Pour le Parti démocrate national, la campagne des législatives de 2026 n’est pas une compétition comme les autres. Elle constitue un test d’existence politique. Créé en 2009, le PDN a déposé 53 listes locales réunissant 183 candidatures et huit listes régionales comptant 61 candidats. Cette présence lui permet de participer au débat national, sans disposer de la machine territoriale, des élus sortants ou de la puissance médiatique des grandes formations.
La campagne officielle, ouverte le 10 septembre, s’achèvera le 22 à minuit, à la veille du vote. Dans cette séquence courte, chaque déplacement et chaque prise de parole doivent remplir une double mission : convaincre immédiatement des électeurs et installer une marque politique appelée à survivre au scrutin. Pour un parti de taille intermédiaire, la difficulté n’est pas seulement de faire connaître ses candidats. Elle est de rendre lisible une identité.
C’est dans ce contexte qu’apparaît Abaid Etayyar. Membre documenté du bureau politique et présenté par le parti comme vice-secrétaire général, il n’est pas seulement un responsable supplémentaire dans l’organigramme. Son parcours peut servir de trait d’union entre plusieurs électorats que le PDN tente de toucher : les provinces du Sud, les entrepreneurs, les cadres familiarisés avec le numérique, les jeunes professionnels et les Marocains établis à l’étranger.
Du profil individuel à la stratégie collective
Né en 1980 dans les provinces du Sud et issu de la tribu Aït Oussa, Etayyar a grandi à Laâyoune avant un parcours de formation à Rabat, en France et au Royaume-Uni, selon les éléments biographiques communiqués à MMNEWS. Ses profils professionnels publics attestent d’une longue expérience dans la Business Intelligence, la gouvernance de la donnée et le pilotage de transformations numériques pour de grandes organisations.
Cette biographie fournit une matière de campagne efficace : enracinement local, expérience internationale et retour au pays. Mais elle ne vaut politiquement que si elle alimente un projet collectif. Le risque, pour les partis à faible notoriété, est de juxtaposer des profils sans produire de récit national. L’enjeu pour Etayyar est donc moins de raconter son propre parcours que de montrer ce que celui-ci change dans l’offre du PDN.
Son discours économique s’articule autour d’une économie productive, du soutien aux PME, de l’entrepreneuriat, de la création d’emplois et d’une répartition plus équilibrée des investissements. Il défend également une organisation publique et partisane capable d’utiliser la donnée pour mesurer les résultats. Ces orientations sont cohérentes avec son expérience, mais la campagne doit les transformer en engagements vérifiables : montants, bénéficiaires, calendrier et indicateurs.
Le même impératif vaut pour les provinces du Sud. L’origine sahraouie d’Etayyar, son appartenance aux Aït Oussa et la mémoire familiale qu’il rattache au service de l’État donnent une profondeur particulière à son engagement. Les liens historiques de la tribu avec la monarchie alaouite, notamment exprimés dans la tradition de la Bay’a, inscrivent son récit dans une continuité nationale. Mais l’élection exige de dépasser le registre identitaire. Les électeurs attendent des réponses sur l’emploi, l’accès au financement, la formation, la mobilité et la capacité des économies locales à créer davantage de valeur.
Le PDN face à la bataille de la visibilité
Le secrétaire général du parti, Khalid Bakkali, a exposé les ambitions du PDN dans une émission diffusée par Hespress le 14 septembre. Il y a notamment critiqué une campagne qui tend à se déplacer vers la polémique et des promesses partisanes insuffisamment crédibles. Cette posture peut aider le PDN à revendiquer un espace de sérieux. Elle l’oblige aussi à appliquer à son propre programme l’exigence qu’il adresse aux concurrents.
Avec 53 listes locales, le parti couvre une partie significative du territoire, mais pas l’ensemble du pays. Son premier objectif réaliste est donc de concentrer ses forces là où ses équipes disposent d’un ancrage identifiable. La coordination des trois régions du Sud, fonction attribuée à Etayyar par des publications de 2021, lui offre une expérience utile : une campagne ne se pilote pas seulement depuis le centre ; elle se construit à partir de réseaux locaux, de relais associatifs et de préoccupations propres à chaque territoire.
Le défi est de ne pas enfermer le PDN dans une addition de campagnes locales. Pour exister nationalement, le parti doit faire remonter quelques engagements communs : développement territorial, emploi, modernisation des services publics, place des femmes et des jeunes, appui aux petites entreprises. Une ligne courte et répétée vaut mieux qu’un catalogue de promesses. Elle doit surtout être portée de la même manière par les candidats, les responsables nationaux et les canaux numériques.
La diaspora comme force politique, pas comme décor.
La dimension MRE du parcours d’Etayyar constitue un autre levier de campagne. Des comptes rendus récents documentent sa participation, comme membre du bureau politique, à des rencontres du PDN avec la communauté marocaine en Allemagne. Cette présence permet au parti de parler à une diaspora souvent sollicitée pour son épargne, son expertise ou son attachement au pays, mais encore insuffisamment associée à la conception des politiques publiques.
La Constitution reconnaît aux Marocains résidant à l’étranger des droits de citoyenneté complets. Les discours royaux d’août et d’octobre 2022 ont également appelé à mieux accompagner leurs compétences, leurs investissements et leurs initiatives. La campagne donne au PDN l’occasion de traduire cette orientation en propositions : consultation permanente des compétences, accompagnement des porteurs de projets, accès aux responsabilités partisanes et contribution aux stratégies territoriales.
Mais le parti doit préciser sa doctrine. Souhaite-t-il une représentation parlementaire spécifique des MRE ? Quels dispositifs propose-t-il pour leur participation électorale ? Comment évitera-t-il que les rencontres à l’étranger restent de simples opérations de communication ? Sur ces questions, le parcours d’Etayyar rend l’attente plus forte. Être issu de la diaspora ne suffit pas ; il faut obtenir des avancées institutionnelles pour elle.
Une campagne que le numérique peut rendre plus exigeante
Le profil d’Etayyar offre au PDN une occasion de renouveler ses méthodes. La transformation numérique appliquée à une campagne ne se résume ni à des vidéos courtes ni à la multiplication des publications. Elle suppose une connaissance des territoires, un suivi des préoccupations remontées sur le terrain, une coordination des équipes et une capacité à répondre rapidement avec des informations vérifiables.
Cette approche comporte aussi des obligations éthiques : protection des données personnelles, transparence sur les contenus sponsorisés et refus de la manipulation. Un spécialiste de la donnée engagé en politique est attendu sur ce terrain. Le PDN pourrait se distinguer en publiant une charte de campagne numérique et, après le scrutin, un tableau de suivi de ses engagements. Ce serait une manière concrète de transformer la compétence technique en confiance publique.
Le test du 23 septembre
La campagne d’Abaid Etayyar, au sens large, ne se réduit donc pas à une candidature personnelle — aucune source publique consultée par MMNEWS ne permet de l’affirmer. Elle réside dans sa contribution à la structuration et au message d’un parti qui tente de gagner en audience. Son profil donne de la cohérence à plusieurs thèmes du PDN : territoires, innovation, entrepreneuriat, diaspora et renouvellement des cadres.
Le résultat du 23 septembre dira si cette combinaison a trouvé un électorat. Le score ne sera toutefois pas le seul indicateur. Le nombre de circonscriptions où le PDN progresse, la qualité de son implantation et sa capacité à conserver ses équipes après l’élection compteront tout autant. Pour Etayyar, le vrai défi sera de prouver que l’expérience internationale peut servir une politique de proximité. Pour le PDN, il sera de montrer qu’une campagne de visibilité peut devenir un projet durable.
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