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Fouzi Lekjaa : du redressement du football marocain à l’épreuve des législatives du 23 septembre

En douze ans, Fouzi Lekjaa a contribué à transformer une fédération sportive en institution capable d’identifier les talents du monde entier, de négocier au sommet du football international et de produire des résultats durables. Son engagement au PAM place désormais cette méthode au cœur de la campagne. Mais le 23 septembre ne jugera pas une sélection : il mesurera la capacité d’un parti et de ses figures à convertir la culture du résultat en politiques publiques, sous le contrôle des citoyens.

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Fouzi Lekjaa : du redressement du football marocain à l’épreuve des législatives du 23 septembre

Un bilan que la politique ne peut ignorer

Fouzi Lekjaa possède un avantage rare dans une campagne électorale : son parcours est associé à des résultats que chacun peut situer. Président de la Fédération royale marocaine de football depuis 2014, il a accompagné le redressement d’un secteur longtemps miné par l’instabilité. La demi-finale historique du Mondial 2022, la médaille de bronze olympique de 2024, la progression des sélections féminines et de jeunes, ainsi que l’attribution du Mondial 2030 au Maroc, à l’Espagne et au Portugal ont installé le Royaume dans une autre catégorie.

Aucun dirigeant ne gagne seul. Les joueurs, les entraîneurs, les clubs, les techniciens, les investissements publics et la stratégie royale ont tous compté. Réduire cette évolution à un seul homme serait aussi imprécis que nier son rôle. La marque Lekjaa tient moins à un trophée qu’à une chaîne de décisions : centres de formation, infrastructures, choix des staffs, logistique, diplomatie sportive et continuité institutionnelle.

Dans une campagne où les promesses sont souvent plus visibles que les bilans, cette culture de l’exécution devient un argument politique. Mais elle devient aussi une obligation : celui qui revendique la performance sportive devra accepter d’être évalué avec la même rigueur sur le budget, la santé, l’école, l’emploi, l’eau et les inégalités territoriales.

Les MRE, laboratoire de la méthode Lekjaa

Le traitement des binationaux constitue peut-être la leçon la plus directement utile au Maroc. La fédération n’a pas attendu que les talents arrivent à Rabat. Elle a développé des réseaux de détection en Europe, suivi les joueurs très tôt, parlé à leurs familles et présenté un projet sportif crédible.

Achraf Hakimi, Yassine Bounou, Sofyan Amrabat, Noussair Mazraoui, Bilal El Khannouss ou Brahim Diaz ont des trajectoires différentes. Ils incarnent néanmoins une même évolution : la formation reçue en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique ou au Canada n’est plus regardée comme une distance avec le Maroc, mais comme une compétence que le pays peut intégrer.

Ce changement dépasse le football. Le Royaume sait localiser un jeune arrière droit dans une académie européenne, le suivre pendant plusieurs années et lui proposer une place précise. Pourquoi ne déploierait-il pas la même méthode pour une chercheuse en biotechnologie, un ingénieur de l’eau, une spécialiste de l’intelligence artificielle, un médecin ou un entrepreneur MRE ?

La diaspora ne demande pas seulement des discours sur « les compétences » ni une invitation annuelle à investir. Elle attend des missions identifiées, des responsabilités, des moyens et une participation à la décision. Dans ce domaine, la fédération a souvent été plus opérationnelle que l’administration.

L’influence internationale comme savoir-faire politique

Lekjaa ne s’est pas limité au terrain. Il siège au Conseil de la FIFA et occupe une vice-présidence au sein de la Confédération africaine de football. Ces fonctions placent le Maroc au cœur des discussions sur les compétitions, les financements et la gouvernance sportive mondiale. La FIFA le présente parmi les dirigeants de la CAF.

Le Mondial 2030 illustre cette diplomatie d’influence. La candidature commune avec l’Espagne et le Portugal résulte d’une mobilisation beaucoup plus large que la fédération : diplomatie royale, gouvernement, collectivités, entreprises et partenaires étrangers. Lekjaa en est toutefois devenu l’un des négociateurs les plus identifiés.

Cette capacité à construire des alliances peut servir le Maroc dans d’autres domaines : énergie, eau, industrie, investissement, formation ou coopération africaine. Mais l’influence internationale n’est pas une dispense de transparence. Les réseaux, les grands projets et la proximité avec les instances doivent être accompagnés d’appels d’offres lisibles, d’évaluations indépendantes et de comptes publics. La diplomatie sportive produit de la puissance ; elle ne doit pas produire de zones soustraites au débat.

Le transfert au PAM change la campagne

Fouzi Lekjaa n’entre pas en politique en 2026. Ministre délégué chargé du Budget depuis 2021 et ancien inspecteur des finances, il connaît les arbitrages du Trésor, le coût des politiques publiques et les limites de la dépense. Ce qui change est son inscription partisane.

Son arrivée au Parti authenticité et modernité, officialisée le 25 juillet, a eu l’effet d’un transfert majeur. Depuis, il occupe une place centrale dans les rassemblements du parti. Pourtant, selon les informations disponibles au 15 septembre, il ne figure pas personnellement sur une liste de candidats. Interrogé sur la chefferie du gouvernement, il a répondu n’y avoir jamais réfléchi et a renvoyé les étapes suivantes au cadre constitutionnel de l’après-scrutin.

Cette situation nourrit autant l’espoir que l’ambiguïté. Le PAM bénéficie de la popularité d’une figure associée à l’efficacité, sans que les électeurs votent directement pour elle. Le débat ne peut donc pas se limiter à l’image de Lekjaa. Il doit porter sur le programme, les candidats investis, les engagements chiffrés et la capacité collective du parti à gouverner.

Les tacles de campagne et le retour du ballon

Aziz Akhannouch a dénoncé le « mercato » d’adversaires qui auraient attendu la fin du mandat pour attirer de nouveaux noms. Abdelilah Benkirane a attaqué le PAM et les controverses ayant concerné certains de ses responsables. Ces déclarations relèvent de la confrontation électorale ; elles ne constituent pas un jugement sur Lekjaa.

Elles soulèvent néanmoins une question légitime : un parti peut-il emprunter la réputation d’un manager sans démontrer la solidité de toute son équipe ? La réponse vaut aussi pour ses adversaires. Ils ne peuvent réduire Lekjaa à une opération de communication sans expliquer pourquoi leurs propres organisations produisent si peu de responsables identifiés à l’exécution.

Le ballon revient également vers l’intéressé. Membre du gouvernement sortant, Lekjaa ne peut revendiquer chaque réussite et traiter les insuffisances comme l’héritage des autres. Le bilan concerne aussi l’accès aux soins, les apprentissages scolaires, le chômage, le pouvoir d’achat et les écarts entre métropoles et provinces. La crédibilité d’une culture du résultat dépend précisément de sa capacité à accepter la totalité du tableau.

Le 23 septembre ne sera pas une finale

La tentation est forte de traiter l’élection comme un match : favoris, transferts, attaquants, score final. Cette métaphore attire l’attention, mais elle peut appauvrir la politique. Un pays n’est pas un vestiaire et les citoyens ne sont ni des titulaires ni un banc de touche. Ils disposent du droit de contester les priorités, de demander des comptes et de sanctionner les dirigeants.

Dans le football, la verticalité peut accélérer une décision. Dans l’État, elle doit rencontrer le Parlement, la justice, la presse, les collectivités, la société civile et les règles de la commande publique. L’efficacité démocratique ne consiste pas à supprimer les contrôles, mais à les faire fonctionner sans condamner l’action à l’immobilité.

C’est ici que le parcours de Lekjaa peut devenir politiquement intéressant. Son expérience suggère qu’un objectif lointain exige une chaîne cohérente, des responsabilités claires et des indicateurs. Les politiques publiques ont besoin de la même lisibilité : temps d’attente aux urgences, niveau réel des élèves, emplois durables créés, pertes d’eau réduites, accès des PME aux marchés publics et diminution des écarts régionaux.

Après les stades, l’épreuve du quotidien

Le Maroc investit massivement dans les infrastructures liées à 2030 : stades, aéroports, rail et mobilité urbaine. Ces projets peuvent accélérer la modernisation du pays. Ils ne convaincront durablement que s’ils améliorent aussi la vie quotidienne, réduisent leur consommation d’eau et d’énergie, servent les territoires après les compétitions et ne détournent pas l’attention des services essentiels.

À Bouarfa et Berkane, Lekjaa a défendu un soutien agricole plus direct, une pension minimale de 3 000 dirhams, une meilleure protection des veuves et l’idée d’un « Maroc qui avance à une seule vitesse ». Le message vise la justice territoriale. Mais le ministre du Budget sait qu’un engagement social exige une estimation, un financement, un calendrier et une administration responsable.

Voilà le véritable défi des législatives du 23 septembre. Il ne s’agit pas de savoir si le prestige du football peut faire gagner un parti, mais si une expérience de management peut devenir un contrat démocratique vérifiable.

Fouzi Lekjaa a contribué à convaincre des joueurs MRE que le Maroc leur offrait un projet à la hauteur de leur talent. La politique lui impose désormais une mission plus vaste : convaincre les citoyens que la performance publique inclura ceux qui n’entreront jamais dans un stade. Le soir du scrutin ne donnera qu’un résultat électoral. Le vrai classement se construira ensuite, dans l’école, l’hôpital, l’emploi, l’eau et l’égalité entre les territoires.

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