Trois engagements majeurs, douze mesures, des objectifs chiffrés sur l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation et l’investissement : le RNI a choisi un programme relativement resserré et beaucoup plus lisible que les catalogues électoraux traditionnels.
Mais lorsqu’on change de focale et que l’on cherche spécifiquement les Marocains du monde, le tableau devient plus contrasté. Le parti parle beaucoup des MRE.
Il les consulte, organise des rencontres à Paris et Francfort, dispose d’une « région 13 » dédiée à ses structures à l’étranger et insiste fortement sur leurs compétences et leur potentiel économique.
En revanche, dans les documents publics du programme 2026-2031 consultés par MMNEWS, la diaspora ne constitue pas un pilier politique autonome. Et surtout, plusieurs questions qui concernent directement les MRE restent sans réponse programmatique précise.
Un programme construit autour de trois priorités nationales
Le RNI organise son offre électorale autour de trois engagements : protéger durablement le pouvoir d’achat, garantir des services publics de qualité sur l’ensemble du territoire et favoriser une inclusion économique large et durable.
Les douze mesures détaillées comprennent notamment l’indexation de certaines aides sur l’inflation, l’amélioration des retraites et du salaire minimum, de nouveaux dispositifs dans la santé et l’éducation, ainsi qu’un objectif de création d’un million d’emplois et de réduction du chômage sous les 9 % à l’horizon 2031. C’est un programme essentiellement construit autour du Maroc à l’intérieur de ses frontières.
Cela ne signifie pas que les MRE en sont absents de fait : une personne qui revient vivre au Royaume, investit, crée une entreprise ou prépare son retour peut évidemment bénéficier de certaines mesures générales.
Mais MMNEWS fait ici une différence volontaire entre une politique dont un MRE pourrait bénéficier et une mesure spécifiquement conçue pour les Marocains du monde.
Le véritable point fort du RNI : l’investissement des MRE
C’est sur l’économie que le parti possède de loin son discours le plus construit concernant la diaspora.
Karim Zidane, ministre chargé de l’Investissement et membre du bureau politique du RNI, a fixé un objectif particulièrement ambitieux : faire passer la part des investissements des Marocains du monde de 10 % à au moins 30 %.
Le dispositif présenté comprend une plateforme numérique spécifiquement destinée aux investisseurs MRE, des structures d’accueil renforcées dans les Centres régionaux d’investissement, des agents capables de travailler dans plusieurs langues ainsi qu’une cellule ministérielle consacrée au suivi de leurs projets. C’est concret. Et c’est suffisamment rare pour être relevé.
Le RNI ne considère plus uniquement les Marocains de l’étranger comme une source de transferts financiers. Son discours consiste à convertir davantage de cette puissance financière et professionnelle en investissement productif au Maroc.
En mai, Aziz Akhannouch rappelait que les transferts des MRE avaient dépassé 122 milliards de dirhams en 2025, tout en plaidant pour un nouveau modèle dans lequel leur contribution passerait davantage par la création d’entreprises, d’emplois et de valeur ajoutée. Mais une nuance s’impose.
Ces engagements sont aujourd’hui très visibles dans l'action gouvernementale et la communication politique du RNI. Ils sont moins structurants dans les douze mesures centrales présentées comme l’ossature du programme électoral. MMNEWS en tient compte dans son évaluation.
Les compétences marocaines à l’étranger : un deuxième axe identifiable
Le RNI développe également un discours relativement constant sur la mobilisation des talents. À travers des rencontres avec les Marocains d’Europe et des initiatives comme Global Talents Connect, le parti et ses responsables gouvernementaux défendent l’idée que les MRE constituent un réservoir de compétences scientifiques, technologiques, entrepreneuriales et professionnelles susceptible d’accélérer le développement du Royaume.
Le concept est intéressant. Un ingénieur marocain travaillant dans l’intelligence artificielle au Canada, un chercheur en Allemagne ou un entrepreneur à Dubaï ne devrait plus être considéré uniquement à travers les devises qu’il envoie au Maroc.
Son réseau, son expertise et son accès à des écosystèmes internationaux peuvent valoir davantage. Sur ce terrain, le RNI dispose donc d’une véritable orientation.
Il manque toutefois encore des mécanismes détaillés expliquant comment ces compétences seraient identifiées, mobilisées et intégrées durablement aux politiques publiques marocaines.
Vote des MRE : le grand silence
La différence devient beaucoup plus nette lorsqu’on quitte l’économie. Dans les éléments programmatiques publics étudiés par MMNEWS, nous n’avons trouvé aucune proposition structurante du RNI visant à modifier le système de participation électorale des Marocains du monde.
Pas de projet clairement identifié de vote direct dans les consulats.
Pas de vote électronique.
Pas de circonscriptions électorales réservées aux Marocains de l’étranger. Pas davantage de proposition clairement formulée sur leur représentation spécifique à la Chambre des représentants. Ce silence est d’autant plus notable que la question est particulièrement actuelle.
Pour les législatives 2026, un électeur MRE inscrit sur les listes peut établir une procuration électroniquement, mais le vote reste physiquement effectué au Maroc par son mandataire. La procédure s’est numérisée.
La représentation politique de la diaspora, elle, reste pratiquement inchangée.
Pour un parti qui insiste sur l’intégration des MRE dans ses propres structures, l’absence de proposition politique plus ambitieuse constitue donc une faiblesse réelle de son offre.
Consulats, retraites et protection sociale : peu de réponses spécifiques
Même constat concernant plusieurs préoccupations quotidiennes des Marocains à l’étranger. MMNEWS n’a pas identifié dans le programme central du RNI de réforme spécifique majeure concernant :
les services consulaires ;
les conventions de sécurité sociale ;
les pensions et retraites acquises à l’étranger ;
le retour définitif au Maroc ;
l’accompagnement administratif des familles binationales ;
ou encore les difficultés particulières des personnes âgées souhaitant se réinstaller au Royaume. Il ne s’agit pas de dire que ces dossiers sont totalement absents de l’action gouvernementale.
Notre question est différente :
le RNI en fait-il des engagements électoraux clairement identifiables pour 2026-2031 ?
À ce stade, la réponse est largement négative.
Et les jeunes générations de la diaspora ?
Le parti possède une activité politique à l’étranger et a associé des jeunes MRE à plusieurs événements, notamment à son université de jeunesse organisée à Agadir. Mais là encore, le programme apparaît beaucoup moins précis lorsqu’on recherche des politiques destinées aux deuxième, troisième ou quatrième générations.
Enseignement de l’arabe et de l’amazigh ?
Programmes culturels dans les pays de résidence ?
Mobilité universitaire vers le Maroc ?
Stages destinés aux jeunes Marocains du monde ?
Maintien du lien culturel avec le Royaume ?
Sur ces sujets, MMNEWS ne trouve pas encore de dispositif suffisamment détaillé pour parler d’une véritable politique programmatique.
Score MRE MMNEWS : 41 %
Notre note n’évalue pas le programme général du RNI. Elle mesure uniquement la place et la précision des engagements concernant les Marocains du monde.
| Critère MMNEWS | Poids | Score RNI |
|---|---|---|
| Vote et participation politique | 15 % | 2 % |
| Représentation parlementaire | 10 % | 0 % |
| Services consulaires et administration | 10 % | 4 % |
| Investissement et entrepreneuriat | 20 % | 18 % |
| Épargne et transferts | 10 % | 6 % |
| Retraites et protection sociale | 10 % | 0 % |
| Retour et réinstallation au Maroc | 10 % | 1 % |
| Jeunes générations, langue et culture | 5 % | 2 % |
| Mobilisation des compétences MRE | 10 % | 8 % |
| TOTAL | 100 % | 41 % |
Pourquoi 41 % ?
Le score traduit une orientation très claire.
Sur l’économie, le RNI obtient de bons résultats.
L’objectif d’augmentation des investissements MRE, la plateforme numérique annoncée, l’accompagnement par les CRI et le discours sur les compétences constituent des éléments concrets.
Mais la note chute fortement dès que l’on aborde la citoyenneté politique, la représentation parlementaire, les droits sociaux, le retour ou les nouvelles générations.
Le RNI parle donc aujourd’hui davantage du Marocain du monde comme investisseur et détenteur de compétences que comme citoyen confronté à des problématiques politiques et sociales spécifiques.
La question que MMNEWS adresse au RNI
Le RNI dispose encore de temps pour préciser ses engagements durant la campagne officielle. Et notre évaluation pourra évoluer si de nouveaux documents sont publiés. La question que MMNEWS lui adresse est donc constructive :
Après avoir voulu faire du MRE un investisseur à part entière, le RNI est-il prêt à en faire également un citoyen pleinement intégré à son projet politique 2026-2031 ?
C’est sur cette réponse que pourrait se jouer une partie importante de son appréciation par les Marocains de l’étranger. Car investir au Maroc est une chose. Pouvoir participer pleinement à sa vie politique, préparer son retour, protéger ses droits sociaux et transmettre son lien avec le Royaume à ses enfants en est une autre.
Le premier volet de notre comparatif révèle donc un paradoxe. Le RNI a développé l’une des visions économiques les plus identifiables concernant les MRE, mais son offre reste beaucoup moins aboutie lorsqu’il s’agit de penser leur citoyenneté dans toutes ses dimensions. Et c’est précisément pour mesurer ces écarts que MMNEWS poursuivra, parti après parti, son grand comparatif des législatives 2026.
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