

En 2025 encore, elle participait à un contenu culinaire consacré à la rencontre entre cuisines marocaine et libanaise, poursuivant ce dialogue gastronomique entre Maghreb et Moyen-Orient. (nogarlicnoonions.com)

À travers elle, la cuisine devient ce qu’elle a toujours été pour les diasporas : une mémoire que l’on peut servir à table.

Hind Bitouche, faire voyager l’artisanat amazigh sans le déraciner

Le patrimoine constitue un autre terrain où la diaspora marocaine innove.

Installée aux Émirats, Hind Bitouche a fondé Dar Chi, présenté comme le premier marketplace marocain amazigh aux Émirats. Le projet met en avant des objets issus du patrimoine et affirme également une volonté de soutenir les artisanes marocaines qui les produisent. (ae.linkedin.com)

Son parcours professionnel, construit dans le marketing et le développement de marques, lui permet de traiter l’artisanat non comme un souvenir folklorique, mais comme une proposition contemporaine susceptible de trouver sa place dans un marché international particulièrement sensible au design et au storytelling. (intch.org)

C’est une évolution essentielle.

Faire rayonner l’artisanat marocain à Dubaï ne consiste plus seulement à reproduire un souk pour touristes. Il s’agit aussi de travailler le design, l’origine, la rémunération des productrices, la marque et le récit qui accompagne l’objet.

Maha Labridi, le geste de l’artisan marocain dans les intérieurs du Golfe

Dans un registre voisin, Maha Labridi travaille à l’intersection de l’architecture intérieure et du sourcing artisanal.

Son activité professionnelle relie les Émirats et le Maroc et porte notamment sur la sélection et l’approvisionnement en pièces artisanales marocaines destinées à des projets d’intérieur et d’hospitality. (ae.linkedin.com)

À travers Afouss, son univers met en avant une décoration marocaine faite main et pensée pour des environnements contemporains. (threads.com)

Ce type de parcours révèle une mutation silencieuse de l’artisanat marocain à l’export : la valeur ne réside plus uniquement dans la fabrication de l’objet, mais aussi dans sa capacité à entrer dans des projets internationaux de décoration, d’hôtellerie et d’architecture.

Le zellige, le textile, le bois ou le mobilier artisanal peuvent ainsi quitter l’image de la boutique de souvenirs pour rejoindre celle du design premium.

Chama Mechtaly, une identité marocaine transformée en langage artistique

Dubaï accueille aussi des parcours plus difficiles à ranger dans une seule catégorie.

Née et élevée à Casablanca, Chama Mechtaly est une artiste, entrepreneure et actrice du dialogue culturel basée à Dubaï. Son travail artistique explore notamment les différentes strates de l’identité marocaine, avec une attention particulière aux héritages amazigh et juif du pays. (atlanticcouncil.org) (en.wikipedia.org)

Elle a également créé Moors & Saints, une marque de joaillerie inspirée notamment de l’architecture mauresque et des histoires de coexistence qui ont façonné le Maroc et l’Andalousie. Le projet avait fait ses débuts à Dubai Design Week. (arabnews.com)

Son travail rappelle qu’une diaspora peut transmettre une culture autrement que par la reproduction.

Elle peut aussi l’interroger, la recomposer et la mettre en conversation avec d’autres récits.

Safaâ Ben Nokro, l’amlou quitte la table familiale pour entrer dans le gifting émirati

Il y a enfin des histoires plus discrètes, mais révélatrices.

Avec YAMLU, Safaâ Ben Nokro a choisi un produit intimement lié au Maroc : l’amlou. Installée à Dubaï, elle cherche à faire entrer cette préparation à base d’amandes, d’huile d’argan et de miel dans l’univers du cadeau premium et du corporate gifting aux Émirats. (ae.linkedin.com)

Après plusieurs années consacrées à proposer de l’amlou aux particuliers aux Émirats, YAMLU s’est repositionnée vers les entreprises, hôtels et événements en présentant le produit non simplement comme une gourmandise, mais comme un objet culturel à offrir. (ae.linkedin.com)

À première vue, l’échelle semble modeste face à la fintech ou au venture capital.

Mais c’est précisément dans ce type d’initiative que se joue une partie du soft power quotidien d’un pays : lorsqu’un produit ordinaire pour un Marocain devient, ailleurs, une porte d’entrée vers sa culture.

Dubaï ne remplace pas Paris ou Bruxelles. Elle ajoute une nouvelle carte

Ces sept parcours ne prétendent pas résumer l’ensemble de la communauté marocaine aux Émirats.

Ils permettent cependant d’observer un changement.

La diaspora historique d’Europe s’est en grande partie construite autour d’une installation durable, souvent devenue familiale et multigénérationnelle. Le modèle du Golfe fonctionne autrement : mobilité professionnelle plus forte, environnement international, entrepreneuriat, absence de perspective classique de naturalisation et circulation permanente entre plusieurs marchés.

Dans ce contexte, Dubaï peut devenir pour certains Marocains un accélérateur de carrière, pour d’autres un laboratoire entrepreneurial, et pour d’autres encore une vitrine capable de projeter des savoir-faire marocains vers l’Asie, l’Afrique ou le reste du Moyen-Orient.

Ce qui relie Imad Boumahdi, Nisrine Amazzal, Kenza Lahlou, Hanane Ouaddahou, Hind Bitouche, Maha Labridi, Chama Mechtaly ou Safaâ Ben Nokro n’est donc pas une définition unique de la réussite.

C’est une capacité à habiter Dubaï sans effacer le Maroc de leur trajectoire.

Une nouvelle carte des Marocains du monde est peut-être en train de se dessiner. Sur cette carte, Dubaï n’est plus seulement une destination : elle devient un carrefour.

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💬 Commentaires (1)

E
Ella

Nos marocain(e)s ont du talent !

Quelle fierté de voir la diaspora réussir à l’étranger et mettre en avant notre culture, nos traditions et notre savoir faire.

J’adore vos articles et encore plus ceux qui mettent en avant des talents bien de chez nous.

Go ahead !

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