Dix jours après les élections législatives du 23 septembre, les résultats politiques sont connus, les sièges ont été répartis et la formation du nouvel exécutif est engagée. Une question concernant directement les Marocains résidant à l’étranger demeure pourtant sans réponse publique : combien d’entre eux ont utilisé l’e-procuration et combien de ces procurations ont effectivement donné lieu à un vote ?
MMNEWS avait présenté ce dispositif au moment de son ouverture, en expliquant son fonctionnement et l’espoir qu’il pouvait représenter pour les électeurs éloignés du territoire national. L’heure est désormais au bilan. Or, après une nouvelle vérification des publications officielles disponibles, les deux chiffres essentiels ne sont toujours pas accessibles.
Il ne s’agit pas d’une querelle statistique. Ces données doivent permettre de savoir si une procédure annoncée comme une réponse concrète à l’éloignement géographique a réellement facilité la participation politique des Marocains du monde.
Une avancée administrative bien réelle
La plateforme électronique a été ouverte du 24 août au 22 septembre 2026 à midi. Elle s’adressait aux Marocaines et Marocains résidant à l’étranger inscrits sur les listes électorales générales.
Le principe était simple : le MRE renseignait en ligne ses informations et celles d’un électeur inscrit au Maroc, établissait sa procuration, puis téléchargeait le document avant de le transmettre au mandataire chargé de voter en son nom.
Cette dématérialisation a supprimé une partie des contraintes matérielles liées à l’établissement d’une procuration depuis l’étranger. C’était un progrès important. Mais l’ouverture d’un service numérique ne suffit pas, à elle seule, à démontrer son succès.
Pour évaluer le dispositif, il faut savoir combien d’électeurs ont achevé la démarche et combien de mandataires se sont effectivement présentés dans les bureaux de vote avec une procuration valable.
Deux chiffres toujours attendus
Au 3 octobre, les portails institutionnels consultés publient le calendrier électoral, les résultats du scrutin et plusieurs bilans relatifs à son déroulement. Ils ne présentent toutefois pas de décompte national identifiable des e-procurations.
Deux indicateurs doivent être distingués.
Le premier est le nombre de procurations électroniques établies et validées avant la fermeture de la plateforme. Ce chiffre mesurerait l’adoption administrative du service.
Le second est le nombre de votes réellement exercés par procuration le 23 septembre. Il mesurerait son utilisation électorale effective.
Confondre ces données conduirait à une conclusion trompeuse. Une procuration créée mais non transmise, refusée, annulée ou finalement non utilisée ne peut pas être comptabilisée comme un vote.
En l’absence de ces deux nombres, personne ne peut sérieusement affirmer que l’e-procuration a pleinement répondu aux attentes des MRE. Mais personne ne peut davantage soutenir, sur une base chiffrée, qu’elle a échoué. Le constat exact est plus simple : le public ne dispose pas encore des données nécessaires pour trancher.
Des votes normalement traçables dans les procès-verbaux
Cette absence de publication ne signifie pas que les votes par procuration seraient impossibles à recenser.
La loi organique n° 27-11 prévoit qu’une mention spéciale soit portée au procès-verbal du bureau de vote lorsqu’un mandataire vote au nom d’un électeur résidant hors du Maroc. Le ministère de l’Intérieur a par ailleurs rappelé que les représentants des listes disposent d’un droit de suivi des opérations et d’accès aux copies des procès-verbaux électoraux.
Autrement dit, les données devraient pouvoir être consolidées. L’administration de la plateforme connaît nécessairement le nombre de demandes enregistrées et validées. Les mentions figurant dans les procès-verbaux doivent, de leur côté, permettre de déterminer combien de procurations ont été effectivement exercées.
Le Conseil national des droits de l’Homme a d’ailleurs recommandé, dans ses premières observations sur le scrutin, d’évaluer le vote par procuration pour les Marocains résidant à l’étranger. Cette recommandation confirme que l’enjeu ne se limite pas au bon fonctionnement technique de la plateforme : il concerne la qualité et l’effectivité de la participation.
Le nombre total de MRE ne suffit pas
Pour mesurer correctement l’adoption du dispositif, il faudra également publier le nombre officiel de MRE inscrits sur les listes électorales générales.
Rapporter les procurations à l’ensemble des Marocains vivant à l’étranger — souvent estimés à plusieurs millions — donnerait un pourcentage peu pertinent. Cette population comprend notamment des mineurs, des personnes non inscrites et d’autres qui ne remplissaient pas nécessairement les conditions électorales applicables.
Le calcul pertinent repose sur deux ratios :
- le taux d’adoption, obtenu en divisant le nombre de procurations validées par le nombre de MRE inscrits sur les listes électorales ;
- le taux d’utilisation effective, correspondant au nombre de votes par procuration réellement déposés, rapporté au nombre de procurations validées.
Ces deux taux permettraient de distinguer plusieurs réalités : l’intérêt initial pour le service, la simplicité de la procédure, la capacité à trouver un mandataire et le passage final de la démarche numérique au vote dans l’urne.
Les questions auxquelles un bilan officiel devrait répondre
Un bilan complet ne devrait pas se limiter à un chiffre global. Pour comprendre ce qui a fonctionné et ce qui doit être amélioré, plusieurs données sont nécessaires :
- combien de démarches ont été commencées sur la plateforme ;
- combien de demandes ont été finalisées et validées ;
- combien ont été rejetées, annulées ou abandonnées, et pour quels motifs ;
- combien de procurations ont été effectivement utilisées le jour du scrutin ;
- quelle a été la répartition par pays de résidence et par circonscription, dans le respect des données personnelles ;
- combien de demandes d’assistance ou d’incidents techniques ont été enregistrées ;
- quel est le nombre officiel de MRE inscrits sur les listes électorales générales.
Une telle publication ne remettrait pas en cause le dispositif. Elle permettrait au contraire de le consolider, d’identifier ses limites et de préparer les prochains rendez-vous électoraux sur des bases vérifiables.
Une question démocratique plus large
L’e-procuration répond à une difficulté réelle, mais elle laisse subsister une relation indirecte entre l’électeur vivant à l’étranger et l’urne située au Maroc. Le MRE doit être inscrit dans une commune ou un arrondissement du Royaume, choisir une personne de confiance et dépendre de sa disponibilité le jour du scrutin.
Le taux d’utilisation du mécanisme dira donc plus que la popularité d’une plateforme. Il donnera une indication sur la capacité du vote par procuration à compenser l’éloignement, mais aussi sur ses limites sociales et pratiques.
Si le recours s’avère faible, il faudra en comprendre les raisons : information insuffisante, calendrier trop court, difficultés d’inscription, manque de confiance, absence de mandataire ou attentes orientées vers d’autres formes de participation. Si le recours est élevé, il faudra mesurer combien de procurations ont réellement été converties en votes.
Dans les deux cas, les chiffres sont indispensables.
MMNEWS repose publiquement la question
Dix jours après le scrutin, MMNEWS demande donc la publication d’un bilan national de l’e-procuration : combien de procurations électroniques ont été établies et validées, et combien ont effectivement permis à un MRE de voter ?
Cette demande ne préjuge ni d’un échec ni d’une réussite. Elle relève d’une exigence élémentaire d’évaluation des politiques publiques et de transparence envers les Marocains du monde auxquels le dispositif était destiné.
La plateforme a constitué une première réponse technique. Le bilan chiffré dira si elle a également constitué une réponse démocratique à la hauteur des attentes.
💬 Commentaires (0)
Aucun commentaire. Soyez le premier !
✏️ Laisser un commentaire