Au cours des dernières vingt-quatre heures, l’attention s’est concentrée sur Fatima Ezzahra El Mansouri, coordinatrice nationale de la direction collégiale du Parti authenticité et modernité. Plusieurs médias marocains ont affirmé dimanche soir qu’elle serait attendue lundi matin au Palais royal.
Cette information, attribuée à des sources présentées comme fiables, n’avait toutefois été suivie, au moment de la rédaction, d’aucun communiqué officiel annonçant une audience ou une nomination. Elle constitue donc un indice politique, mais ne permet pas d’affirmer qu’El Mansouri a été chargée de former le gouvernement.
Une carte électorale désormais stabilisée
Les résultats définitifs ont confirmé les chiffres provisoires. Le PAM obtient 97 des 395 sièges de la Chambre des représentants. Il devance le Rassemblement national des indépendants, avec 66 sièges, et l’Istiqlal, qui en compte 65.
Le Parti de la justice et du développement revient au premier plan avec 54 députés. Il est suivi par le Mouvement populaire avec 29 sièges, l’Union socialiste des forces populaires avec 26, le Parti du progrès et du socialisme avec 19 et l’Union constitutionnelle avec 17. Les autres formations se partagent 22 sièges.
Le ministère de l’Intérieur a confirmé que les résultats définitifs correspondaient exactement aux résultats généraux annoncés initialement.
La majorité absolue étant fixée à 198 sièges, le PAM doit obtenir le soutien d’au moins 101 députés supplémentaires.
El Mansouri en tête des hypothèses
L’article 47 de la Constitution prévoit que le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections de la Chambre des représentants, au vu de leurs résultats. Le prochain chef du gouvernement devra donc appartenir au PAM, mais il ne doit pas obligatoirement s’agir de sa principale dirigeante ni d’un député élu.
Fatima Ezzahra El Mansouri dispose néanmoins de plusieurs avantages. Elle coordonne la direction collégiale du parti, a occupé une place centrale pendant la campagne et s’est imposée comme sa principale voix publique depuis la victoire électorale.
Interrogée sur la possibilité de diriger le gouvernement, elle a déclaré qu’une telle responsabilité constituerait pour elle « un grand honneur », tout en rappelant que la décision relève du Roi. Elle a également précisé qu’elle accepterait le choix d’une autre personnalité issue du PAM.
Sa désignation aurait une portée historique : elle deviendrait la première femme à diriger le gouvernement marocain. Mais, en l’absence de communiqué officiel, la formule la plus exacte reste celle d’une favorite — pas encore d’une cheffe de gouvernement désignée.
Fouzi Lekjaa, la principale alternative
Le nom de Fouzi Lekjaa reste au centre des discussions. Ministre délégué chargé du Budget et président de la Fédération royale marocaine de football, il a rejoint le bureau politique du PAM en juillet 2026.
Son profil est associé à la gestion budgétaire, aux grands projets et à la préparation de la Coupe du monde 2030. Bien qu’il ne se soit finalement pas présenté aux législatives, cela ne l’exclut pas constitutionnellement de la Primature puisqu’il est membre du parti arrivé en tête.
À ce stade, El Mansouri possède toutefois les signaux publics les plus forts : son rôle dirigeant, sa présence médiatique et les informations évoquant une éventuelle audience royale. Lekjaa demeure une alternative crédible si le choix se porte sur un profil plus technocratique, étroitement associé aux grands chantiers économiques et sportifs.
Les noms de Mehdi Bensaid et d’Abdellatif Ouahbi circulent également, mais disposent actuellement de moins d’indices publics.
Le choix du PJD redessine les calculs
L’évolution la plus concrète pour les coalitions est la décision du PJD de rejoindre l’opposition.
Réuni en session extraordinaire, son Conseil national a approuvé à l’unanimité le positionnement du parti dans une opposition parlementaire qualifiée de nationale, responsable et forte.
Cette décision rend très improbable une coalition PAM–Istiqlal–PJD, qui aurait totalisé 216 sièges, ou une alliance PAM–RNI–PJD, qui en aurait compté 217.
Avec ses 54 députés, contre seulement 13 en 2021, le PJD devrait redevenir l’une des principales forces d’opposition.
La continuité à trois reste le scénario le plus simple
La coalition la plus immédiatement viable réunirait le PAM, le RNI et l’Istiqlal. Avec 228 députés, elle disposerait d’une majorité confortable et s’appuierait sur cinq années d’expérience gouvernementale commune.
Le changement serait néanmoins considérable : le PAM prendrait la direction de l’exécutif, tandis que le RNI, premier parti en 2021, deviendrait un partenaire placé sous l’autorité d’un chef du gouvernement issu d’une formation rivale.
Trois scénarios principaux demeurent :
| Coalition | Sièges | Faisabilité |
|---|---|---|
| PAM–RNI–Istiqlal | 228 | La plus probable et la plus stable |
| PAM–Istiqlal–MP–USFP | 217 | Possible sans le RNI, mais plus hétérogène |
| PAM–RNI–MP–UC | 209 | Possible sans l’Istiqlal, majorité plus étroite |
Une quatrième combinaison associant le PAM, l’Istiqlal, l’USFP et le PPS réunirait 207 sièges. Elle est mathématiquement possible, mais supposerait un accord entre quatre partis aux orientations différentes.
Des négociations encore suspendues à la nomination
Le PAM affirme ne poser aucune « ligne rouge » devant les futurs partenaires. El Mansouri a indiqué que les programmes et les convergences politiques devraient guider les discussions.
Elle a surtout précisé que les consultations sur la majorité commenceraient après la nomination du chef du gouvernement.
Cette chronologie explique l’absence d’accord public. Avant de négocier les portefeuilles et les priorités, les partis attendent de connaître la personnalité qui conduira les consultations au nom du PAM.
Le calendrier sera ensuite serré. La future majorité devra arrêter son programme, former son équipe et prendre rapidement en charge le projet de loi de finances pour 2027. El Mansouri a déjà annoncé l’intention de donner à ce texte une orientation sociale plus marquée, sans rompre avec les politiques destinées à soutenir l’investissement.
Un suspense institutionnel, pas encore une crise
L’absence de nomination dans les heures annoncées par certains médias ne signifie pas qu’un blocage est engagé. La Constitution ne fixe pas de délai précis pour désigner le chef du gouvernement.
Le fait politique des dernières vingt-quatre heures est donc double : l’hypothèse El Mansouri s’est renforcée dans le débat public, tandis que le choix du PJD de rejoindre l’opposition a réduit le champ des coalitions.
La prochaine information véritablement décisive devra être officielle : le nom de la personnalité issue du PAM chargée de former le gouvernement. Jusque-là, El Mansouri reste favorite, Lekjaa demeure une alternative et la coalition PAM–RNI–Istiqlal conserve une longueur d’avance.
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