Ryanair ne quitte pas l’Europe, mais elle redessine progressivement sa carte. La première compagnie aérienne à bas coûts du continent réduit son offre dans plusieurs pays où elle considère que les taxes, les redevances aéroportuaires et les coûts d’exploitation sont devenus trop élevés.
Parallèlement, elle affecte une partie de sa capacité à des destinations offrant, selon elle, de meilleures conditions de développement. Parmi ces marchés figurent notamment l’Italie, l’Albanie, la Slovaquie, la Suède et le Maroc.
Dans ses résultats annuels publiés en mai 2026, Ryanair a confirmé que sa capacité de croissance était prioritairement orientée vers les pays et les aéroports qui réduisent leurs taxes ou encouragent l’augmentation du trafic. La compagnie cite explicitement le Maroc parmi ces marchés, tandis qu’elle qualifie l’Autriche, la Belgique, l’Allemagne et l’Espagne régionale de destinations moins compétitives en raison de leur fiscalité. Ryanair – Résultats annuels 2025-2026
Le Maroc au centre de la nouvelle stratégie de Ryanair
Le repositionnement de Ryanair vers le Royaume ne constitue pas une simple opération saisonnière. Il s’inscrit dans une stratégie engagée depuis plusieurs années et fondée sur l’augmentation des liaisons internationales, l’ouverture de bases permanentes et le développement progressif des vols intérieurs.
En avril 2026, la compagnie a ouvert à Rabat sa cinquième base marocaine, après celles de Marrakech, Fès, Agadir et Tanger.
Deux avions sont désormais basés dans la capitale. Ryanair présente cette implantation comme un investissement de 200 millions de dollars, avec vingt liaisons au total, dont sept nouvelles routes internationales reliant Rabat à Milan-Bergame, Baden-Baden, Francfort-Hahn, Nuremberg, Porto, Pise et Valence.
Selon les projections communiquées par la compagnie, cette nouvelle base doit soutenir plus de 800 emplois directs et indirects, parmi lesquels une soixantaine de postes de pilotes et de membres du personnel navigant. Annonce officielle de Ryanair
Cette implantation renforce considérablement la place de Rabat dans le réseau aérien à bas coûts. La capitale du Royaume rejoint ainsi Marrakech, Agadir, Tanger et Fès parmi les principales plateformes marocaines de Ryanair.
France : une offre réduite après la hausse de la fiscalité
La stratégie de redéploiement est particulièrement visible en France.
Pour son programme d’hiver 2025-2026, Ryanair avait annoncé une réduction de 13 % de sa capacité dans l’Hexagone, représentant environ 750 000 sièges supprimés. La compagnie avait également annoncé l’arrêt de ses opérations à Bergerac, Brive et Strasbourg ainsi que la suppression de plusieurs lignes.
Ryanair avait directement attribué cette décision à l’augmentation de la taxe de solidarité sur les billets d’avion. Elle avait également indiqué vouloir réorienter ses capacités vers des marchés qu’elle jugeait plus compétitifs.
Cette stratégie pénalise principalement les aéroports régionaux dépendant fortement des compagnies à bas coûts. Elle pourrait aussi limiter certaines possibilités de déplacement pour les Marocains résidant dans des régions françaises éloignées des grands aéroports internationaux. Le Monde
Pour les voyageurs, la conséquence peut être paradoxale : davantage de capacités vers le Maroc à l’échelle globale, mais moins de départs depuis certaines villes européennes secondaires.
Espagne : des millions de sièges retirés des aéroports régionaux
En Espagne, le conflit entre Ryanair et le gestionnaire aéroportuaire Aena s’est également durci.
Après une première réduction de capacité dans plusieurs aéroports régionaux, la compagnie a annoncé la suppression d’environ un million de sièges pendant l’hiver 2025-2026, invoquant une hausse de 6,5 % des redevances aéroportuaires.
Les aéroports régionaux de la péninsule et des îles Canaries ont été particulièrement touchés. Ryanair a indiqué vouloir réaffecter une partie de cette capacité vers la Croatie, la Hongrie, l’Italie, la Suède et le Maroc.
Aena conteste toutefois l’analyse de Ryanair et estime que l’augmentation de ses redevances reste limitée. Son dirigeant a même accusé la compagnie d’exercer une forme de pression commerciale sur les autorités et les gestionnaires d’aéroports.
Ce désaccord rappelle que les annonces de Ryanair doivent aussi être replacées dans le cadre de négociations commerciales. La compagnie utilise régulièrement la possibilité de déplacer rapidement ses avions comme moyen de pression afin d’obtenir des conditions plus favorables. Reuters
Allemagne : fermeture de la base de Berlin
En Allemagne, Ryanair a annoncé la fermeture de sa base opérationnelle de Berlin à partir du programme d’hiver 2026 et une réduction d’environ 50 % de son offre dans la capitale allemande.
Les sept avions jusque-là basés à Berlin doivent être déplacés vers des aéroports moins coûteux, notamment en Suède, en Slovaquie, en Albanie et en Italie.
La compagnie justifie sa décision par le poids de la fiscalité aérienne allemande et par l’augmentation des redevances de l’aéroport de Berlin. Cette fermeture s’ajoute aux réductions déjà engagées dans plusieurs autres aéroports allemands.
Dans ce cas précis, Ryanair n’a pas annoncé que les sept avions de Berlin seraient directement transférés au Maroc. Il convient donc de parler d’un redéploiement global de la capacité du groupe, et non d’un transfert systématique et direct de chaque appareil européen vers le Royaume. Reuters
Belgique et autres marchés européens également concernés
La Belgique est elle aussi touchée par cette politique. Ryanair a annoncé une réduction de sa capacité à Bruxelles-Charleroi après l’instauration d’une nouvelle taxe par passager.
Environ 1,1 million de sièges pourraient être retirés, soit une baisse proche de 10 % de l’offre annuelle de la compagnie dans cet aéroport. Reuters
Des réductions ou fermetures ont également été annoncées dans certaines régions du Portugal, de la Grèce et de l’Autriche.
La logique suivie par Ryanair reste constante : limiter sa présence lorsque les coûts augmentent et transférer ses capacités disponibles vers les marchés où les perspectives de croissance et les conditions financières lui paraissent plus attractives.
Pourquoi le Maroc attire-t-il Ryanair ?
Plusieurs facteurs expliquent l’intérêt croissant de Ryanair pour le Royaume.
Le Maroc possède d’abord une demande touristique solide, soutenue par la diversité de ses destinations, son climat, son patrimoine culturel et sa proximité avec les principaux marchés européens.
Le Royaume bénéficie également d’une importante communauté établie à l’étranger. Les déplacements réguliers des Marocains du monde assurent une demande qui ne dépend pas uniquement des saisons touristiques.
La stratégie nationale visant à renforcer la capacité des aéroports et la connectivité internationale constitue un autre élément favorable. Le partenariat avec les acteurs marocains du tourisme permet aux compagnies d’ouvrir de nouvelles routes tout en bénéficiant d’un marché en expansion.
Enfin, la perspective de la Coupe du monde 2030, organisée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal, accélère les investissements dans les infrastructures et renforce l’attractivité du Royaume auprès des compagnies internationales.
Ryanair avait déjà annoncé, pour 2024, un programme marocain comprenant plus de 1 100 vols hebdomadaires sur 175 routes et onze liaisons intérieures. La compagnie estimait alors la valeur cumulée de ses avions basés au Maroc à plus de 1,4 milliard de dollars. Ryanair
Une opportunité pour le tourisme et les régions marocaines
L’augmentation du nombre de vols peut produire des retombées importantes pour le tourisme marocain.
Les liaisons à bas coûts facilitent les courts séjours, diversifient les villes de départ et permettent à de nouveaux voyageurs européens de découvrir le Royaume. Elles peuvent aussi soutenir l’activité des hôtels, des restaurants, des maisons d’hôtes, des transporteurs, des guides et des artisans.
L’enjeu sera toutefois de mieux répartir les bénéfices entre les territoires.
Marrakech, Agadir et Tanger disposent déjà d’une forte visibilité internationale. Le développement de Rabat, Fès, Ouarzazate, Essaouira et d’autres destinations peut favoriser un tourisme plus équilibré et valoriser davantage le patrimoine historique, culturel et naturel du Maroc.
Pour que cette croissance soit durable, elle devra s’accompagner d’une amélioration de l’accueil, des transports locaux, de la qualité des services et de la protection des sites touristiques.
Quels avantages pour les Marocains du monde ?
Pour les Marocains du monde, le développement du réseau de Ryanair peut apporter davantage de choix et de fréquences entre le pays de résidence et le Maroc.
L’ouverture de nouvelles lignes vers Rabat, Tanger, Fès, Marrakech ou Agadir peut réduire les longs déplacements routiers après l’arrivée et faciliter les voyages familiaux, professionnels ou administratifs.
Cette évolution ne garantit toutefois pas automatiquement une diminution permanente des prix.
Les tarifs des compagnies à bas coûts varient selon la demande, la période, les bagages et les services sélectionnés. Pendant les vacances scolaires et la saison estivale, les prix peuvent rester élevés malgré l’augmentation du nombre de sièges.
La réduction des vols au départ de certains aéroports régionaux européens peut également obliger des voyageurs à rejoindre des plateformes plus éloignées. Le bilan pour les MRE dépendra donc de leur ville de résidence et des nouvelles routes effectivement proposées.
Une dépendance à surveiller
L’expansion de Ryanair constitue une opportunité, mais elle appelle aussi à la vigilance.
Le modèle économique de la compagnie repose sur une grande mobilité de ses avions. Lorsqu’un marché devient moins rentable ou qu’un désaccord apparaît sur les taxes et les redevances, Ryanair peut rapidement réduire ses capacités ou fermer une base.
Le Maroc doit donc profiter de ces investissements tout en maintenant une stratégie aérienne diversifiée. Le développement de Royal Air Maroc, d’Air Arabia Maroc et des autres compagnies desservant le Royaume reste essentiel pour éviter une dépendance excessive à un seul opérateur.
La concurrence doit également bénéficier aux passagers grâce à des prix accessibles, une meilleure qualité de service et une protection effective des droits des voyageurs.
Le Maroc s’impose dans la nouvelle carte aérienne régionale
Le redéploiement engagé par Ryanair confirme une réalité : le Maroc n’est plus seulement une destination touristique saisonnière. Il devient une plateforme aérienne stratégique entre l’Europe, l’Afrique et l’espace méditerranéen.
Alors que plusieurs marchés européens subissent des réductions de capacité, le Royaume accueille de nouvelles routes, une cinquième base de Ryanair et deux avions supplémentaires à Rabat.
Cette évolution représente une reconnaissance de l’attractivité du marché marocain, de la dynamique de son tourisme et du potentiel considérable des déplacements des Marocains du monde.
Elle constitue aussi un défi. Le Royaume devra transformer cette croissance du trafic en emplois durables, en développement territorial et en amélioration concrète de la mobilité, tout en préservant sa souveraineté aérienne et la diversité de son offre.
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