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CCME : de l’ambition institutionnelle à l’exigence de résultats

La place accordée aux Marocains du monde appelle des institutions dont l’utilité puisse être comprise, évaluée et discutée. Pour le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, l’enjeu dépasse la visibilité de ses activités : il concerne leur portée dans la décision publique.

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CCME : de l’ambition institutionnelle à l’exigence de résultats

Une institution ne se mesure pas seulement à ce qu’elle organise ou publie. Elle se mesure aussi à ce qu’elle permet de comprendre, de corriger et de transformer. Lorsque sa mission touche aux droits, aux intérêts et à l’avenir des Marocains établis à l’étranger, cette exigence prend une dimension particulière : celle de la confiance.

Le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, le CCME, mérite d’être interrogé à cette hauteur. Ni disqualifié par principe, ni dispensé d’évaluation en raison de son statut.

Créé en décembre 2007 et consacré par la Constitution de 2011, il exerce une mission consultative et de prospective concernant notamment les politiques publiques destinées aux Marocains de l’étranger. L’étendue de cette vocation donne toute sa légitimité à une question : comment apprécier les effets de son travail ?

Près de dix-neuf années après sa création, cette interrogation relève moins de l’impatience que d’une exigence de maturité institutionnelle.

Des activités établies, un impact à rendre intelligible

La rigueur impose de reconnaître ce qui existe. Le CCME publie des études, accompagne des initiatives culturelles et participe à des échanges sur les migrations. Ses communications récentes mentionnent des publications consacrées aux transferts des migrants et aux relations entre migrations et cultures, ainsi qu’un soutien au festival Arabesques à Montpellier. Ces éléments ne permettent pas de soutenir la thèse d’une inactivité générale ou d’une absence absolue à l’international.

La connaissance des migrations, la transmission de leur mémoire et la reconnaissance des parcours de la diaspora constituent des contributions qui ne sauraient être balayées d’un jugement sommaire.

Il reste cependant à établir le lien entre cette production et l’exercice de la mission consultative. Quelles recommandations ont éclairé une décision ? Quels obstacles identifiés ont fait l’objet d’une réponse ? Quelles propositions demeurent en attente, et pour quelles raisons ?

Une publication atteste un travail. Elle ne suffit pas, à elle seule, à établir son influence sur une politique publique. C’est précisément ce passage de l’activité au résultat que les citoyens devraient pouvoir suivre.

La présence internationale appelle une évaluation plus exigeante

Le CCME ne saurait être tenu pour responsable de toute difficulté rencontrée par un Marocain à l’étranger. Il n’exerce ni les fonctions d’un consulat ni celles d’une représentation diplomatique. Lui demander de se substituer à ces services brouillerait les responsabilités.

Son rôle autorise, en revanche, une attente forte : recueillir les préoccupations, en dégager les évolutions de fond et les traduire en propositions susceptibles d’éclairer les pouvoirs publics.

La question n’est donc pas seulement de savoir où le Conseil apparaît. Elle est de comprendre ce qu’il fait remonter de ses échanges, comment il hiérarchise les besoins et à quelles suites ses analyses donnent lieu.

Dans les pages de présentation, de ressources et d’actualité examinées pour cette chronique, les activités sont identifiables. Nous n’y avons pas repéré de présentation consolidée permettant de suivre systématiquement les recommandations jusqu’à leurs conséquences administratives ou politiques. Ce constat porte sur les pages consultées ; il ne prouve pas l’inexistence d’autres documents. Il fonde néanmoins une demande légitime de mise à disposition et de clarification.

Donner toute sa portée à l’orientation de Sa Majesté le Roi

Dans Son discours du 6 novembre 2024, Sa Majesté le Roi Mohammed VI a défini une réorganisation du dispositif institutionnel consacré aux Marocains de l’étranger. Le Conseil devait y exercer pleinement sa vocation autonome de réflexion et de proposition, tandis que la Fondation Mohammedia était appelée à porter la dimension opérationnelle de cette politique.

Cette orientation fournit un cadre de lecture exigeant. Elle appelle une distinction lisible entre l’expertise, la décision et l’exécution. Elle invite aussi à apprécier chaque institution au regard de sa contribution propre.

Servir l’ambition exprimée par Sa Majesté le Roi suppose ainsi de rendre ses prolongements concrets accessibles aux citoyens. Le respect dû à cette ambition trouve une traduction naturelle dans le sérieux de l’évaluation et la clarté des responsabilités.

Madame la Cheffe du gouvernement, une clarification publique est nécessaire

L’autonomie du Conseil doit être pleinement respectée. Il ne s’agit pas de demander au gouvernement de se substituer à ses organes, ni de lui imputer seul l’ensemble de son bilan.

Il appartient toutefois à l’exécutif d’exposer ce qui relève de son action : l’état des textes, les étapes de la réorganisation institutionnelle, les modalités de coordination et le traitement des recommandations qui lui sont adressées.

Madame la Cheffe du gouvernement, une présentation publique de ces éléments permettrait de donner au débat la précision qui lui manque. Le Conseil pourrait, pour sa part, rendre plus directement accessibles ses objectifs, ses avis, ses méthodes d’évaluation et les suites dont il a connaissance.

Un tel exercice devrait permettre de distinguer les propositions retenues, celles qui restent à l’étude et celles qui ont été écartées. Il devrait aussi expliquer les limites rencontrées. La transparence n’exige pas de présenter chaque initiative comme un succès ; elle exige de rendre les résultats et les difficultés compréhensibles.

Le risque bureaucratique commence lorsque la continuité des procédures devient plus visible que la finalité du service rendu. Ce risque appelle une réponse institutionnelle : des responsabilités identifiées, des échéances explicites et une évaluation ouverte à la discussion.

Les Marocains du monde peuvent entendre qu’une réforme prenne du temps. Ils peuvent comprendre qu’un avis ne soit pas suivi. Ils sont fondés à attendre que les raisons leur en soient exposées.

La confiance se consolide lorsque l’institution rend son utilité vérifiable. C’est cette démonstration que le CCME et les pouvoirs publics sont aujourd’hui invités à construire.

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