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Maroc–Afrique : comment le Royaume construit une influence continentale bien au-delà de la diplomatie

Pendant longtemps, la politique africaine du Maroc a été résumée à ses relations diplomatiques et à la question du Sahara. Cette lecture est désormais trop étroite. Depuis plus de deux décennies, Rabat construit en Afrique subsaharienne une présence beaucoup plus large, mêlant diplomatie, banques, télécommunications, phosphates, infrastructures, formation, religion, sécurité, sport, action humanitaire et mobilité humaine. À cette architecture s’ajoute un acteur souvent moins visible : la diaspora marocaine installée sur le continent, qui sert de relais humain entre les entreprises, les institutions et les sociétés locales.

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Maroc–Afrique : comment le Royaume construit une influence continentale bien au-delà de la diplomatie

Le résultat n’est pas une domination uniforme de l’Afrique par le Maroc. Il s’agit plutôt d’un écosystème d’influence, progressivement construit, particulièrement visible en Afrique de l’Ouest et de plus en plus tourné vers l’Atlantique et le Sahel.

Une doctrine africaine devenue centrale

Le retour du Maroc à l’Union africaine en janvier 2017 a marqué un tournant institutionnel, mais il n’a pas constitué le début de cette politique. Il en a plutôt consacré la maturité.

Depuis l’accession au Trône de Mohammed VI, le Royaume a multiplié les visites royales, les accords bilatéraux et les projets économiques sur le continent. Le ministère des Affaires étrangères évoquait en mai 2026 près de 1 800 accords conclus avec les pays africains, dont environ 1 400 depuis 1999, ainsi que 53 visites royales dans plus de 30 pays.

La logique est claire : le Maroc cherche à ne plus être seulement l’extrémité nord-ouest du continent, mais une plateforme reliant Afrique, Europe, Atlantique et monde arabe.

Cette ambition apparaît notamment dans le Processus des États Africains Atlantiques et dans l’Initiative Royale visant à faciliter l’accès des pays du Sahel à l’océan Atlantique.

Les entreprises marocaines comme prolongement économique

L’un des signes les plus tangibles de cette stratégie est l’implantation des groupes marocains.

Les banques occupent une place centrale. Attijariwafa bank, Bank of Africa et le groupe Banque Centrale Populaire disposent aujourd’hui de réseaux importants en Afrique occidentale et centrale. Selon l’OCDE, les groupes bancaires marocains représentaient environ 30 % du marché bancaire en Afrique de l’Ouest, tandis que le Maroc figurait parmi les principaux investisseurs africains dans la région.

Dans les télécommunications, Maroc Telecom, à travers Moov Africa, opère dans plusieurs pays subsahariens. Son activité internationale est devenue tellement importante qu’en 2025 elle a généré davantage de chiffre d’affaires que le marché marocain lui-même.

À cela s’ajoutent OCP Africa, présent dans les engrais et l’agriculture, Managem dans les mines, les cimenteries marocaines ou encore Royal Air Maroc, qui a fait de Casablanca un hub reliant de nombreuses capitales africaines à l’Europe et à l’Amérique du Nord.

Cette présence change profondément la relation Maroc–Afrique : elle ne se limite plus aux gouvernements. Elle passe par des agences bancaires, des mines, des réseaux mobiles, des avions, des ingénieurs et des cadres.

Former les élites de demain

L’un des instruments les plus durables du Maroc reste pourtant moins visible : la formation.

En 2026, Rabat indiquait accueillir près de 60 000 étudiants africains, dont plus de 20 000 dans le cadre de programmes de coopération. Pour l’année universitaire 2025-2026, quelque 5 500 bourses avaient été mises à disposition de pays africains.

Cet investissement produit des effets qui dépassent largement l’université.

Un étudiant ivoirien, sénégalais, guinéen ou béninois formé à Rabat, Casablanca, Fès ou Marrakech peut devenir demain médecin, ingénieur, entrepreneur, haut fonctionnaire ou décideur politique dans son pays.

Le Maroc ne construit donc pas seulement des partenariats institutionnels. Il construit des relations humaines de long terme.

Religion, culture et soft power

Les liens religieux constituent un autre pilier. À travers la Fondation Mohammed VI des Ouléma Africains, le Maroc développe un réseau religieux et scientifique s’étendant aujourd’hui à plusieurs dizaines de pays du continent. L’organisation met notamment en avant un islam fondé sur la modération, la formation des cadres religieux et le dialogue entre les communautés africaines.

À cela s’ajoute un capital historique ancien : confréries soufies, notamment tijanes, échanges commerciaux et relations religieuses entre le Maroc et l’Afrique de l’Ouest.

Le football joue désormais un rôle comparable dans un autre registre. Les infrastructures sportives marocaines, les compétitions continentales organisées dans le Royaume et les performances des sélections nationales renforcent une visibilité populaire que la diplomatie classique ne peut produire seule.

Sécurité, armée et humanitaire

Le Maroc cherche également à se positionner comme fournisseur de stabilité.

Plus de 84 000 militaires marocains ont participé à des opérations de maintien de la paix des Nations unies depuis 1960, notamment en Afrique. Le Royaume forme également des cadres militaires africains et développe des capacités dans le maintien de la paix et la lutte contre les menaces sécuritaires.

Parallèlement, l’Agence marocaine de coopération internationale intervient dans la santé, l’eau, l’agriculture, l’électrification, l’éducation ou la formation professionnelle.

Cette combinaison permet à Rabat de défendre une approche africaine dans laquelle sécurité et développement doivent avancer ensemble.

Les Marocains d’Afrique, cette diaspora encore peu racontée

Reste un acteur souvent oublié : les Marocains installés en Afrique subsaharienne.

Ils sont cadres de banques ou de télécoms, entrepreneurs, ingénieurs, commerçants, consultants, enseignants ou responsables de filiales marocaines. À Dakar, Abidjan, Libreville, Conakry, Douala ou Kinshasa, ils participent quotidiennement à la présence économique et sociale du Royaume.

Leur nombre exact reste difficile à établir faute de statistiques continentales consolidées. Mais leur importance ne se mesure pas seulement en volume.

Une étude publiée en 2026 portant sur 18 pays d’Afrique subsaharienne souligne justement que les réseaux de migrants marocains peuvent faciliter l’investissement des entreprises du Royaume en réduisant les asymétries d’information et en améliorant la connaissance des marchés locaux.

Autrement dit, la diaspora marocaine constitue parfois l’infrastructure humaine derrière l’infrastructure économique.

Une influence à consolider, pas un acquis définitif

La stratégie africaine du Maroc est ambitieuse, mais elle ne doit pas être présentée comme un succès automatique.

L’Afrique subsaharienne représente encore une part limitée des exportations marocaines. Certains grands projets, comme le Gazoduc Africain Atlantique Nigeria–Maroc, restent à concrétiser malgré des avancées institutionnelles importantes.

La concurrence est également forte : Chine, Turquie, Émirats arabes unis, Europe, États-Unis mais aussi puissances africaines cherchent toutes à renforcer leur présence.

L’avantage marocain se situe peut-être ailleurs : dans sa capacité à combiner proximité géographique, culture, formation, entreprises, religion, transport, diplomatie et réseaux humains.

C’est cette combinaison qui rend sa stratégie singulière.

Le Maroc ne cherche plus seulement à être présent en Afrique.

Il cherche à devenir une plateforme africaine.

Ses banques financent, ses opérateurs télécoms connectent, ses universités forment, ses entreprises investissent, ses militaires participent au maintien de la paix et ses ressortissants installés sur le continent créent des liens économiques et sociaux au quotidien.

Pour le Royaume, l’enjeu des prochaines années sera de transformer cette présence en partenariats durables et mutuellement avantageux.

Et pour la diaspora marocaine en Afrique, une autre histoire commence à émerger : celle d’une communauté moins nombreuse que celle installée en Europe, mais potentiellement parmi les plus stratégiques pour l’avenir continental du Maroc.

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