Le verdict des urnes a été annoncé au terme d’une longue nuit de dépouillement. Selon les résultats provisoires présentés par le ministre de l’Intérieur, le Parti authenticité et modernité (PAM) arrive en tête des élections législatives du mercredi 23 septembre avec 97 sièges. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) se classe deuxième avec 66 élus, talonné par le Parti de l’Istiqlal, qui en obtient 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD) réalise le retour le plus spectaculaire de la soirée avec 54 sièges.
Le classement dessine une Chambre profondément recomposée. Le Mouvement populaire obtient 29 sièges, l’Union socialiste des forces populaires 26, le Parti du progrès et du socialisme 19 et l’Union constitutionnelle 17. Le Mouvement démocratique et social et l’Alliance de la gauche remportent chacun huit sièges. Le Front des forces démocratiques et le Parti de l’équité en décrochent deux chacun, tandis que le Parti des néo-démocrates et le Parti de l’unité et de la démocratie entrent chacun avec un élu.
Ces chiffres totalisent les 395 sièges de la Chambre, mais ils restent provisoires. Ils devront suivre les procédures de proclamation, de contrôle et, le cas échéant, de recours prévues par la loi. Cette précision n’est pas formelle : dans une nuit électorale, le rôle d’un média consiste à informer vite sans transformer une première annonce en résultat juridiquement irrévocable.
Une journée lente, puis une mobilisation tardive
Les bureaux de vote ont accueilli les électeurs de 8 heures à 19 heures dans 40 694 bureaux répartis à travers le Royaume. La mobilisation a démarré lentement : 4,23 % des inscrits avaient voté à 10 heures, 11,34 % à midi, 21 % à 15 heures et 28,05 % à 17 heures. L’affluence des deux dernières heures a relevé le taux national, sans toutefois retrouver le niveau du précédent scrutin.
Le ministère de l’Intérieur a d’abord annoncé, dans son communiqué de clôture, une participation de 38,02 %. Dans la déclaration nocturne présentant les résultats provisoires, le chiffre a été porté à 38,08 %, soit près de six millions de votants sur un corps électoral de 15,8 millions d’inscrits. MMNEWS conserve les deux indications en attendant une harmonisation officielle. L’écart de 0,06 point ne change pas l’interprétation générale : la participation recule nettement par rapport à 2021.
La comparaison doit néanmoins être maniée avec prudence. En 2021, les électeurs avaient été appelés le même jour pour les législatives, les communales et les régionales, ce qui avait contribué à une mobilisation de nature différente. Le taux alors annoncé dépassait 50 %. En 2026, le vote portait sur le renouvellement de la seule Chambre des représentants. La baisse demeure politiquement significative, mais elle ne peut être attribuée à une cause unique sans étude plus approfondie.
Les écarts territoriaux sont importants. Le ministre de l’Intérieur a annoncé 77 % à Laâyoune-Sakia El Hamra, 61 % à Dakhla-Oued Eddahab et 53,48 % à Guelmim-Oued Noun. Ces niveaux contrastent avec la moyenne nationale et rappellent qu’un taux agrégé ne raconte jamais toute la géographie du vote.
Un scrutin globalement normal, des observations encore attendues
À 19 heures, les bureaux ont fermé et le dépouillement a commencé en présence des représentants des listes. Les procès-verbaux ont ensuite été transmis aux bureaux centralisateurs et aux commissions de recensement présidées par des magistrats. Le ministère décrit une journée organisée dans des conditions normales sur l’ensemble du territoire, à l’exception de quelques incidents isolés qui, selon lui, n’ont pas affecté le déroulement général du scrutin.
Plus de 3 000 observatrices et observateurs avaient été accrédités : 783 relevaient du Conseil national des droits de l’Homme, 2 023 d’associations marocaines et environ 200 d’organisations ou délégations étrangères. Les premières remontées du Collectif associatif pour l’observation des élections étaient encore en cours de vérification mercredi soir. Son bilan consolidé devra être lu avant de conclure définitivement sur la régularité de la journée.
Cette prudence vaut également pour les vidéos, accusations partisanes et signalements publiés sur les réseaux sociaux. Un incident filmé n’établit pas à lui seul son origine, son ampleur ni son effet sur un résultat. Lorsqu’une enquête judiciaire est ouverte, les faits doivent être attribués à l’autorité qui les examine et les responsabilités ne peuvent être déclarées avant les conclusions compétentes. MMNEWS consacrera un suivi séparé aux irrégularités documentées lorsque les rapports officiels et indépendants seront disponibles.
Le PAM gagne, le RNI recule, le PJD revient
Le premier enseignement politique est le passage du PAM de 87 sièges en 2021 à 97 en 2026. Ce gain de dix élus lui permet de prendre la première place, sans pour autant lui donner les moyens de gouverner seul. La majorité absolue se situe à 198 sièges : avec moins du quart de la Chambre, le parti arrivé en tête doit nécessairement ouvrir des négociations.
Le deuxième enseignement est le recul du RNI. Vainqueur en 2021 avec 102 sièges, il n’en conserve que 66. L’Istiqlal passe de 81 à 65. Les trois formations de la majorité sortante restent puissantes, mais leur hiérarchie est inversée et leur total ne doit pas être automatiquement interprété comme la reconduction d’une alliance. Les positions de campagne, les équilibres internes et les conditions posées par chaque parti compteront autant que l’arithmétique.
Le troisième fait majeur est le redressement du PJD. Tombé à 13 sièges en 2021, il en obtient provisoirement 54, soit un gain de 41 élus. Ce résultat ne le place pas en tête, mais il lui rend un poids parlementaire et politique qu’il avait perdu. Il modifie aussi la géométrie des coalitions possibles et la composition de l’opposition, selon le choix que fera le parti.
Sur le papier, plusieurs combinaisons dépassent les 198 sièges nécessaires. Mais une coalition n’est pas une simple addition. Elle suppose un programme commun, une répartition des responsabilités et une cohérence suffisante pour gouverner pendant cinq ans. Le temps électoral s’achève ; commence désormais celui des consultations et des compromis.
Ce que prévoit la Constitution
L’article 47 de la Constitution prévoit que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti politique arrivé en tête des élections des membres de la Chambre des représentants, et au vu de leurs résultats. Le PAM dispose donc de l’initiative politique attachée à sa première place. Cela ne permet cependant pas d’affirmer à ce stade quelle personnalité sera appelée à former le prochain gouvernement.
La séquence institutionnelle doit suivre son cours : stabilisation des résultats, nomination du chef du gouvernement, négociations pour former une majorité, composition de l’équipe gouvernementale, puis présentation du programme devant la Chambre des représentants et vote de confiance. Entre le classement électoral et l’exercice effectif du pouvoir, il reste ainsi plusieurs étapes décisives.
Pour les MRE, une participation toujours difficile à mesurer
Les Marocains résidant à l’étranger ont pu recourir au vote par procuration, facilité cette année par une procédure électronique de préparation. Le bulletin demeure toutefois déposé au Maroc par un mandataire. Ils n’élisent pas de députés dans des circonscriptions propres à l’étranger et le taux national publié ne permet pas d’isoler leur niveau de participation.
Cette absence de donnée spécifique constitue une limite importante pour comprendre leur rapport au scrutin. Combien de procurations ont été validées ? Dans quelles circonscriptions ? Avec quel taux d’utilisation effective ? Une démocratie qui veut associer pleinement ses citoyens établis hors du territoire doit pouvoir mesurer leur participation, évaluer le mécanisme et rendre ces données accessibles.
Le futur Parlement sera jugé sur des enjeux immédiatement concrets pour les MRE : services consulaires, protection des biens, investissement, fiscalité, mobilité, transmission culturelle et représentation politique. Le changement de majorité n’aura de sens pour eux que s’il produit des droits plus lisibles et une présence plus réelle dans la décision publique.
Un vainqueur, mais surtout une obligation de résultat
Le 23 septembre a désigné un premier parti et sanctionné plusieurs équilibres de la législature sortante. Il a aussi envoyé un avertissement : près de six électeurs inscrits sur dix ne se sont pas déplacés. La future majorité ne pourra pas lire les 97 sièges du PAM comme un blanc-seing. Elle devra tenir compte de la fragmentation du Parlement, du retour de forces d’opposition et d’une défiance électorale devenue centrale.
Le Maroc est entré dans le temps des coalitions. La question n’est plus seulement de savoir qui a gagné la nuit électorale, mais quelle majorité pourra répondre au coût de la vie, à l’emploi, aux services publics, aux fractures territoriales et à l’attente de citoyens qui demandent des résultats mesurables. Pour le Parlement issu des urnes, la légitimité commence par le vote. Elle devra désormais se confirmer par l’action.
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