Une présence désormais inscrite dans le programme
Le changement le plus net tient à la visibilité. L’UC organise son offre autour de quatre grands engagements et de dix axes. Le dixième réunit la culture, le sport, les Marocains du monde et le rayonnement international. Le parti promet également de valoriser les compétences de la diaspora. Cette formulation compte dans notre grille : les MRE ne sont plus seulement supposés profiter, comme tous les citoyens, d’une croissance plus forte ou de services publics améliorés. Ils deviennent un public explicitement identifié et un vivier de savoir-faire que le pays entend mobiliser.
Cette reconnaissance reste cependant très large. Le document dit la direction, sans décrire la chaîne de décision. Il ne précise ni l’institution chargée de repérer les compétences, ni la manière de les associer aux universités, aux entreprises ou aux collectivités, ni les objectifs à atteindre pendant la législature. Un engagement devient réellement mesurable lorsqu’il désigne un responsable, un budget, un calendrier et des indicateurs. Sur ce terrain, l’UC demeure au stade de l’intention politique.
Vote et représentation : une continuité incomplète
La participation politique est le premier test attendu par les Marocains établis à l’étranger. Le programme final ne présente pas de mécanisme permettant de voter directement depuis les pays de résidence. Il ne tranche pas entre bureaux ouverts à l’étranger, vote postal, solution électronique sécurisée ou maintien de la procuration. Cette absence explique la note de 3 sur 15 : MMNEWS ne sanctionne pas une préférence institutionnelle, mais le manque de réponse concrète à une question centrale du scrutin.
La représentation parlementaire reçoit 5 sur 10. Cette note tient compte d’une position officielle antérieure de l’UC proposant une présence de la diaspora à la Chambre des conseillers. Elle montre que le parti a déjà réfléchi à une voie de représentation. Mais le programme de 2026 ne reprend pas clairement cette proposition, n’indique ni nombre de sièges, ni mode de désignation, ni articulation avec la représentation territoriale et professionnelle. Il serait donc excessif de présenter une archive politique comme une promesse électorale entièrement renouvelée. Nous la retenons comme un signal de continuité, pas comme un dispositif acquis.
Services consulaires : le numérique sans contrat de résultat
L’ambition générale de transformation numérique peut faciliter la vie des MRE : documents accessibles à distance, suivi des demandes, réduction des déplacements et meilleure circulation de l’information. L’UC a aussi défendu, dans des interventions précédentes, l’actualisation des services et de l’accompagnement destinés aux Marocains du monde. Pourtant, le programme ne fixe pas de normes consulaires spécifiques. Aucun délai maximal n’est annoncé pour un document, aucun système public de suivi des réclamations n’est décrit et aucune coordination entre consulats et administrations au Maroc n’est détaillée.
La note de 4 sur 10 traduit ce potentiel, mais aussi cette lacune. Pour les familles établies à plusieurs milliers de kilomètres, la qualité administrative ne se mesure pas seulement à un portail : elle se mesure au nombre de démarches entièrement dématérialisées, au délai réel de traitement et à l’existence d’un recours compréhensible. C’est précisément ce contrat de service que le texte ne fournit pas encore.
Investissement : un cadre favorable, peu de portes d’entrée MRE
L’économie constitue le terrain naturel de l’Union constitutionnelle. Son programme défend l’investissement, l’entreprise, l’emploi, l’innovation, la régionalisation et une gouvernance plus efficace. Ces choix peuvent bénéficier aux entrepreneurs marocains installés en Europe, en Amérique, en Afrique ou dans les pays du Golfe. Ils peuvent aussi faciliter le passage d’une épargne immobilière traditionnelle vers des projets productifs, des PME ou des activités régionales.
Mais une politique économique générale n’équivaut pas automatiquement à une politique d’investissement diaspora. Le programme ne présente ni guichet MRE doté d’un pouvoir de coordination, ni fonds de co-investissement, ni mécanisme de garantie, ni délai opposable pour l’instruction des projets. Il ne précise pas non plus comment sécuriser les investisseurs éloignés face au foncier, aux autorisations ou aux différends administratifs. L’UC obtient donc 10 sur 20 : le cadre idéologique et économique est cohérent, mais la passerelle opérationnelle vers les capitaux, les réseaux et l’expérience des MRE reste à construire.
Épargne, protection sociale et retour : les angles morts
Le programme est beaucoup moins développé sur l’épargne et les transferts. Aucun produit spécifique n’est proposé pour orienter une part des fonds de la diaspora vers l’économie productive, les territoires ou la transition énergétique. Rien n’est précisé sur les frais de transfert, l’information financière transfrontalière ou la protection des petits épargnants. Ce silence conduit à 1 sur 10.
La réforme nationale des retraites et l’extension de la protection sociale peuvent concerner des personnes revenues au Maroc. Elles ne répondent toutefois pas aux difficultés propres aux carrières partagées entre plusieurs pays : totalisation des périodes cotisées, portabilité des droits, information bilingue ou accompagnement des familles. Sans mécanisme transfrontalier, la note reste à 3 sur 10. Même constat pour le retour : le parti souhaite renforcer les liens avec les Marocains du monde, mais ne décrit ni parcours de réinstallation, ni reconnaissance accélérée des qualifications, ni aide coordonnée au logement, à l’école, à la santé ou à la création d’activité. Ce volet reçoit également 3 sur 10.
Culture et compétences : les deux points d’appui
L’intégration des MRE dans l’axe consacré à la culture et au rayonnement international justifie 4 sur 5 pour les nouvelles générations, même si les modalités restent brèves. Le choix reconnaît que le lien avec le Maroc ne se limite pas aux transferts financiers. Il passe aussi par la langue, la création, le sport, la mémoire familiale et la capacité des jeunes binationaux à circuler entre plusieurs univers culturels. Pour atteindre la note maximale, il faudrait néanmoins préciser l’offre linguistique, les partenariats associatifs, les outils numériques et la place de l’amazigh.
La mobilisation des compétences obtient 8 sur 10, meilleur résultat du parti. L’engagement est explicite et correspond à un besoin réel : beaucoup de professionnels souhaitent contribuer ponctuellement sans organiser un retour définitif. Missions d’expertise, enseignement à distance, recherche conjointe, mentorat d’entreprises ou participation à des projets régionaux pourraient donner corps à cette ambition. Le programme n’en fixe pas le mécanisme, mais il identifie clairement la ressource et l’objectif.
Le verdict MMNEWS
La progression de 40 à 41 % n’est ni une récompense symbolique ni une sanction politique. Elle résulte d’une méthode constante : compter davantage une mesure attribuable, financée et vérifiable qu’une orientation générale. Le programme final améliore la visibilité des Marocains du monde et donne une place centrale à leurs compétences. Il laisse cependant sans réponse opérationnelle plusieurs sujets décisifs : vote, représentation actualisée, performance consulaire, épargne productive, droits sociaux transfrontaliers et accompagnement du retour.
L’UC possède donc un socle sur lequel bâtir. Pour changer d’échelle, elle devrait publier une feuille de route MRE distincte, avec responsables, échéances et indicateurs. Une telle clarification ne servirait pas seulement le parti : elle permettrait aux électeurs et aux communautés marocaines de l’étranger de comparer les engagements sur des résultats attendus. À ce stade, 41 % traduit exactement cette position intermédiaire : une diaspora reconnue dans le récit national, mais encore insuffisamment équipée en droits, services et instruments.
| Critère MMNEWS | Note |
|---|---|
| Participation politique et vote | 3/15 |
| Représentation parlementaire | 5/10 |
| Services consulaires et administration | 4/10 |
| Investissement et entrepreneuriat | 10/20 |
| Épargne et transferts | 1/10 |
| Retraites et protection sociale | 3/10 |
| Retour et réinstallation | 3/10 |
| Nouvelles générations, langue et culture | 4/5 |
| Mobilisation des compétences | 8/10 |
| Total | 41/100 |
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