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Législatives 2026 — USFP : un programme national dense, mais les MRE restent en marge des vingt engagements

Note MRE MMNEWS : 39 % Le programme électoral de l’Union socialiste des forces populaires tranche avec les catalogues prudents. Ses vingt engagements annoncent des objectifs mesurables : 250 000 emplois industriels, un chômage inférieur à 8 %, le soutien de 100 000 entreprises, une numérisation complète des procédures administratives ou encore une hausse de 25 % de la pension minimale. Mais lorsqu’on déplace le regard vers les Marocains du monde, cette densité se réduit nettement. La diaspora apparaît dans l’activité politique du parti, beaucoup moins dans l’architecture de son programme.

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Législatives 2026 — USFP : un programme national dense, mais les MRE restent en marge des vingt engagements

Une mobilisation politique réelle, mais centrée sur la procuration

L’USFP ne découvre pas les Marocains du monde à l’approche du scrutin. Son organisation dite « région 13 » a réuni en septembre des militants présents dans une quinzaine de pays, des États-Unis au Sénégal, afin de mobiliser la diaspora. Son appel affirme que la participation des MRE ne doit pas rester limitée aux transferts financiers et qu’elle doit s’étendre à la fabrication de la décision publique. Pour le scrutin de 2026, il invite ceux qui seront au Maroc à voter directement et les autres à utiliser la procuration prévue par le cadre légal.

Cette action justifie une note relativement élevée, 9 sur 15, pour la participation politique. Elle montre une structure partisane active et une volonté d’encadrement civique. Mais elle accompagne le système existant davantage qu’elle ne le réforme. Le programme final ne promet pas l’ouverture de bureaux de vote dans les consulats, le vote postal ou une solution électronique sécurisée. Or la différence est majeure : aider un électeur à établir une procuration améliore l’accès au dispositif actuel; lui permettre de déposer lui-même son bulletin depuis son pays de résidence changerait la nature du droit exercé.

Une proposition électorale de l’USFP rend la situation plus nuancée. Dans son mémorandum de réforme présenté en 2025, le parti a défendu, selon les éléments rendus publics, l’implication des MRE à partir de listes électorales tenues au niveau consulaire, avec une inscription simplifiée reposant notamment sur les documents d’identité. Un mémorandum officiel plus ancien demandait déjà des mécanismes facilitant leur participation. Ce capital politique existe. Cependant, il n’est pas repris sous la forme d’un engagement opérationnel dans les vingt mesures du programme final.

La représentation, point fort historique à actualiser

L’USFP obtient 8 sur 10 sur la représentation parlementaire. Peu de formations disposent d’une continuité aussi identifiable sur cette question. Le parti a régulièrement soutenu une présence politique plus forte des Marocains du monde et son organisation extérieure affirme leur vocation à participer à la décision publique. Cette position mérite d’être distinguée d’un simple hommage à la diaspora.

La note n’atteint pourtant pas le maximum. Le document électoral de 2026 ne précise ni nombre de sièges, ni circonscriptions, ni chambre concernée, ni mode de sélection des candidats de l’étranger. Il ne dit pas davantage comment garantir la diversité géographique, sociale et générationnelle d’une représentation qui ne pourrait se réduire aux grandes communautés européennes. Entre un principe favorable et une réforme applicable, il manque donc encore le dessin institutionnel.

Administration numérique : un bénéfice potentiel sans contrat consulaire

L’un des engagements les plus concrets de l’USFP concerne l’administration. Le parti vise 100 % de procédures numérisées et une réduction de 70 % des délais de traitement. Pour un MRE, cette ambition pourrait avoir un effet immédiat : moins de déplacements vers le consulat, davantage de suivi à distance et une meilleure coordination avec les administrations au Maroc. Peu de réformes nationales sont aussi naturellement transposables à la vie quotidienne de la diaspora.

Pourtant, le programme ne nomme pas les démarches consulaires prioritaires, ne publie pas de délai maximal pour un passeport, un acte adoulaire ou un dossier d’état civil, et ne prévoit pas de tableau public de performance par consulat. Il ne détaille pas non plus la gestion des réclamations ou l’échange de données entre postes consulaires, communes et tribunaux. La note reste donc à 2 sur 10. L’objectif numérique est fort, mais MMNEWS ne peut attribuer à la diaspora une mesure que le texte n’a pas conçue explicitement pour elle.

Investissement : des outils nationaux, aucune passerelle MRE

Sur le plan économique, l’USFP propose de soutenir et d’accompagner 100 000 entreprises à travers les mécanismes de la Charte de l’investissement, de réserver 30 % des marchés publics aux TPE et PME et de créer un établissement financier public consacré à leur financement. Ces orientations peuvent intéresser des entrepreneurs marocains de l’étranger. Elles pourraient faciliter un projet industriel, une start-up ou une implantation dans une région moins favorisée.

Mais l’éloignement crée des risques particuliers : difficulté à vérifier le foncier, multiplicité des interlocuteurs, suivi des autorisations, fiscalité entre deux pays et résolution des litiges. Le programme n’ajoute ni guichet diaspora, ni garantie spécifique, ni fonds de co-investissement, ni procédure de médiation pour ces situations. Il ne chiffre pas la part des 100 000 entreprises qui pourrait être portée par des MRE. D’où une note de 7 sur 20 : la politique économique offre une base exploitable, sans assurer la connexion entre cette base et les capitaux, les réseaux ou les projets de la diaspora.

Épargne et transferts : le grand silence

L’absence la plus nette concerne l’épargne. Les transferts des MRE représentent une ressource considérable pour les familles et l’économie, mais la grille MMNEWS ne récompense pas leur volume : elle examine ce que les partis proposent d’en faire, avec le consentement et dans l’intérêt des épargnants. L’USFP ne présente ni produit d’épargne productive, ni véhicule destiné aux projets régionaux, ni mesure sur le coût des transferts, ni dispositif renforcé de protection et d’information des petits investisseurs non résidents.

Retraites et protection sociale : des chiffres nationaux, peu de droits transfrontaliers

L’USFP s’engage à relever de 25 % la pension minimale, à réduire de 30 % les écarts entre pensions et à donner aux retraités un accès prioritaire aux services de santé. Ces objectifs expliquent les 3 points sur 10 accordés à la protection sociale : un retraité revenu vivre au Maroc pourrait en bénéficier. Mais la vie des MRE obéit souvent à plusieurs systèmes. Une carrière peut commencer au Maroc, se poursuivre en France, en Belgique ou ailleurs, puis se terminer entre deux pays.

Le programme ne traite pas la totalisation des périodes cotisées, la portabilité des droits, les certificats de vie, l’information multilingue ou les conventions avec les États de résidence. Il ne distingue pas non plus les pays couverts par des accords sociaux de ceux où les protections sont plus faibles. La réforme nationale est donc pertinente, mais elle ne constitue pas encore une politique sociale transfrontalière.

Retour, nouvelles générations et culture : des éléments à relier

Le retour obtient 2 sur 10. Aucun parcours coordonné n’est annoncé pour la reconnaissance des qualifications, l’inscription scolaire des enfants, la couverture médicale, le logement, la création d’entreprise ou la réinstallation administrative. La notion même de retour pourrait être modernisée : de nombreux MRE alternent les séjours, développent une activité entre deux pays ou souhaitent contribuer sans déménagement définitif. Le programme ne prend pas encore en charge cette mobilité circulaire.

Pour les nouvelles générations, la note est également modeste, 2 sur 5. L’USFP porte une politique culturelle ambitieuse au niveau national : création ou rénovation de salles, développement de bibliothèques, accès numérique aux contenus et mise en œuvre effective du caractère officiel de l’amazigh. Ces engagements peuvent nourrir le lien culturel. Mais aucune déclinaison n’est prévue pour l’enseignement linguistique à l’étranger, les associations, les contenus destinés aux enfants de la diaspora ou les partenariats avec les pays d’accueil.

Les compétences, une possibilité ouverte par la recherche

Le parti veut porter le budget de la recherche scientifique à 2 % du PIB, créer dix nouveaux pôles universitaires dans des filières d’avenir — intelligence artificielle, énergies renouvelables et biotechnologies — et renforcer les partenariats entre universités et entreprises. Pour les chercheurs, ingénieurs et entrepreneurs marocains établis à l’étranger, cette ambition pourrait ouvrir un espace de coopération. Elle vaut 5 sur 10 dans la mobilisation des compétences.

La moitié des points reste cependant hors d’atteinte faute de mécanisme : pas de plateforme de missions, de programme de chaires invitées, de financement pour laboratoires conjoints, de réseau de mentorat ou d’objectifs de recrutement de compétences MRE. Là encore, l’offre nationale crée une possibilité; elle ne construit pas le canal qui permettrait à la diaspora de la saisir.

Verdict MMNEWS : une tradition plus avancée que le programme

La note finale de 39 % résume une contradiction. L’USFP possède une culture politique favorable à la représentation des Marocains du monde et une organisation extérieure capable de mobiliser dans de nombreux pays. Son programme national est par ailleurs l’un des plus chiffrés sur l’administration, l’entreprise, les retraites, la recherche et la culture. Mais ces deux forces restent juxtaposées. Les vingt engagements ne comportent pas de chapitre diaspora reliant les droits politiques aux services, à l’investissement, à la protection sociale et aux nouvelles générations.

Pour progresser, le parti n’aurait pas besoin de réécrire tout son projet. Une feuille de route MRE pourrait prolonger ses propres objectifs : modalités du vote à l’étranger, modèle de représentation, délais consulaires dérivés de la cible de moins 70 %, part des dispositifs PME ouverte aux entrepreneurs de la diaspora, coordination des retraites et programme de coopération scientifique. En l’état, l’USFP offre aux MRE une reconnaissance politique et plusieurs bénéfices indirects, mais trop peu d’engagements immédiatement opposables. C’est cette distance entre le discours, la structure partisane et l’instrument public que mesure le 39 %.

Grille MMNEWS

Critère Poids Points Appréciation
Participation politique et vote 15 9 Position politique antérieure identifiable, mécanisme 2026 non détaillé
Représentation parlementaire 10 8 Orientation ancienne forte, non reprise comme dispositif explicite dans les vingt engagements
Services consulaires et administration 10 2 Pas de réforme MRE identifiable
Investissement et entrepreneuriat 20 7 Mesures économiques générales, sans guichet diaspora
Épargne et transferts 10 1 Aucun instrument spécifique identifié
Retraites et protection sociale 10 3 Ambition sociale nationale, sans portabilité internationale précisée
Retour et réinstallation 10 2 Pas de parcours de retour publié
Nouvelles générations, langue et culture 5 2 Amazigh et culture présents au niveau national, articulation diaspora limitée
Mobilisation des compétences 10 5 Recherche et innovation favorables, sans programme MRE dédié
Total 100 39 39 %
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