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Gouvernement El Mansouri : le premier tour s’achève, la coalition se jouera samedi

Deux jours après le lancement des consultations, Fatima Ezzahra El Mansouri a reçu l’essentiel des formations représentées à la Chambre des représentants. Le RNI se dit prêt à participer, l’Istiqlal réserve sa réponse à son Conseil national et les partis de gauche réclament un véritable contrat politique. Aucun accord n’est encore conclu. Le samedi 3 octobre, avec les réunions internes du PAM, du RNI et de l’Istiqlal, devrait constituer la première échéance décisive.

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Gouvernement El Mansouri : le premier tour s’achève, la coalition se jouera samedi

La phase d’écoute touche à sa fin. Celle des décisions commence.

Depuis sa nomination par le Roi Mohammed VI, le 29 septembre, Fatima Ezzahra El Mansouri a mené à un rythme soutenu le premier tour des consultations destinées à former le nouveau gouvernement. Les rencontres ont permis de dresser une cartographie plus lisible des disponibilités, des réserves et des exigences de chaque formation. Elles n’ont cependant débouché, à ce stade, sur aucune annonce officielle de coalition.

Le 30 septembre, la cheffe du gouvernement désignée a successivement reçu le Rassemblement national des indépendants, l’Istiqlal, le Mouvement populaire, l’Union socialiste des forces populaires et le Parti du progrès et du socialisme. Le lendemain, elle a poursuivi avec l’Union constitutionnelle et le Mouvement démocratique et social.

Les réunions se sont tenues au siège du Parti authenticité et modernité à Rabat. El Mansouri était accompagnée d’une commission comprenant notamment Fouzi Lekjaa, Ahmed Akhchichine et Abdellatif Ouahbi. Ce format collectif montre que le PAM souhaite maîtriser simultanément l’arithmétique parlementaire, le contenu du futur programme et les équilibres internes du prochain exécutif.

Le RNI entrouvre la porte de la majorité

Le signal le plus net est venu du RNI. Reçu en premier, le parti arrivé deuxième aux élections avec 66 sièges a exprimé sa disposition à participer au prochain gouvernement. Sa décision définitive doit toutefois être entérinée par ses instances nationales samedi 3 octobre.

Cette ouverture est politiquement importante. La campagne électorale avait été marquée par de fortes tensions entre le PAM et le RNI, chacun imputant à l’autre une part du bilan de la majorité sortante. Le démarrage des consultations traduit donc une volonté de dépasser cette confrontation.

Avec les 97 sièges du PAM, les 66 du RNI et les 65 de l’Istiqlal, la reconduction des trois composantes de l’ancienne majorité — mais avec un nouveau rapport de force — donnerait 228 députés. Ce scénario demeure le plus simple sur le plan parlementaire. Il placerait cette fois le PAM à la tête de l’exécutif et ferait du RNI un partenaire dirigé par son ancien allié devenu concurrent victorieux.

L’Istiqlal ne ferme pas la porte, mais ne s’engage pas encore

Conduite par Nizar Baraka, la délégation de l’Istiqlal a salué la nomination historique d’une femme à la tête du gouvernement et insisté sur la nécessité de placer le service du pays et des citoyens au-dessus des calculs partisans.

Le parti n’a toutefois annoncé aucune décision de participation. Celle-ci doit être soumise à son Conseil national. Comme le PAM et le RNI, l’Istiqlal a fixé au samedi 3 octobre une réunion de son instance délibérante. La synchronisation des trois calendriers renforce l’hypothèse d’un accord en préparation, sans permettre encore de le considérer comme conclu.

MP, USFP et PPS : des disponibilités accompagnées d’exigences

Le Mouvement populaire, crédité de 29 sièges, a appelé à un « nouveau souffle » et à une rupture positive avec l’étape précédente. La formule traduit une ouverture, mais aussi une demande de changement dans les méthodes et les priorités.

L’USFP, qui compte 26 députés, refuse pour sa part l’idée d’un chèque en blanc. Sa direction conditionne toute participation à l’existence d’un projet politique commun, cohérent et assumé. Driss Lachgar a indiqué que le contenu précis de la rencontre resterait confidentiel jusqu’à l’achèvement du tour de consultations.

Le PPS, fort de 19 sièges, a relevé plusieurs points de convergence avec le PAM, notamment sur la situation sociale, les libertés et les droits, la réforme de la famille et la moralisation de la vie publique. Nabil Benabdallah a néanmoins précisé que son parti n’avait pas encore arrêté son positionnement.

Ces trois formations disposent ensemble de 74 sièges. Elles offrent au PAM des solutions alternatives à une coalition limitée au RNI et à l’Istiqlal, mais au prix d’un attelage plus large et d’une négociation programmatique plus complexe.

UC et MDS replacent les priorités sociales au centre

Lors de la deuxième journée, l’Union constitutionnelle a mis en avant la jeunesse, le pouvoir d’achat, l’éducation et la santé. Le Mouvement démocratique et social a également insisté sur les difficultés quotidiennes des ménages et sur les défis des cinq prochaines années.

Ces échanges montrent que les consultations ne portent pas uniquement sur la distribution des portefeuilles. Au moins dans leurs déclarations publiques, les partis cherchent à inscrire la formation de la majorité dans un débat sur les priorités économiques et sociales.

Reste à savoir si ces convergences générales résisteront aux arbitrages les plus difficiles : composition du gouvernement, nombre de ministères, choix des titulaires, projet de loi de finances pour 2027 et hiérarchie des réformes.

Le PJD confirme la logique de l’opposition

Le PJD, revenu à 54 sièges, a déjà choisi de siéger dans l’opposition. Abdelilah Benkirane n’a pas souhaité se rendre au siège du PAM pour une rencontre annoncée dans le cadre des consultations. Il a laissé entendre qu’une entrevue pourrait se tenir dans un autre cadre, tout en précisant qu’elle ne modifierait pas la décision politique de son parti.

L’Alliance de la gauche a également refusé le format proposé au siège du PAM. Ces refus ne bloquent pas la constitution d’une majorité, mais ils indiquent que le premier tour n’est pas seulement une opération arithmétique : le lieu, la forme et la portée institutionnelle des rencontres participent aussi au rapport de forces.

Trois scénarios, un favori

Scénario Total Lecture politique
PAM–RNI–Istiqlal 228 sièges Le plus simple et le plus stable ; continuité des partis, inversion du leadership
PAM–Istiqlal–MP–USFP 217 sièges Alternative sans RNI, mais négociation à quatre et programme plus hétérogène
PAM–Istiqlal–USFP–PPS 207 sièges Majorité plus resserrée à gauche, politiquement exigeante et moins confortable

Un quatrième montage PAM–RNI–MP–UC atteindrait 209 sièges. Il permettrait de gouverner sans l’Istiqlal, mais avec une marge plus étroite.

À ce stade, le scénario PAM–RNI–Istiqlal conserve une longueur d’avance. Le RNI a envoyé le signal le plus favorable à une participation et les trois principales formations se réuniront samedi. Mais une coalition ne se résume pas à une addition : elle suppose un accord sur le programme, la gouvernance et la répartition des responsabilités.

Et les Marocains du monde ? Une absence remarquée dans les comptes rendus publics

Pour MMNEWS, un angle reste insuffisamment visible. Dans les déclarations publiques consultées après les rencontres, les priorités sociales nationales occupent une place centrale, mais les enjeux propres aux Marocains du monde ne ressortent pas encore comme un axe autonome des négociations.

Cette absence dans les comptes rendus ne prouve pas que le sujet n’a pas été évoqué en séance. Elle montre néanmoins qu’il n’est pas encore présenté publiquement comme l’un des marqueurs du futur contrat de majorité.

La prochaine déclaration gouvernementale devra pourtant clarifier plusieurs dossiers : représentation politique des MRE, services consulaires, numérisation des démarches, transmission culturelle, mobilité, investissement productif et mobilisation des compétences établies à l’étranger. Avec plusieurs millions de citoyens vivant hors du Royaume, ces questions ne peuvent rester confinées à un seul portefeuille administratif.

Samedi, première heure de vérité

Le samedi 3 octobre ne livrera peut-être pas la composition complète du gouvernement. Il devrait toutefois préciser quels partis autorisent officiellement leurs directions à poursuivre les négociations pour entrer dans la majorité.

Après le temps protocolaire des félicitations et de l’écoute vient celui des choix. El Mansouri devra alors passer d’un large tour de table à une coalition resserrée, puis d’une coalition à un programme. La rapidité des consultations montre une volonté d’avancer. Leur véritable portée se mesurera désormais à la cohérence politique de l’accord qui en sortira.

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