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Investissement des MRE : le Maroc veut transformer l’attachement au pays en projets d’avenir

Ils transfèrent chaque année des milliards de dirhams, disposent de compétences acquises sur plusieurs continents et évoluent dans des réseaux économiques parfois très éloignés du Royaume. Pourtant, le potentiel d’investissement des Marocains du monde reste encore largement à conquérir.

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Investissement des MRE : le Maroc veut transformer l’attachement au pays en projets d’avenir

C’est précisément sur ce terrain que le Maroc a choisi d’avancer cette semaine.

Du 10 au 13 août 2026, les Centres régionaux d’investissement accueillent les Marocains résidant à l’étranger dans le cadre d’une nouvelle édition de la Semaine de l’investissement dédiée aux MRE, portée par le ministère de l’Investissement, de la Convergence et de l’Évaluation des politiques publiques.

Au-delà d’un rendez-vous institutionnel organisé en plein été, l’enjeu est plus profond : faire évoluer la relation économique entre le Maroc et sa diaspora, longtemps dominée par les transferts familiaux, vers une logique de capital, d’entrepreneuriat, de compétences et de création de valeur.

Des transferts records, mais encore peu d’investissement productif

Les chiffres illustrent tout le paradoxe.

Les transferts des Marocains du monde ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025, selon les données rappelées par le Conseil de la communauté marocaine à l’étranger. Pourtant, la part attribuée aux MRE dans l’investissement privé national demeure inférieure à 10 %.

En 2026, les flux financiers de la diaspora continuent d’ailleurs de progresser : ils dépassaient déjà 50 milliards de dirhams à fin mai, soit une hausse annuelle de 8,8 %.

Le Maroc ne cherche donc plus seulement à attirer l’épargne de sa diaspora.

Le défi est désormais de transformer une partie de cette puissance financière — mais aussi des connaissances, des réseaux et de l’expérience accumulés à l’étranger — en entreprises, unités industrielles, startups, projets touristiques, infrastructures et emplois sur le territoire national.

Quatre jours pour passer de l’idée au projet

Durant cette édition 2026, les CRI proposent aux Marocains du monde des rencontres avec leurs équipes, des présentations des dispositifs d’appui, une lecture des opportunités sectorielles et territoriales ainsi que des échanges avec les acteurs des écosystèmes économiques locaux.

L’ambition affichée est de rapprocher l’investisseur potentiel du terrain.

Un MRE disposant d’un projet ne doit plus seulement recevoir une brochure générale sur « les opportunités au Maroc ». Il doit pouvoir identifier une région, comprendre les procédures, connaître les aides mobilisables, être orienté vers les bons interlocuteurs et avancer progressivement vers un projet réalisable.

Le ministère précise par ailleurs que l’accompagnement ne s’arrête pas avec la fin de la semaine : les CRI restent accessibles toute l’année, depuis le Maroc comme depuis le pays de résidence du porteur de projet.

Les régions veulent désormais parler directement à leur diaspora

L’un des aspects les plus intéressants de cette édition est sa dimension territoriale.

À Tanger, le CRI de Tanger-Tétouan-Al Hoceima a ainsi lancé une caravane régionale spécifiquement tournée vers les Marocains du monde, avec des étapes prévues à Larache, Al Hoceima, Tétouan, Chefchaouen et Ouezzane.

L’objectif ne consiste pas seulement à promouvoir la région, mais à aller chercher les investisseurs potentiels là où ils se trouvent et à leur montrer les opportunités disponibles à une échelle beaucoup plus concrète.

Le CRI met notamment en avant une plateforme numérique de services administratifs ainsi qu’un système permettant de déposer et suivre les réclamations liées aux projets d’investissement.

Cette approche marque une évolution intéressante : le MRE n’est plus uniquement abordé comme membre d’une communauté nationale à l’étranger, mais comme acteur économique capable de choisir entre plusieurs territoires d’investissement.

2030, un horizon qui change la donne

Cette mobilisation intervient alors que le Maroc accélère plusieurs grands chantiers en vue de 2030.

Infrastructures, industrie, tourisme, mobilité, numérique, énergie, services : la préparation des prochaines années ouvre une fenêtre particulière pour les investisseurs, y compris ceux issus de la diaspora.

Lors du lancement de la caravane de Tanger, le directeur général du CRI Tanger-Tétouan-Al Hoceima, Yassine Tazi, a insisté sur un autre avantage des Marocains du monde : leur capacité à apporter non seulement des capitaux, mais également des technologies, des savoir-faire, des réseaux internationaux et une ouverture vers de nouveaux marchés.

C’est peut-être là que se trouve le véritable potentiel de cette politique.

Un ingénieur marocain installé en Allemagne, un entrepreneur de la tech à Dubaï, un cadre financier à Londres ou un professionnel de la santé en France n’apporte pas seulement une capacité d’investissement. Il peut aussi introduire au Maroc des méthodes, des partenariats, des clients, une expertise technique ou une culture entrepreneuriale forgée à l’étranger.

De l’argent envoyé au Maroc à l’argent investi au Maroc

Pendant plusieurs décennies, la contribution économique des MRE a principalement été mesurée à travers les transferts de devises.

Ces transferts restent essentiels. Mais ils racontent surtout une économie de soutien familial, d’épargne et de solidarité.

L’investissement raconte autre chose.

Il signifie prendre un risque, créer une entreprise, produire, embaucher, transférer une technologie ou développer un marché.

Et c’est précisément ce changement de paradigme que les pouvoirs publics cherchent aujourd’hui à accélérer.

La nouvelle Charte de l’investissement fait partie des instruments mis en avant auprès des MRE. Elle vise notamment à simplifier l’environnement de l’investissement, soutenir les projets productifs, favoriser l’emploi et réduire les écarts entre territoires.

Le vrai test commencera après le 13 août

La Semaine de l’investissement s’achève ce jeudi 13 août. Mais sa réussite ne pourra pas être évaluée au nombre de réunions organisées ou de présentations effectuées.

Le véritable indicateur sera ailleurs : combien de projets identifiés cette semaine deviendront réellement des entreprises ou des investissements dans les prochains mois ?

Combien de MRE ayant rencontré un CRI obtiendront un accompagnement jusqu’au financement ?

Combien de dossiers franchiront les obstacles administratifs ?

Et combien de compétences marocaines établies à l’étranger trouveront une raison économique convaincante de construire également une partie de leur avenir au Maroc ?

C’est sur ces résultats que devra être jugée la capacité du Royaume à transformer l’intérêt de sa diaspora en investissement durable.

Le Maroc dispose déjà de l’épargne de ses Marocains du monde. Le défi de la prochaine décennie sera de gagner aussi leur confiance d’investisseurs.

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