Le 30 octobre, la Russie a opposé son veto au projet américain consacré au Sahara et à l’avenir de la MINURSO. Le texte a recueilli onze voix favorables, une voix contre et trois abstentions. Le blocage est réel. Il serait pourtant trompeur d’y lire un ralliement du Conseil à la position russe. Lors du second vote, le projet concurrent de Moscou n’a obtenu que trois voix pour, contre une voix négative et onze abstentions. Il échouait donc à atteindre les neuf voix nécessaires à son adoption, indépendamment du vote américain.
Cette différence commande toute la lecture politique de la séance. Moscou a pu faire tomber un texte soutenu par une large majorité. Il n’a pas construit de majorité autour du sien. Le privilège institutionnel d’un membre permanent a produit ses effets ; sa capacité de rassemblement a montré ses limites.
Le désaccord porte sur la direction du règlement
Le projet américain prévoyait notamment de renouveler la mission pour un an et de la renommer, en supprimant la référence au référendum de son intitulé. Derrière cette modification se joue une question politique : quel cadre doit désormais guider la recherche d’un accord ?
L’initiative marocaine d’autonomie occupait déjà une place explicite dans la résolution 2797, adoptée en 2025. Celle-ci demandait des négociations prenant cette proposition pour base, tout en maintenant l’objectif d’une solution politique mutuellement acceptable et prévoyant l’autodétermination. Le veto du 30 octobre bloque un nouveau texte ; il n’efface pas la résolution précédente et ne constitue pas, à lui seul, un jugement international sur la souveraineté.
La Russie présente sa décision comme une défense du processus de règlement. Dans son explication de vote, Vassily Nebenzia soutient que le Conseil ne peut préjuger les questions de souveraineté et qu’une solution doit être acceptable pour le Maroc et le Front Polisario. Il faut restituer cet argument pour comprendre le désaccord. Il faut aussi en examiner la portée : préserver un cadre diplomatique n’a de valeur que si ce cadre permet encore de progresser.
La question adressée à Moscou est donc politique. Comment la continuité qu’elle défend doit-elle produire un accord ? Le maintien d’un dispositif peut servir la stabilité. Il ne saurait, à lui seul, tenir lieu de perspective de règlement.
Pour Rabat, transformer les soutiens en capacité d’action
Le Royaume-Uni a publiquement regretté le veto russe, estimant qu’il menaçait les progrès du processus politique et la présence de la mission. Londres a réaffirmé son appréciation du plan marocain comme base crédible, viable et pragmatique d’un règlement durable. Ce soutien compte. Il rappelle aussi que la dynamique favorable à Rabat doit encore franchir les contraintes propres au Conseil.
Pour le Maroc, la séquence appelle donc davantage de travail diplomatique. Les voix favorables constituent un appui politique ; elles ne suffisent pas à surmonter un veto. L’enjeu consiste à élargir les convergences autour de l’autonomie et à donner au règlement proposé toute sa substance institutionnelle.
Une autonomie défendue comme solution politique gagne à être expliquée par son fonctionnement : compétences des institutions locales, garanties, représentation et articulation avec l’État. C’est sur ce terrain concret que l’argument marocain peut convaincre au-delà de ses soutiens acquis.
Au 31 octobre, l’échéance du mandat de la MINURSO ouvre une incertitude. Sans nouvelle décision, sa prorogation n’est pas acquise. Il faut cependant distinguer cette échéance du calendrier opérationnel d’un éventuel retrait, qui ne se déduit pas automatiquement du résultat des votes.
Pour les Marocains du monde, cette précision est essentielle. Défendre l’intégrité territoriale du Royaume exige de raconter exactement ce qui s’est passé. La Russie a bloqué le projet américain. Son propre texte a échoué à réunir une majorité. Entre ces deux faits se trouve la mesure de cette soirée : un obstacle diplomatique sérieux pour Rabat, et une démonstration russe de puissance institutionnelle sans adhésion majoritaire à son alternative.
Le veto ferme une voie au Conseil. Il laisse entière la question à laquelle toute diplomatie doit répondre : quelle proposition peut réellement conduire à un accord ?
💬 التعليقات (1)
Merci MMNEWS d’être toujours les premiers à parler de sujets importants comme celui ci.
Merci de cette analyse et selon vous, quelle serai la proposition la plus adéquate pour résoudre ce conflit ?
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