Des lancements aux rapports de force
La première séquence avait permis aux principales formations de présenter leurs récits : bilan et continuité pour la majorité, rupture sociale et critique de l’action gouvernementale pour les oppositions. Entre le 14 et le 19 septembre, une deuxième campagne s’est ouverte. Les partis ne cherchent plus seulement à convaincre qu’ils possèdent le meilleur programme ; ils commencent à expliquer pourquoi ils devraient diriger le prochain gouvernement, avec quels partenaires et au nom de quelle légitimité.
Cette évolution est visible au Parti authenticité et modernité. À Tanger, le 16 septembre, Younes Sekkouri a affirmé que le PAM voulait conduire le prochain exécutif, en invoquant la qualité de ses candidats, son programme et l’expérience acquise au gouvernement. Le message est politiquement habile : revendiquer une part du bilan tout en promettant une méthode différente. Mais il expose aussi le parti à une question incontournable : comment défendre une rupture profonde après avoir participé à la majorité sortante ?
Le social au centre, le financement en arrière-plan
Le PAM a placé dans le débat plusieurs engagements facilement identifiables : porter l’aide sociale directe de 500 à 1 000 dirhams, revoir l’indice socio-économique du Registre social unifié et relever la pension minimale à 3 000 dirhams à l’horizon 2031. Dans l’Oriental, Fouzi Lekjaa a complété ce discours par une promesse de soutien agricole plus direct, un meilleur accès rural à la santé et à l’école et une réduction des écarts territoriaux. Sa tournée de Bouarfa à Berkane montre aussi combien la campagne se territorialise autour de personnalités capables d’incarner localement un parti national.
Ces annonces donnent une substance sociale au débat, mais elles ne peuvent être évaluées uniquement à leur pouvoir d’attraction. Le PAM chiffre son plan à 350 milliards de dirhams sur cinq ans, selon la présentation relayée par la presse. Il lui reste à rendre lisibles les arbitrages, les bénéficiaires, le calendrier et les ressources durables. L’enjeu n’est pas de contester par principe l’ambition sociale, mais de distinguer une priorité budgétaire crédible d’une promesse électorale dont les conditions d’exécution restent ouvertes.
Le PPS ferme déjà une porte pour l’après-23 septembre
Le Parti du progrès et du socialisme a, lui, déplacé la campagne vers les alliances. Nabil Benabdallah a déclaré qu’il n’envisageait pas de coalition avec le RNI si celui-ci arrivait en tête. Il fixe parallèlement un objectif d’environ 50 sièges et défend un programme que le parti évalue à 570 milliards de dirhams, associé notamment à la création annoncée d’un million d’emplois. Ces chiffres sont ceux du PPS et devront être confrontés aux recettes, au calendrier et aux compétences effectives du prochain gouvernement.
Cette clarification est importante. Elle donne à l’électeur une indication sur l’usage futur de son vote, souvent absent des campagnes dominées par les seules têtes d’affiche. Elle oblige aussi les autres formations — RNI, Istiqlal, USFP, PJD, MP et leurs concurrents — à préciser progressivement leurs lignes rouges. Une élection législative ne choisit pas directement un gouvernement complet : elle produit un Parlement, puis une majorité. La crédibilité des partis se mesurera donc aussi à la cohérence entre leurs critiques actuelles et leurs alliances après le scrutin.
Une campagne territoriale et de plus en plus numérique
À quatre jours du vote, la campagne est simultanément nationale, locale et numérique. Les thèmes changent selon les territoires : emploi et infrastructures urbaines, désenclavement rural, agriculture, santé, école ou économie réglementée. Cette diversité est saine lorsqu’elle fait émerger des besoins concrets. Elle devient plus fragile lorsque la notoriété d’un candidat remplace l’explication du programme ou lorsque les promesses locales dépassent les compétences réelles d’un député.
Les réseaux sociaux amplifient cette personnalisation. Avec plus de 41 millions d’abonnements à Internet et environ 38 millions de connexions mobiles, selon les chiffres cités dans une chronique de campagne, les vidéos courtes et les extraits de meetings occupent désormais une place centrale. Ils permettent aux jeunes électeurs et aux MRE de suivre la compétition sans dépendre des rassemblements physiques. Mais ils favorisent aussi les séquences coupées, les accusations individuelles et la confusion entre popularité numérique et adhésion électorale.
La règle éditoriale de MMNEWS restera donc stricte : aucune vidéo virale ne sera traitée comme une preuve autonome. Nous vérifierons sa date, son contexte, son intégralité et la réponse de la personne mise en cause. La vigueur de la compétition n’autorise ni la diffamation ni la transformation d’une rumeur en fait politique.
Dépenses publiques : une frontière à surveiller
La campagne soulève également la question de la séparation entre action publique et promotion électorale. Une revue de presse citant Assabah fait état d’une vigilance accrue des services du Trésor sur certaines dépenses locales pendant la période électorale, notamment lorsque des responsables territoriaux sont eux-mêmes candidats ou soutiens actifs. Cette information demande encore une confirmation institutionnelle complète, mais le principe est essentiel : les projets publics, les moyens administratifs et les budgets des collectivités ne doivent pas devenir des instruments de campagne.
Le gouvernement a par ailleurs demandé aux employeurs publics et privés d’accorder des facilités permettant aux salariés et fonctionnaires de voter le mercredi 23 septembre, tout en préservant la continuité des services. Cette disposition pratique peut réduire un obstacle réel à la participation, mais son effet dépendra de son application effective dans les entreprises et administrations.
MRE : une présence électorale encore administrée plus que politiquement incarnée
Pour les Marocains résidant à l’étranger, le dispositif concret demeure le vote par procuration. La plateforme électronique officielle permet de renseigner le mandant et le mandataire, de valider le document puis de le transmettre à une personne inscrite au Maroc. Un électeur ne peut porter qu’une seule procuration MRE. Le dispositif simplifie une procédure existante, mais ne constitue ni un vote direct depuis l’étranger ni une représentation parlementaire propre.
Depuis notre point du 13 septembre, MMNEWS n’a identifié, dans les annonces publiques examinées, aucune nouvelle mesure MRE suffisamment opérationnelle pour modifier les notes attribuées aux programmes. Plusieurs partis réaffirment l’importance des compétences de la diaspora, de l’investissement ou de la participation politique. Peu précisent cependant le calendrier, le véhicule juridique, le budget ou l’autorité chargée d’exécuter leurs engagements. La diaspora demeure très présente comme symbole et comme relais numérique, mais encore trop peu comme public doté de droits, de services et d’obligations clairement traités.
Les quatre derniers jours seront décisifs
La campagne entre maintenant dans sa phase la plus risquée et la plus instructive. Les partis devront résister à la tentation de multiplier les chiffres sans démonstration, préciser leurs alliances possibles et expliquer comment leurs mesures seront financées. Les électeurs devront distinguer le député qui peut légiférer et contrôler, du candidat qui promet des décisions relevant d’un conseil communal, d’un ministère ou d’une autorité indépendante.
Le vrai test ne sera pas la taille du dernier meeting, mais la qualité du contrat proposé aux citoyens. MMNEWS suivra les ultimes annonces, les rectifications, les incidents documentés et les engagements envers les MRE jusqu’à la clôture de la campagne. Après le vote, nous confronterons les résultats aux programmes et aux coalitions effectivement formées. Car une campagne sérieuse ne s’achève pas avec le dépouillement : elle commence à être vérifiée le lendemain.
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