Quatre jours ont suffi pour modifier le regard porté sur les U20 marocains. Au soir du 27 septembre, leur entrée dans le tournoi qualificatif de l’Union nord-africaine de football avait laissé une impression inachevée : un 0-0 contre la Tunisie, peu d’occasions franches, une circulation lente et aucune capacité durable à déséquilibrer le bloc adverse.
La qualification restait possible, mais le Maroc ne pouvait plus se contenter d’attendre. La réponse est venue sur le terrain.
Le 30 septembre, les Lionceaux ont battu l’Algérie 3-1. Trois jours plus tard, ils ont dominé le pays hôte, l’Égypte, 2-0. Deux victoires, cinq buts inscrits et un seul encaissé ont transformé une campagne hésitante en qualification anticipée pour la Coupe d’Afrique des nations U20, organisée en 2027 au Ghana.
Le parcours depuis notre dernier point de situation
| Date | Rencontre | Résultat | Buteurs marocains |
|---|---|---|---|
| 27 septembre | Maroc–Tunisie | 0-0 | — |
| 30 septembre | Maroc–Algérie | 3-1 | Sami Bouhoudane, Mohamed Mounssef, Ilyass Hidaoui |
| 3 octobre | Maroc–Égypte | 2-0 | Adam Baallal, Sami Bouhoudane |
| 6 octobre | Maroc–Libye | À jouer | Dernière journée |
Le Maroc totalise sept points et occupe la première place devant l’Égypte, créditée de six points au soir du 3 octobre. L’Algérie en compte quatre, la Tunisie trois et la Libye un. Les deux premiers du mini-championnat se qualifiant, les Lionceaux ne peuvent plus sortir des places qualificatives, quel que soit leur résultat contre la Libye.
La dernière rencontre ne sera pourtant pas inutile. Elle doit permettre de conserver la première place, de répartir les temps de jeu et de vérifier si le progrès observé peut être prolongé contre un adversaire moins bien classé.
Onze minutes qui ont libéré le tournoi
Face à l’Algérie, le Maroc n’a pas immédiatement trouvé l’ouverture. La première période est restée équilibrée. Le changement est intervenu après la pause, avec trois buts marqués en onze minutes : Sami Bouhoudane à la 53e, Mohamed Mounssef à la 56e et Ilyass Hidaoui à la 64e.
Cette séquence a montré ce qui avait manqué contre la Tunisie. Les transmissions sont devenues plus rapides, les courses ont davantage attaqué la profondeur et plusieurs joueurs se sont projetés dans la surface. Surtout, le danger n’a plus reposé sur une seule initiative individuelle. Un attaquant, un milieu et un défenseur ont participé au score.
Le but algérien inscrit en fin de rencontre empêche de parler d’une maîtrise parfaite, mais il ne change pas la lecture générale : le Maroc a augmenté son rythme et exploité la désorganisation adverse avec efficacité.
Contre l’Égypte, une autre forme de maturité
Le match contre l’Égypte demandait une réponse différente. Les Lionceaux jouaient contre le pays organisateur, alors en tête, avec la possibilité de valider directement leur qualification.
Ils ont construit leur succès en première période. Le capitaine Adam Baallal a ouvert le score à la 25e minute. Sami Bouhoudane a doublé l’avantage huit minutes plus tard. Déjà buteur contre l’Algérie, l’avant-centre est devenu le symbole de la progression offensive de l’équipe.
Après la pause, le Maroc n’a pas cherché à transformer la rencontre en échange permanent d’attaques. Le bloc a protégé son avantage, réduit les espaces et conservé son but inviolé. La victoire contre l’Algérie avait montré une capacité d’accélération ; celle contre l’Égypte a ajouté la gestion du résultat.
C’est peut-être l’enseignement principal de ces deux matches. Les U20 n’ont pas seulement marqué davantage. Ils ont remporté deux rencontres de nature différente : l’une par une poussée offensive brutale après la pause, l’autre par une avance construite tôt puis défendue avec discipline.
Batelli a répondu — le jugement doit évoluer
Notre précédent article soulignait les limites du jeu présenté contre la Tunisie : lenteur de la construction, faible présence entre les lignes et dépendance aux actions isolées. Ces critiques étaient fondées sur ce qui avait été montré à ce moment précis.
Les deux rencontres suivantes imposent de compléter ce constat. Ludovic Batelli et son staff ont obtenu une réaction tactique et mentale. L’équipe a marqué cinq fois par l’intermédiaire de quatre buteurs différents et n’a concédé qu’un but. Surtout, elle a gagné les deux matches où la pression du résultat était la plus forte.
Un sélectionneur doit aussi être évalué sur sa faculté à corriger. À ce titre, Batelli mérite le crédit correspondant à la qualification.
Cela ne signifie pas que toutes les questions sont réglées. La CAN au Ghana opposera le Maroc à des adversaires aux profils plus variés. L’équipe devra encore progresser dans la création face aux blocs bas, la sortie sous pression et la régularité sur l’ensemble d’un tournoi. Une séquence réussie ne doit pas produire l’excès inverse de celui qui avait suivi le match nul initial.
Champions du monde, mais pas avec la même génération
Le poids du titre mondial peut fausser l’analyse. Le Maroc est bien le champion du monde U20 en titre depuis sa victoire 2-0 contre l’Argentine en finale, le 19 octobre 2025. Mais l’équipe engagée dans ces éliminatoires appartient à un nouveau cycle. Mohamed Ouahbi, sélectionneur du sacre mondial, a depuis rejoint l’encadrement de l’équipe A, tandis que plusieurs champions ont dépassé la catégorie d’âge.
La génération actuelle ne doit donc pas être jugée comme si elle défendait automatiquement les mêmes automatismes, la même hiérarchie et la même expérience. Elle hérite d’un standard, pas d’une équipe déjà construite.
Cette distinction ne diminue pas l’exigence. Au contraire, elle définit la véritable mission de la Fédération : être capable de renouveler les générations sans perdre les principes qui ont conduit au sommet mondial.
Le débat sur les cadres marocains et MRE reste légitime
La qualification ne doit pas servir à éteindre le débat sur la formation des entraîneurs marocains. Elle doit plutôt le rendre plus précis.
L’objectif n’est pas de remplacer un technicien étranger uniquement en raison de sa nationalité. Batelli possède une expérience reconnue dans la formation et vient d’atteindre l’objectif immédiat qui lui était fixé. Une politique sérieuse doit juger les entraîneurs sur leurs compétences, leurs résultats et leur capacité à développer de jeunes joueurs.
Mais le Maroc doit, parallèlement, créer une filière plus visible pour ses propres cadres : techniciens issus des clubs et académies nationales, anciens internationaux, ainsi qu’anciens joueurs MRE formés dans les championnats européens. Ces profils peuvent intervenir comme adjoints, responsables de la détection, analystes, entraîneurs de catégories ou sélectionneurs, à condition de disposer des diplômes et compétences requis.
La liste actuelle rassemble d’ailleurs des joueurs issus des clubs marocains, de l’Académie Mohammed VI et de structures européennes. Son encadrement doit être capable de comprendre ces différentes cultures de formation. C’est précisément là que certains anciens joueurs MRE pourraient apporter une valeur spécifique, sans bénéficier d’un passe-droit.
Une qualification, désormais un devoir de progression
Le Maroc disputera donc la CAN U20 2027. C’était l’objectif minimal, il est atteint avant la dernière journée. Les victoires contre l’Algérie et l’Égypte ont corrigé l’impression inquiétante laissée par le nul initial et montré une équipe capable de répondre sous pression.
La suite commence déjà. Le match contre la Libye doit conclure proprement le tournoi. Ensuite viendra le temps de stabiliser le groupe, d’élargir la concurrence, de suivre les joueurs au Maroc comme à l’étranger et de construire un plan de jeu capable de résister au niveau continental.
Le titre mondial de 2025 a placé la barre très haut. Cette qualification ne constitue pas encore une confirmation de ce sommet. Elle prouve toutefois une chose importante : lorsque cette nouvelle génération a été mise devant l’obligation de réagir, elle l’a fait par le jeu et par les résultats.
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