Depuis le début de 2026, Riyad a accéléré sa politique de saoudisation, appelée localement Tawteen. Le principe est simple : réserver une part croissante de certaines professions aux citoyens saoudiens afin d’augmenter leur participation au marché du travail.
Les Marocains ne sont pas spécifiquement visés. Les règles concernent les travailleurs étrangers dans leur ensemble. Mais pour une partie de la communauté marocaine du Royaume, notamment dans l’hôtellerie, le tourisme, la vente, le marketing ou les fonctions administratives, certaines portes deviennent objectivement plus étroites.
Le tourisme entre dans une nouvelle phase
Le changement est particulièrement visible dans un secteur en pleine expansion : le tourisme.
Le ministère saoudien des Ressources humaines et du Développement social a décidé de localiser progressivement 41 professions du secteur touristique, selon un calendrier allant de 2026 à 2028. La première phase est entrée en vigueur le 22 avril 2026.
Quatre professions sont désormais soumises à une saoudisation de 100 % dans les établissements concernés : réceptionniste, réceptionniste d’hôtel, opérateur de standard téléphonique et agent d’information.
Pour un Marocain qui envisageait d'arriver à Riyad, Djeddah ou Al-Ula afin de travailler à la réception d’un hôtel, la situation devient donc particulièrement difficile : ces postes font désormais partie de ceux que les entreprises doivent réserver aux Saoudiens dans le cadre prévu par la réglementation.
70 % dans plusieurs métiers qualifiés du tourisme
La restriction ne concerne pas uniquement les postes d’accueil. Douze professions touristiques sont soumises à un taux de localisation de 70 %, parmi lesquelles figurent notamment responsable du contrôle hôtelier, spécialiste du contrôle hôtelier, spécialiste du guidage touristique, spécialiste des achats ou spécialiste des ventes.
Douze autres professions sont soumises à un seuil de 50 %, notamment spécialiste du développement touristique, représentant des achats, agent de voyages et spécialiste de l’hôtellerie.
Cela ne signifie pas qu’un étranger ne peut plus être recruté dans toutes ces fonctions. Contrairement aux métiers localisés à 100 %, des postes restent théoriquement disponibles pour des expatriés lorsque l’entreprise respecte le quota imposé.
Mais mécaniquement, le nombre de places accessibles aux candidats étrangers diminue.
Marketing et ventes : 60 % de saoudisation
Le phénomène dépasse largement le tourisme. Depuis le 19 avril 2026, les entreprises privées concernées doivent atteindre un taux de saoudisation de 60 % dans plusieurs professions du marketing et de la vente. La règle s’applique aux établissements employant au moins trois personnes dans les métiers visés.
Parmi les fonctions concernées figurent directeur marketing, spécialiste marketing, responsable des relations publiques, graphiste, photographe, directeur des ventes, représentant commercial et spécialiste des ventes.
Pour les Marocains du Golfe, c’est un changement important. Les profils francophones, arabophones et multilingues ont longtemps trouvé des débouchés dans la vente, le luxe, l’hôtellerie ou la communication.
Ces compétences restent utiles, mais elles doivent désormais composer avec une priorité réglementaire beaucoup plus forte accordée aux talents saoudiens.
Achats et logistique : le seuil monte à 70 %
Depuis le 31 mai 2026, le taux de saoudisation atteint également 70 % dans douze métiers liés aux achats et à certaines fonctions logistiques.
Sont notamment concernés les responsables et spécialistes des achats, responsables de contrats, responsables d’entrepôt, spécialistes des appels d’offres, spécialistes du commerce électronique et responsables de services logistiques.
Là encore, il ne s’agit pas d’une interdiction absolue d’employer des étrangers, mais d’une réduction substantielle du nombre de postes pouvant leur être attribués.
Les emplois administratifs deviennent encore plus difficiles
L’un des changements les plus radicaux concerne les fonctions administratives. Depuis le 5 avril 2026, l’Arabie saoudite a ajouté 69 professions au périmètre des fonctions de soutien administratif soumises à une saoudisation de 100 %.
Sont notamment concernés différents emplois liés au secrétariat, aux tâches de bureau, à la saisie de données, à la traduction et au support administratif.
Pour un expatrié marocain cherchant un emploi administratif généraliste, c’est probablement l’un des secteurs où les perspectives se réduisent le plus nettement.
Même les ingénieurs sont concernés
La saoudisation atteint désormais également des métiers à forte qualification. Depuis le 30 juin 2026, les entreprises employant au moins cinq salariés dans les professions concernées doivent respecter un taux de 30 % de saoudisation dans 46 métiers d’ingénierie.
Architecture, industrie, électronique, automobile, pétrole et gaz, aéronautique ou recherche et développement figurent parmi les spécialités ciblées.
Cela montre que la transformation du marché saoudien ne concerne plus seulement les emplois peu ou moyennement qualifiés.
Faut-il pour autant renoncer à l’Arabie saoudite ?
Non. Ce serait tirer une conclusion trop rapide. Vision 2030 génère parallèlement d’immenses besoins dans la construction, la technologie, la santé, la finance, l’intelligence artificielle, les grands projets, l’hôtellerie haut de gamme et les services spécialisés. La différence est que le profil de l’expatrié recherché évolue.
Pour un Marocain souhaitant travailler en Arabie saoudite, disposer d’une expertise difficile à trouver localement, d’une expérience internationale, de compétences techniques fortes ou d’un profil de management spécialisé devient beaucoup plus déterminant qu’auparavant.
Les fonctions généralistes de réception, administration, vente ou secrétariat sont progressivement les plus exposées.
Une transformation à suivre pour les Marocains du Golfe
Il n’existe pas, dans les données officielles consultées, de statistiques permettant de mesurer précisément combien de travailleurs marocains ont déjà été affectés par ces nouvelles mesures.
MMNEWS évitera donc d’affirmer que la saoudisation provoque un départ massif des Marocains sans données pour l’établir. Mais la tendance réglementaire, elle, est incontestable.
Pour les Marocains déjà installés dans le Royaume, il devient essentiel de vérifier si l’intitulé professionnel inscrit dans leur contrat et leur permis de travail figure parmi les professions soumises à localisation et à quel taux. Pour ceux qui souhaitent s’expatrier, la question n’est plus simplement : « Y a-t-il du travail en Arabie saoudite ? »
Elle devient :
« Mon métier fait-il encore partie de ceux pour lesquels l’Arabie saoudite recrute des compétences étrangères ? »
La saoudisation ne ferme pas le Royaume aux talents internationaux.
Elle change cependant profondément leur place : l’expatrié généraliste devient moins recherché ; l’expert capable d’apporter une compétence rare, lui, conserve une véritable carte à jouer.
💬 التعليقات (0)
لا توجد تعليقات. كن أول من يعلق!
✏️ اكتب تعليقك