Pour poursuivre son comparatif des programmes, MMNEWS examine aujourd’hui le Front des forces démocratiques (FFD). Notre évaluation ne porte pas sur l’ensemble du projet du parti. Elle mesure exclusivement la place accordée aux Marocains du monde et la précision des engagements qui les concernent.
Le FFD dispose d’une plateforme officielle consacrée à son programme 2026, organisé autour de douze axes. Il a également rendu public un mémorandum de réforme électorale comportant des propositions identifiables sur la participation et la représentation des MRE. La documentation est donc plus solide que lors de notre première préparation du calendrier éditorial. C’est la raison pour laquelle la note passe de 39% à 42%.
Faire de la diaspora un terrain de départ pour le vote électronique
La proposition la plus nette du FFD est aussi la plus directement liée à l’exercice de la citoyenneté. Son mémorandum préconise une introduction progressive et encadrée du vote électronique, en commençant notamment par les grandes villes et la communauté marocaine à l’étranger.
Le choix des MRE comme public prioritaire n’est pas anodin. Leur éloignement géographique rend particulièrement visible la limite du système en vigueur. Pour le scrutin du 23 septembre 2026, un électeur établi à l’étranger peut préparer sa procuration sur une plateforme électronique, mais le vote est toujours déposé physiquement au Maroc par le mandataire qu’il a désigné.
Le FFD propose donc de déplacer la numérisation vers l’acte électoral lui-même. Le parti inscrit cette orientation dans un projet plus large : connexion des listes électorales aux bases publiques, vérification numérique de la situation de l’électeur, traitement dématérialisé des démarches et plateforme nationale de transparence électorale.
L’ensemble présente une cohérence. Le vote électronique des MRE ne serait pas un outil isolé, mais l’une des composantes d’un écosystème électoral numérisé.
MMNEWS classe toutefois cette proposition comme une position structurée, et non comme une mesure entièrement opérationnelle. Le bénéficiaire et le mécanisme sont identifiables, mais le calendrier du déploiement, la méthode d’authentification, l’autorité technique responsable, l’audit du système et les garanties contre les cyberattaques restent à préciser.
Trente sièges partagés entre compétences et Marocains du monde
Sur la représentation parlementaire, le FFD formule également une proposition chiffrée. Son mémorandum prévoit de consacrer 30 sièges de la liste nationale aux compétences nationales et aux Marocains du monde.
La formulation compte. Ces 30 sièges ne sont pas annoncés comme étant exclusivement réservés aux MRE. Ils constituent un contingent commun, dont la répartition entre compétences établies au Maroc et profils de la diaspora n’est pas détaillée. Il serait donc inexact de présenter le projet comme une garantie de 30 députés représentant directement les Marocains de l’étranger.
Il n’en reste pas moins que le FFD fait entrer explicitement les MRE dans son architecture de renouvellement parlementaire. Le parti ne se contente pas de les évoquer comme investisseurs, ambassadeurs ou apporteurs de devises : il envisage leur présence dans l’institution législative.
Cette orientation s’inscrit dans une proposition plus large de redistribution des sièges et d’élargissement de la liste nationale. Pour atteindre un niveau de précision supérieur, le FFD devrait indiquer le nombre minimal de places effectivement destiné aux MRE, les critères de sélection, l’équilibre entre régions du monde et la manière dont ces élus rendraient compte aux communautés qu’ils sont appelés à représenter.
Une méthode numérique et participative
Le programme officiel du FFD est présenté sur une plateforme ouverte aux contributions des citoyens. Ses douze axes couvrent notamment l’éducation et l’identité nationale, la santé et la protection sociale, l’emploi, l’économie, les finances publiques, la transformation numérique, la jeunesse, le développement territorial, le capital humain et la participation démocratique.
Cette architecture correspond à l’identité que le parti veut donner à sa campagne : proximité, participation et utilisation des outils numériques. Elle peut faciliter la lecture d’un programme souvent dispersé, tout en donnant aux électeurs un espace de contribution.
Pour les Marocains du monde, cette méthode a un intérêt réel : la participation à distance est possible et les axes économiques, sociaux ou identitaires correspondent à plusieurs de leurs préoccupations. Mais la plateforme ne distingue pas encore clairement les contributions venant de l’étranger et ne présente pas un chapitre MRE regroupant les engagements retenus.
La consultation constitue donc un canal utile. Elle ne remplace pas un dispositif public précis.
Administration numérique : une base utile pour les démarches à distance
La transformation numérique et la modernisation de l’administration occupent une place visible dans l’offre générale du FFD. Le parti propose notamment d’étendre la gestion électronique et de réduire le coût de la bureaucratie.
Pour une personne vivant à Amsterdam, Montréal, Bruxelles, Paris ou Dubaï, une administration marocaine réellement accessible à distance pourrait réduire les déplacements, les délais et la dépendance aux procurations. Cette orientation nationale peut donc bénéficier aux MRE.
MMNEWS ne la transforme cependant pas automatiquement en réforme consulaire. Le programme accessible ne précise pas, pour les consulats, des délais garantis, un guichet unique mondial, un mécanisme de recours, la disponibilité de rendez-vous ou la dématérialisation complète de documents déterminés. Le FFD obtient ainsi des points pour l’orientation numérique, mais pas le score d’une mesure spécifiquement conçue pour les services consulaires.
Une offre économique générale, sans parcours MRE encore identifié
L’axe économique du FFD met l’accent sur la production nationale, les petites et moyennes entreprises, la justice fiscale, l’investissement et le développement du capital humain. Ces priorités peuvent intéresser un entrepreneur marocain établi à l’étranger qui souhaite créer une entreprise, financer un projet ou revenir exercer au Maroc.
Mais la question posée par MMNEWS est plus précise : le parti prévoit-il un mécanisme destiné spécifiquement aux porteurs de projets MRE ?
À la date de l’analyse, nous n’avons pas identifié de parcours dédié comprenant, par exemple, un guichet spécialisé, un délai de traitement, un dispositif de médiation, un mécanisme de cofinancement ou un programme d’accompagnement depuis le pays de résidence.
Le même principe s’applique à l’épargne et aux transferts. Le programme évoque les finances et l’investissement dans une perspective nationale, sans présenter de produit ou d’incitation clairement destiné à transformer une part de l’épargne MRE en investissement productif.
L’orientation économique est donc présente. Sa déclinaison diaspora reste à construire.
Protection sociale, retour et nouvelles générations : des passerelles à rendre explicites
Le FFD consacre des axes à la santé, à la protection sociale, à la jeunesse, à la famille, à l’éducation et à l’identité nationale. Ces domaines touchent également les Marocains du monde, notamment les retraités, les familles binationales, les candidats au retour et les jeunes nés à l’étranger.
Cependant, une politique nationale de protection sociale ne règle pas automatiquement la portabilité des droits acquis à l’étranger, les difficultés d’application des conventions bilatérales, les pensions versées entre deux pays ou la couverture d’un retraité qui revient s’installer au Maroc.
De même, un axe sur l’identité nationale ne constitue pas encore un programme linguistique et culturel pour les deuxième, troisième ou quatrième générations. Il manque des bénéficiaires définis, des opérateurs, des volumes, des pays prioritaires et un calendrier.
MMNEWS retient donc l’existence de bases programmatiques, tout en réservant les notes les plus élevées aux engagements directement reliés à la situation transnationale des MRE.
Les compétences MRE reconnues, mais surtout par la voie parlementaire
En associant les « compétences nationales » et les Marocains du monde dans sa proposition de 30 sièges, le FFD reconnaît que la diaspora peut contribuer au renouvellement des élites politiques et institutionnelles.
C’est un signal positif. Il inscrit les compétences MRE dans la représentation nationale au lieu de les cantonner à des consultations ponctuelles.
Le programme ne propose toutefois pas encore une politique complète de mobilisation des expertises hors Parlement : cartographie volontaire des compétences, missions temporaires, partenariats avec les universités, accompagnement des régions, conseils scientifiques ou appels à projets. C’est pourquoi le parti obtient une note intermédiaire sur ce critère.
Score MRE MMNEWS : 42%
| Critère MMNEWS | Poids | Score FFD | Lecture MMNEWS |
|---|---|---|---|
| Participation politique et vote | 15% | 12% | Vote électronique progressif ciblant notamment la diaspora ; garanties techniques à préciser |
| Représentation parlementaire | 10% | 8% | Contingent de 30 sièges partagé entre compétences nationales et MRE |
| Services consulaires et administration | 10% | 3% | Numérisation administrative générale, sans réforme consulaire dédiée |
| Investissement et entrepreneuriat | 20% | 6% | Mesures nationales favorables à l’entreprise, sans parcours MRE identifié |
| Épargne et transferts | 10% | 1% | Aucun mécanisme MRE suffisamment identifiable |
| Retraites et protection sociale | 10% | 3% | Axe social général, sans dispositif transnational précis |
| Retour et réinstallation au Maroc | 10% | 2% | Bénéfices indirects possibles, mais absence de parcours dédié |
| Nouvelles générations, langue et culture | 5% | 2% | Éducation et identité présentes, sans programme spécifique à l’étranger |
| Mobilisation des compétences MRE | 10% | 5% | Reconnaissance dans la proposition parlementaire, politique d’expertise à développer |
| TOTAL | 100% | 42% | Note arrêtée au 5 septembre 2026 |
Pourquoi 42% ?
Le score du FFD repose sur un contraste clair. Le parti obtient 20 points sur 25 sur les deux critères de citoyenneté politique : vote et représentation. Il dispose d’idées identifiables, partiellement chiffrées et intégrées à une réforme électorale plus large.
La note progresse moins sur les sept autres critères. Les services consulaires, l’investissement MRE, les transferts, les retraites, le retour et les nouvelles générations apparaissent surtout à travers des politiques nationales dont les Marocains du monde pourraient bénéficier. Or la méthode MMNEWS distingue une mesure accessible à tous d’un engagement spécialement conçu pour la diaspora.
Avec 42%, le FFD présente donc un début d’offre MRE fortement politique et numérique. Son potentiel de progression se trouve dans la vie quotidienne : convertir ses axes généraux en parcours utilisables depuis l’étranger.
La question que MMNEWS adresse au FFD
Le Front des forces démocratiques propose de faire des MRE l’un des premiers publics du vote électronique et de leur ouvrir une voie vers la liste nationale. L’intention politique est visible.
La question constructive que lui adresse MMNEWS est la suivante : le FFD est-il prêt à compléter cette citoyenneté numérique et parlementaire par un chapitre opérationnel sur les consulats, l’investissement, les droits sociaux, le retour et les enfants de la diaspora ?
Une telle extension donnerait de la continuité à son projet : permettre aux Marocains du monde de voter et d’être représentés, mais aussi de régler, investir, transmettre et revenir dans de meilleures conditions.
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