Le Maroc a ouvert ce vendredi la douzième législature avec deux scènes politiques qui se superposent sans se confondre. Au Parlement, les nouveaux députés ont pris place pour la première session de leur mandat. À quelques kilomètres de là, les négociations conduites par Fatima Ezzahra El Mansouri se poursuivent pour transformer la victoire électorale du Parti authenticité et modernité en majorité gouvernementale.
Le 29 septembre, le Roi Mohammed VI a nommé El Mansouri cheffe du gouvernement, en application de l’article 47 de la Constitution, et l’a chargée de former le nouvel exécutif. Cette décision a ouvert la période des consultations, mais elle ne vaut pas nomination de l’ensemble du gouvernement. Celle-ci interviendra lorsque la cheffe du gouvernement soumettra ses propositions et que les membres de l’équipe seront officiellement nommés par le Souverain.
Une coalition à quatre désormais en tête
Après un premier tour largement ouvert, puis une seconde série d’entretiens plus ciblés, la formule la plus fréquemment évoquée réunit quatre partis : le PAM, arrivé en tête avec 97 sièges, l’Istiqlal avec 65 députés, l’USFP avec 26 et le PPS avec 19.
L’ensemble représenterait 207 sièges sur 395. La majorité absolue étant fixée à 198, cette coalition disposerait d’une marge de neuf voix.
| Formation | Sièges |
|---|---|
| PAM | 97 |
| Istiqlal | 65 |
| USFP | 26 |
| PPS | 19 |
| Total envisagé | 207 |
Cette configuration permettrait au PAM de gouverner sans le RNI, deuxième force de la Chambre avec 66 élus. Le parti de Mohamed Chouki s’est pourtant officiellement déclaré disponible pour participer au prochain gouvernement. Son absence du scénario actuellement privilégié n’a toutefois pas encore fait l’objet d’une annonce formelle de la future cheffe du gouvernement.
L’expression de « Koutla autour du PAM » s’est installée dans les commentaires politiques en référence à l’ancienne alliance entre l’Istiqlal, l’USFP et le PPS. Elle décrit un rapprochement, mais ne constitue ni le nom officiel de la coalition ni la preuve d’un accord définitif.
L’USFP avance, le PPS conserve encore une étape
L’USFP a franchi le pas le plus visible. Son bureau politique s’est prononcé à l’unanimité en faveur d’une participation au gouvernement après deux séries d’échanges avec El Mansouri. Cette orientation doit cependant être soumise au Conseil national du parti, convoqué samedi 10 octobre à Rabat.
Le PPS a, de son côté, mandaté son bureau politique pour poursuivre les discussions et arrêter sa position finale. Ses dirigeants ont mis en avant plusieurs priorités : la question sociale, les libertés, l’égalité, la moralisation de la vie publique et le rétablissement de la confiance dans les institutions.
L’Istiqlal demeure le partenaire central de l’équation. Avec 65 sièges, il apporte à lui seul l’essentiel de la base parlementaire complémentaire dont le PAM a besoin. Son Conseil national a autorisé sa direction à négocier, tout en demandant que les engagements défendus durant la campagne soient pris en compte dans le futur programme gouvernemental.
Les négociations portent donc sur trois niveaux à la fois : le périmètre de la majorité, le contenu du contrat gouvernemental et la distribution des responsabilités. Un accord sur les partis ne signifie pas automatiquement un accord sur le programme ou sur les ministres.
Les chiffres de portefeuilles restent des informations de presse
Des publications marocaines font état, ce vendredi, d’un partage provisoire qui attribuerait huit portefeuilles au PAM, six à l’Istiqlal et trois à chacun des deux partis de gauche. D’autres évoquent une représentation féminine atteignant le tiers du futur cabinet.
Ces éléments sont attribués à des sources partisanes ou médiatiques. Ils n’ont été confirmés ni par un communiqué royal, ni par la cheffe du gouvernement désignée, ni par une déclaration conjointe des quatre formations. Ils ne peuvent donc pas être présentés comme la composition arrêtée du gouvernement.
À ce stade, aucun nom de ministre ne doit être considéré comme officiellement retenu. Les reconductions annoncées, les changements de département et les créations de ministères qui circulent relèvent encore de la négociation ou de la spéculation.
L’ouverture du Parlement n’était pas une date limite gouvernementale
La coïncidence entre l’ouverture de la législature et les tractations a entretenu l’idée que le nouvel exécutif devait impérativement être formé avant le 9 octobre. La Constitution ne fixe pourtant pas cette échéance.
L’article 65 prévoit l’ouverture de la première session parlementaire le deuxième vendredi d’octobre. Cette obligation concerne le calendrier du Parlement. Elle ne transforme pas cette date en délai constitutionnel pour la nomination du gouvernement.
Le processus gouvernemental comprend encore plusieurs étapes. Selon l’article 47, les membres du gouvernement sont nommés par le Roi sur proposition de la cheffe du gouvernement. Une fois l’équipe désignée, El Mansouri devra présenter son programme devant les deux Chambres réunies. L’article 88 prévoit ensuite un débat et un vote à la Chambre des représentants. Le gouvernement ne sera investi qu’après avoir obtenu la confiance de la majorité absolue de ses membres.
Avec 207 députés théoriques, la coalition envisagée franchirait ce seuil. Sa marge serait néanmoins relativement étroite : la discipline des quatre groupes deviendrait donc déterminante lors du vote d’investiture et pour les textes majeurs de la législature.
Pourquoi la négociation prend du temps
L’arithmétique est désormais la partie la plus simple. La difficulté porte sur la cohérence politique.
Le PAM a remporté les élections en promettant une nouvelle méthode et une inflexion sociale. L’Istiqlal veut retrouver ses engagements de campagne dans le contrat de majorité. L’USFP et le PPS souhaitent peser ensemble sur les politiques sociales, les libertés et la gouvernance. Chaque formation doit parallèlement défendre sa représentation ministérielle devant ses propres instances.
El Mansouri doit aussi arbitrer entre poids électoral, compétence des profils, équilibre territorial, présence féminine et continuité de l’État. Les ministères directement liés aux urgences sociales, au budget, aux investissements et aux chantiers de 2030 feront l’objet d’une attention particulière.
La nouvelle majorité devra ensuite passer rapidement de la négociation à l’action. Le projet de loi de finances pour 2027, l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé, l’éducation, l’eau, les disparités territoriales et la préparation de la Coupe du monde figurent parmi les premiers dossiers attendus.
Pour les MRE, le prochain organigramme sera un premier signal
La structure réservée aux Marocains résidant à l’étranger n’est pas encore connue. Le maintien du portefeuille des MRE au sein du ministère des Affaires étrangères, son renforcement par un ministère délégué ou toute autre réorganisation relève encore de la future architecture gouvernementale.
Pour les Marocains du monde, ce choix ne sera pas seulement administratif. Il indiquera la place accordée à la représentation politique, à la simplification consulaire, à la protection des biens, à la mobilité des compétences, à l’investissement productif et au suivi de la procuration électronique expérimentée lors des législatives.
L’identité du responsable, ses attributions exactes et les moyens attachés au département devront donc être examinés après l’annonce officielle, plutôt qu’anticipés à partir de listes non confirmées.
Ce qui est acquis, et ce qui ne l’est pas encore
À cette heure, trois faits sont établis : Fatima Ezzahra El Mansouri est chargée de former le gouvernement ; les consultations ont connu deux rounds ; et la formule PAM–Istiqlal–USFP–PPS constitue le scénario le plus avancé dans les informations disponibles.
Trois éléments restent en attente : la validation définitive de tous les partis, l’annonce officielle de la majorité et la nomination des membres du gouvernement.
La constitution du gouvernement El Mansouri n’est donc pas achevée. Elle a toutefois quitté le stade des combinaisons générales pour entrer dans celui des arbitrages concrets. La prochaine étape décisive ne sera pas une nouvelle rumeur de portefeuille, mais un communiqué officiel fixant la coalition, l’équipe et le calendrier de présentation du programme gouvernemental.
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