Les Marocains du monde continuent de jouer un rôle déterminant dans la résilience économique du Royaume. Selon les données provisoires publiées par l’Office des Changes, leurs transferts ont atteint 89,215 milliards de dirhams au terme des huit premiers mois de 2026, contre 81,846 milliards durant la même période de 2025.
L’augmentation atteint 7,369 milliards de dirhams en un an, soit une progression de 9 %. Le mouvement est d’autant plus significatif qu’il intervient après le léger recul observé en 2025 et porte les transferts à leur plus haut niveau pour une période janvier-août dans la série 2022-2026 publiée par l’Office.
| Période janvier-août | Transferts des MRE |
|---|---|
| 2022 | 72,728 milliards de DH |
| 2023 | 77,975 milliards de DH |
| 2024 | 82,196 milliards de DH |
| 2025 | 81,846 milliards de DH |
| 2026 | 89,215 milliards de DH |
En quatre ans, le montant cumulé sur les huit premiers mois a ainsi progressé de près de 16,5 milliards de dirhams, soit environ 22,7 %. Cette évolution confirme que les transferts ne constituent plus un phénomène conjoncturel lié à une année exceptionnelle. Ils se sont installés parmi les principales ressources extérieures régulières du Maroc.
Un soutien direct aux familles
L’impact le plus immédiat se mesure au niveau des ménages. Une grande partie des sommes envoyées depuis l’étranger sert à couvrir les dépenses courantes, le logement, les soins, l’éducation, les événements familiaux ou l’accompagnement de parents âgés.
Dans ce rôle, les transferts agissent comme un mécanisme privé de solidarité. Ils augmentent le revenu disponible des familles bénéficiaires et réduisent leur vulnérabilité face aux pertes d’emploi, aux problèmes de santé, à la sécheresse ou à la hausse du coût de la vie.
Cette fonction sociale ne doit pas être considérée comme économiquement secondaire. Lorsqu’un ménage consacre ces ressources à l’alimentation, au transport, à la scolarité, aux travaux dans un logement ou à l’achat de services, l’argent circule dans l’économie nationale. Il soutient les commerces, les artisans, les professions de santé, les établissements d’enseignement et de nombreuses petites activités locales.
La Banque mondiale rappelle que les transferts familiaux peuvent contribuer à maintenir la consommation, absorber les chocs et préserver certaines activités économiques. Au Maroc, l’étude du Haut-Commissariat au Plan consacrée aux transferts et aux investissements des migrants souligne leur poids durable dans la balance des paiements et dans la relation entre migration et développement.
Une ressource en devises sans création de dette
Le deuxième effet positif concerne les équilibres extérieurs du pays.
Les transferts des MRE font entrer des devises dans l’économie marocaine. Ils aident ainsi à financer les achats effectués à l’étranger, notamment les importations d’énergie, de céréales, de machines et de composants industriels.
Contrairement à un emprunt extérieur, ces entrées ne créent aucune obligation de remboursement pour l’État. Elles constituent donc une ressource particulièrement précieuse dans une économie qui doit financer des importations importantes tout en préservant sa capacité de paiement internationale.
Elles contribuent, avec les recettes touristiques, les exportations et les investissements étrangers, à l’alimentation des réserves en devises. Bank Al-Maghrib évaluait les avoirs officiels de réserve à 503 milliards de dirhams au 18 septembre 2026, en hausse de 21 % sur un an. Il serait excessif d’attribuer cette évolution aux seuls transferts des MRE, mais ceux-ci participent incontestablement à l’ensemble des entrées extérieures qui confortent la position financière du Royaume.
Des réserves plus solides offrent une protection face aux hausses des prix internationaux, aux tensions sur les marchés énergétiques et aux périodes de ralentissement mondial. Elles contribuent également à la confiance dans la capacité du Maroc à régler ses importations et ses engagements en devises.
Une contribution à la demande intérieure et à la croissance
Les 7,369 milliards de dirhams supplémentaires reçus par rapport aux huit premiers mois de 2025 représentent une injection importante dans l’économie.
Tous ces fonds ne sont pas immédiatement dépensés, et tous les achats réalisés ne bénéficient pas exclusivement à la production nationale. Une partie peut être épargnée ou consacrée à des produits importés. Mais une proportion significative alimente la consommation des ménages, la construction, les services et le commerce.
Cette demande soutient l’activité, particulièrement dans les villes moyennes, les communes rurales et les régions historiquement marquées par l’émigration. Dans certains territoires, les transferts financent la rénovation de logements, les dépenses scolaires, l’achat d’équipements ou le lancement de petites activités qui auraient difficilement accès à d’autres sources de financement.
La Banque mondiale prévoit une croissance de 4,2 % pour l’économie marocaine en 2026, portée notamment par l’investissement et la demande intérieure. Les transferts des MRE ne sont pas présentés comme l’unique moteur de cette croissance, mais ils renforcent l’un de ses ressorts : la capacité de dépense et de résistance financière des ménages.
Un facteur de stabilité plus qu’un simple flux saisonnier
La progression observée à fin août coïncide avec les déplacements estivaux de la diaspora, mais les transferts des MRE ne se limitent plus à la période de l’opération Marhaba.
Leur régularité sur plusieurs années leur confère une valeur particulière. Les investissements internationaux peuvent varier rapidement en fonction des marchés, tandis que les exportations dépendent de la demande mondiale. Les envois familiaux reposent, eux, sur des liens humains et des obligations de solidarité souvent maintenus même lorsque la conjoncture se dégrade.
Cette stabilité relative contribue à amortir certains chocs. Elle ne met toutefois pas les transferts à l’abri d’un ralentissement dans les principaux pays de résidence, notamment en Europe, où travaillent et vivent de nombreux Marocains du monde.
Le dynamisme de 2026 traduit donc à la fois la solidité des liens avec le pays et la capacité financière des diasporas. Il rappelle aussi que l’économie marocaine demeure exposée à la situation de l’emploi et du pouvoir d’achat dans les pays d’accueil.
Le potentiel encore sous-exploité de l’investissement MRE
L’importance des montants transférés conduit naturellement à poser la question de leur orientation. Les transferts sont d’abord des fonds privés appartenant aux familles. Ils ne doivent pas être considérés comme une ressource publique disponible pour financer les politiques de l’État.
Il existe néanmoins un potentiel considérable pour convertir volontairement une part de l’épargne des MRE en investissements productifs : création et reprise d’entreprises, tourisme territorial, agriculture moderne, santé, technologies, industries culturelles, économie sociale ou projets liés à la transition énergétique.
Pour y parvenir, l’appel patriotique ne suffit pas. Les investisseurs de la diaspora ont besoin de procédures simples, d’informations fiables, de délais administratifs prévisibles, de garanties juridiques et de mécanismes de recours efficaces. Ils doivent également pouvoir identifier des projets viables et suivre leur investissement à distance.
La baisse du coût des transferts et la progression des solutions numériques peuvent aussi augmenter la part qui parvient effectivement aux familles. La Banque mondiale avait relevé que le coût varie fortement selon les corridors et que le recours aux services en espèces reste important. Davantage de transparence tarifaire et d’éducation financière permettrait de réduire les frais et de favoriser l’usage de comptes, de produits d’épargne et de solutions d’investissement sécurisées.
Reconnaître la contribution sans remplacer les responsabilités publiques
Les 89,215 milliards de dirhams transférés à fin août témoignent d’une solidarité économique exceptionnelle. Mais cette contribution ne doit pas conduire à faire peser sur les MRE la responsabilité de compenser les insuffisances de l’emploi, de la protection sociale ou du développement territorial.
Les transferts peuvent soutenir une famille, financer une formation ou permettre la création d’une activité. Ils ne remplacent ni les politiques publiques ni les investissements structurels nécessaires à la création d’emplois et à la réduction des inégalités.
La meilleure reconnaissance de cet effort consiste donc à protéger les bénéficiaires, diminuer les coûts d’envoi, améliorer les services bancaires et offrir aux Marocains du monde des voies crédibles pour investir lorsqu’ils le souhaitent.
En franchissant 89 milliards de dirhams en huit mois, la diaspora confirme son rôle de pilier financier et social du Maroc. L’enjeu n’est plus seulement de saluer les montants. Il est de construire la confiance et les instruments qui permettront à cette puissance de solidarité de produire davantage de valeur durable, au bénéfice des familles, des territoires et de l’économie nationale.
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