Marrakech s’est réveillée en rose ce dimanche 4 octobre. À 8 h 30, le départ de la sixième édition de La Kéchoise devait être donné place de la Koutoubia pour un parcours féminin de sept kilomètres jusqu’à la place des Ferblantiers. Courir était possible, marcher aussi. Le classement importait moins que le message : remettre la santé des femmes au centre de l’espace public.
Organisé du 2 au 4 octobre dans le cadre d’Octobre Rose, le rendez-vous associait sport, ateliers de bien-être, rencontres et sensibilisation à la prévention du cancer du sein. Les organisateurs annonçaient plus de 500 participantes et une dizaine de nationalités. L’édition précédente avait réuni 550 femmes venues de plusieurs pays, selon le guide officiel Visit Marrakech.
Au moment de publier cet article, aucun bilan officiel de la participation 2026 n’avait encore été communiqué. MMNEWS ne présente donc pas les prévisions des organisateurs comme un résultat acquis.
Une course locale, un message pour les Marocaines du monde
La dimension internationale de La Kéchoise offre un lien naturel avec les MRE. De nombreuses Marocaines vivent entre le pays de résidence et le Maroc, accompagnent un proche des deux côtés de la Méditerranée ou changent de système de santé au cours de leur vie. Cette mobilité peut être une force. Elle peut aussi créer des ruptures : invitation au dépistage reçue mais reportée avant un voyage, examens réalisés dans deux pays sans dossier commun, antécédents familiaux mal transmis ou suivi interrompu après un déménagement.
Octobre Rose ne doit donc pas rester un ruban, une photographie ou une course annuelle. Pour les Marocaines du monde, son message le plus utile tient en quelques mots : ne laissez pas la frontière fragmenter votre parcours de santé.
Le cancer du sein est le cancer le plus fréquemment diagnostiqué chez les femmes au Maroc. Les estimations GLOBOCAN 2022 du Centre international de recherche sur le cancer font état de 12 756 nouveaux cas, soit 38,8 % des cancers féminins estimés dans le pays. Il s’agit d’estimations épidémiologiques, et non d’un décompte administratif en temps réel, mais leur ordre de grandeur suffit à montrer l’importance du sujet.
L’Organisation mondiale de la santé indique par ailleurs que le Maroc dispose de programmes structurés de dépistage du cancer du sein et du col de l’utérus. Les modalités diffèrent cependant d’un pays à l’autre. Une femme résidant en France, en Belgique, au Canada, aux Pays-Bas ou ailleurs doit suivre les recommandations officielles applicables dans son pays de résidence et demander un conseil personnalisé en fonction de son âge, de ses antécédents et de son niveau de risque.
Ce que les MRE peuvent faire concrètement
Pour une personne qui partage sa vie entre plusieurs pays, la continuité du dossier médical devient essentielle.
- Conserver une copie numérique sécurisée des comptes rendus de mammographie, échographie, biopsie et consultation.
- Noter les dates des derniers examens et les recommandations du médecin pour le prochain contrôle.
- Informer le professionnel de santé des antécédents familiaux connus, même lorsqu’ils ont été diagnostiqués au Maroc.
- Ne pas attendre un prochain séjour au pays pour consulter lorsqu’une anomalie apparaît.
- Demander au médecin du pays de résidence si l’on relève du dépistage organisé ou d’une surveillance individuelle renforcée.
- Faire traduire les documents essentiels lorsque cela facilite la compréhension par l’équipe médicale.
L’autosurveillance peut aider à remarquer une modification inhabituelle, mais elle ne constitue pas un dépistage complet. La Ligue contre le cancer rappelle que l’observation et la palpation ne remplacent pas la mammographie ; elles peuvent seulement la compléter selon l’âge et le niveau de risque. Toute masse nouvelle, modification de la peau ou du mamelon, écoulement inhabituel ou changement persistant doit conduire à consulter un professionnel de santé, sans attendre le mois d’octobre.
La diaspora peut aussi devenir un réseau de prévention
Le rôle des MRE ne se limite pas à leur propre suivi médical. Associations de femmes, médecins marocains exerçant à l’étranger, réseaux d’étudiants, consulats et acteurs communautaires peuvent relayer une information fiable dans les langues réellement parlées par les familles : français, arabe, darija, amazigh, néerlandais, espagnol, italien ou allemand.
Cette médiation est précieuse face aux obstacles silencieux : peur du diagnostic, gêne, isolement, difficulté à comprendre une convocation médicale, absence de médecin traitant ou méconnaissance des droits. Une campagne utile ne culpabilise pas. Elle explique où s’adresser, comment prendre rendez-vous et pourquoi un examen proposé mérite de ne pas être repoussé.
Les associations peuvent également accompagner les patientes qui se rendent au Maroc pendant ou après un traitement, à condition de rester dans leur rôle : orientation, écoute et traduction, sans se substituer aux professionnels de santé.
Après la ligne d’arrivée
La Kéchoise a choisi un parcours qui traverse certains des lieux les plus reconnaissables de Marrakech. L’image est forte : faire sortir la prévention des cabinets médicaux pour la rendre visible au cœur de la ville.
La chanteuse Douaa Lahyaoui était annoncée comme marraine de cette sixième édition. Le programme avait commencé vendredi par une soirée à Agafay, puis s’était poursuivi samedi avec un village partenaire, des activités sportives et une table ronde intitulée « Femmes en mouvement, santé en action ».
Reste maintenant la question décisive : que se passe-t-il après la manifestation ? Le succès d’Octobre Rose ne se mesure pas seulement au nombre de dossards, de publications ou de monuments illuminés. Il se mesure aux rendez-vous pris, aux examens effectués, aux femmes accompagnées et aux diagnostics établis suffisamment tôt pour améliorer les possibilités de traitement.
Pour les Marocaines du monde, le message part de Marrakech mais ne s’arrête pas à l’aéroport. Où que l’on vive, la prévention doit voyager avec nous.
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