Une convocation, mais pas tout à fait une première
Dans une liste internationale, certains noms arrivent précédés d’une réputation mondiale. D’autres racontent une progression plus discrète. Soufiane El-Faouzi appartient à la seconde catégorie. Le milieu de terrain de Schalke 04 figure dans le groupe marocain appelé à affronter le Gabon le 25 septembre puis le Lesotho le 29 septembre dans les qualifications de la Coupe d’Afrique.
Le présenter comme un nouveau venu absolu serait pourtant inexact. El-Faouzi a déjà porté le maillot marocain le 26 mai 2026, lors d’une victoire amicale 5-0 contre le Burundi. Il n’avait ensuite pas été retenu pour la Coupe du monde. Cette nouvelle convocation marque donc moins une découverte qu’un retour, avec un enjeu supérieur : s’il participe à l’une de ces rencontres officielles, son avenir international avec le Maroc prendrait un caractère définitif, selon les règles d’éligibilité applicables et l’analyse relayée par l’agence allemande DPA.
Dix ans dans le même club de quartier
Né le 13 juillet 2002 à Siegen, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Soufiane El-Faouzi possède les nationalités marocaine et allemande. Son histoire de footballeur commence au Sportfreunde Siegen, le club de sa ville. Il y reste de 2010 à 2020, une fidélité longue dans un univers où les jeunes talents les plus repérés changent souvent d’académie avant même l’adolescence.
Ce détail résume une partie de son parcours. El-Faouzi n’a pas emprunté l’ascenseur du football d’élite ; il a pris l’escalier. Après Siegen, il rejoint le SC Paderborn, puis l’équipe réserve du Fortuna Düsseldorf. Ces années loin des grandes affiches lui donnent du temps de jeu, mais aucune garantie. Il faut gagner sa place devant peu de caméras, progresser sans l’écho qui accompagne les prodiges annoncés et accepter que chaque saison serve d’examen pour la suivante.
En 2024, Alemannia Aachen lui offre le passage décisif vers la 3. Liga. Il y dispute 36 rencontres de championnat, inscrit trois buts et délivre sept passes décisives. Mais ce sont surtout son volume de course et son engagement dans les duels qui attirent Schalke. Lors de l’annonce de son recrutement, le club de Gelsenkirchen indiquait qu’il avait parcouru davantage de terrain et disputé plus de duels que tout autre joueur des trois divisions professionnelles allemandes pendant la saison 2024-2025.
À Schalke, le travail devient une signature
Schalke 04 n’est pas un club neutre dans le paysage allemand. Son stade, son histoire ouvrière et l’exigence de son public donnent du poids à chaque titularisation. El-Faouzi y arrive à l’été 2025 avec un contrat initial courant jusqu’en juin 2029. Il ne vient pas comme vedette, mais comme joueur capable d’apporter de l’intensité, du mouvement et une présence constante au milieu.
Sa première saison dépasse ce statut. Il débute les 34 rencontres de deuxième division, termine en tête des joueurs les plus endurants du championnat et contribue au titre de champion de 2. Bundesliga, synonyme de remontée. Schalke prolonge ensuite son contrat jusqu’en 2030. Cette régularité raconte mieux son jeu que n’importe quelle compilation : El-Faouzi couvre les espaces, accompagne le porteur, revient défendre et maintient le rythme lorsque le match se fragmente.
Il sait aussi produire l’image inattendue. En avril, sur le terrain d’Elversberg, il reprend un centre de Timo Becker d’un retourné acrobatique envoyé dans la lucarne. Le but égalisateur participe à une victoire 2-1 de Schalke, pourtant réduit à dix. Les supporters allemands l’élisent ensuite « but de la saison » de deuxième division dans l’application officielle de la DFL. Pour un joueur réputé d’abord pour les kilomètres parcourus, le geste offre une autre lumière : celle d’un milieu capable de sortir du cadre.
Ce qu’il peut apporter aux Lions de l’Atlas
Avec ses 1,77 m, El-Faouzi n’est pas un milieu construit autour de la domination aérienne. Son intérêt se situe ailleurs : activité, disponibilité, répétition des efforts et capacité à faire le lien entre récupération et progression du ballon. Il peut jouer dans l’axe, participer au pressing et donner de la continuité à une équipe qui possède déjà de nombreux créateurs.
La sélection marocaine ne l’appelle pas pour réinventer son milieu de terrain en deux matches. Elle élargit plutôt sa palette. Dans un calendrier international où les états de forme, les blessures et les profils adverses imposent des solutions différentes, un joueur habitué à l’intensité allemande peut fournir une option complémentaire. Son défi sera de transposer rapidement ses repères de club : les automatismes de Schalke ne voyagent pas automatiquement avec lui, et la concurrence au Maroc reste élevée.
Il serait également prématuré d’en faire le symbole d’un supposé duel gagné contre l’Allemagne. El-Faouzi possède deux nationalités et s’est construit dans le système allemand tout en étant issu d’une famille marocaine. La presse allemande souligne qu’il avait été évoqué parmi les candidats possibles à une future liste de la Mannschaft. Son choix sportif ne gomme donc aucune partie de son histoire. Il relie plutôt les deux espaces qui l’ont formé.
Un parcours MRE qui parle à une génération
Pour MMNEWS, son portrait dépasse la seule question du onze de départ. Soufiane El-Faouzi appartient à cette génération de Marocains d’Europe dont l’identité sportive se construit dans plusieurs langues, plusieurs vestiaires et plusieurs traditions footballistiques. Le pays de naissance fournit la formation quotidienne ; le pays familial demeure une possibilité affective et sportive. Le choix final peut être intime, mais il devient public dès qu’un maillot national est porté.
La Fédération marocaine prospecte depuis longtemps dans les diasporas européennes. L’enjeu ne consiste cependant pas seulement à convaincre les talents les plus célèbres. Il faut aussi suivre les progressions tardives, les joueurs passés par les réserves et ceux qui deviennent internationaux à force de continuité. El-Faouzi illustre précisément cette seconde voie. À 22 ans, il évoluait encore en troisième division. Deux saisons plus tard, il joue en Bundesliga et revient chez les Lions de l’Atlas.
Son histoire reste ouverte. Une convocation ne garantit ni une titularisation ni une longue carrière internationale. Les rencontres contre le Gabon et le Lesotho diront si le sélectionneur le voit comme une solution immédiate ou comme un joueur à installer progressivement. Mais son arrivée offre déjà un récit rafraîchissant : celui d’un milieu qui a avancé sans raccourci, transformant l’endurance — qualité discrète par excellence — en passeport vers le plus haut niveau.
À Siegen, Aix-la-Chapelle ou Gelsenkirchen, El-Faouzi a toujours dû courir pour atteindre l’étape suivante. Avec le Maroc, il lui reste maintenant à trouver sa place. Le chemin, lui, correspond parfaitement au joueur.
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