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Fatima Ezzahra El Mansouri, de Marrakech à la Primature : le visage d’un pouvoir marocain en transition

Avocate formée entre Rabat, Montpellier et New York, première femme élue à la tête de Marrakech, ministre de l’Habitat puis coordinatrice de la direction du PAM, Fatima Ezzahra El Mansouri est devenue, le 29 septembre 2026, la première femme nommée Cheffe du gouvernement du Maroc. Pour les Marocains du monde, son parcours porte une promesse de modernité institutionnelle. Son véritable défi commence cependant après le symbole : transformer une ascension historique en résultats sociaux, en confiance politique et en relation renouvelée avec la diaspora.

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Fatima Ezzahra El Mansouri, de Marrakech à la Primature : le visage d’un pouvoir marocain en transition

La photographie officielle appartient déjà à l’histoire politique marocaine. Au Palais Royal de Rabat, le 29 septembre 2026, Sa Majesté le Roi Mohammed VI reçoit Fatima Ezzahra El Mansouri et la nomme Cheffe du gouvernement, conformément à l’article 47 de la Constitution. Il lui confie la formation du nouvel exécutif.

Pour la première fois, une femme accède à la tête du gouvernement du Royaume.

L’événement est considérable, mais il ne surgit pas de nulle part. À cinquante ans, El Mansouri n’est ni une personnalité découverte par l’élection de septembre ni une figure choisie pour la seule force du symbole. Son arrivée à la Primature est l’aboutissement de près de deux décennies passées entre le barreau, la mairie de Marrakech, le Parlement, la direction du Parti Authenticité et Modernité et un ministère au cœur des transformations territoriales du pays.

Son itinéraire raconte une évolution de la vie publique marocaine : lente, négociée, institutionnelle. Il dit aussi les limites auxquelles cette évolution sera désormais confrontée. Une femme peut franchir le plafond politique le plus visible ; encore faut-il que cette première modifie durablement la place des femmes, la qualité de l’action publique et la relation des citoyens à l’État.

Marrakech, matrice d’un parcours

Fatima Ezzahra El Mansouri naît le 3 janvier 1976 à Marrakech. Sa famille appartient à l’univers des notables de la ville. Son père, Abderrahmane El Mansouri, a exercé d’importantes responsabilités administratives et diplomatiques, notamment comme pacha de Marrakech et ambassadeur du Maroc aux Émirats arabes unis.

Cette origine lui donne une familiarité précoce avec l’État et ses codes. Elle nourrit aussi, chez ses critiques, l’image d’une responsable issue des élites établies. Cette double lecture accompagnera toute sa carrière : pour les uns, elle bénéficie d’un capital social considérable ; pour les autres, sa trajectoire montre qu’une héritière de l’administration peut construire sa propre légitimité par l’élection, le droit et la gestion publique.

Après des études de droit privé à l’Université Mohammed V de Rabat, elle poursuit sa formation à l’Université de Montpellier, où elle se spécialise en droit des contrats d’affaires. Sa biographie professionnelle mentionne également une formation en droit anglo-saxon des affaires à New York.

Elle s’inscrit au barreau de Marrakech en 2005 et travaille notamment sur les questions foncières et immobilières. Ce passage par le droit n’est pas un simple préambule biographique. Il façonne une manière d’aborder la politique : textes, procédures, négociations et rapports de force encadrés par les institutions.

Chez El Mansouri, le pouvoir s’exprime rarement par les grandes envolées. Il se construit dans les dossiers.

À 33 ans, la mairie comme épreuve fondatrice

Elle participe en 2008 à la fondation du Parti Authenticité et Modernité. Un an plus tard, à trente-trois ans, elle est élue présidente du conseil communal de Marrakech. Elle devient la première femme à diriger la ville et l’une des plus jeunes responsables municipales du Royaume.

La fonction est tout sauf décorative. Marrakech est simultanément une capitale touristique internationale, une médina soumise à une forte pression patrimoniale, une métropole en expansion et un territoire où l’immobilier concentre des intérêts économiques majeurs. Diriger cette ville signifie arbitrer entre attractivité, urbanisation, services publics, protection du patrimoine et attentes sociales.

Son premier mandat, de 2009 à 2015, installe son nom dans la politique nationale. Elle siège également à la Chambre des représentants à partir de 2011. Après six années hors de la présidence communale, elle retrouve la mairie en septembre 2021.

Ce retour est important. Il montre que sa carrière n’a pas seulement avancé par nomination : elle est aussi passée par la compétition électorale et la constitution de majorités locales. Marrakech demeure son territoire politique, sa base et le laboratoire de son rapport au pouvoir.

Une ascension méthodique au sein du PAM

Parallèlement à son implantation municipale, El Mansouri gravit les échelons du PAM. Elle préside son Conseil national à partir de 2016, avant de devenir, en février 2024, coordinatrice de la direction collégiale du parti.

Cette formule de direction à plusieurs têtes aurait pu diluer son autorité. Elle a au contraire permis de révéler sa capacité à maintenir des équilibres internes entre sensibilités, générations et ambitions concurrentes. Son style public reste contrôlé : peu d’effets de tribune, une parole généralement mesurée et une préférence visible pour la négociation.

Cette retenue est parfois interprétée comme de la prudence excessive. Elle constitue aussi un avantage dans un système politique où la formation d’une majorité exige moins le culte du chef que l’art de composer avec plusieurs centres de pouvoir.

Aux législatives du 23 septembre 2026, le PAM arrive en tête avec 97 sièges sur 395. Le résultat ne lui donne pas la majorité absolue, fixée à 198 députés, mais place le parti en position de conduire le prochain gouvernement. Six jours plus tard, le Roi nomme sa coordinatrice Cheffe du gouvernement et la charge de former une coalition.

Le ministère du territoire : gouverner par le concret

Entre octobre 2021 et sa nomination à la Primature, Fatima Ezzahra El Mansouri dirige le ministère de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville.

Le portefeuille paraît technique. Il touche pourtant à l’une des questions les plus politiques du Maroc contemporain : qui peut habiter où, à quel prix, avec quels équipements et selon quelle égalité entre métropoles, villes moyennes et monde rural ?

Sous sa responsabilité, le gouvernement déploie le programme d’aide directe au logement, fondé sur un soutien financier versé aux acquéreurs d’une résidence principale. En juin 2026, le bilan officiel dépassait 105 000 bénéficiaires pour 218 000 demandes. Fait particulièrement significatif pour MMNEWS : 24 % des bénéficiaires étaient des Marocains résidant à l’étranger.

Ce chiffre inscrit déjà son action dans la vie concrète de la diaspora. Pour de nombreuses familles établies en Europe, en Amérique du Nord ou dans les pays du Golfe, l’acquisition d’un logement au Maroc relève à la fois de l’investissement, de l’ancrage familial et de la préparation d’un éventuel retour.

Son ministère a également été engagé dans la reconstruction des logements détruits ou endommagés par le séisme d’Al Haouz. Au 10 novembre 2025, El Mansouri annonçait que 53 648 habitations avaient été reconstruites. Ces résultats relèvent d’un effort collectif de l’État et des autorités territoriales ; ils n’en constituent pas moins l’un des principaux tests administratifs de son passage au gouvernement.

Son bilan doit naturellement être discuté, comme celui de tout responsable public : difficultés d’accès au logement, urbanisation inégale, lenteurs administratives et persistance de l’habitat insalubre ne disparaissent pas derrière des statistiques. Mais son expérience ministérielle lui a donné une connaissance directe des politiques publiques, de leur financement et de l’écart qui sépare souvent l’annonce de l’exécution.

Une première historique, pas un aboutissement automatique

La nomination d’El Mansouri constitue une rupture symbolique. Dans un pays où les femmes ont progressivement accédé au gouvernement, au Parlement, à la diplomatie, à l’entreprise et aux responsabilités territoriales, la direction de l’exécutif restait un seuil jamais franchi.

Son arrivée change l’imaginaire du possible. Une jeune Marocaine peut désormais grandir en sachant que la fonction de Cheffe du gouvernement n’est plus exclusivement masculine.

Mais le symbole ne saurait tenir lieu de politique publique. El Mansouri sera attendue sur la participation économique des femmes, les inégalités territoriales, l’école, la santé, l’emploi des jeunes, le pouvoir d’achat, l’accès au logement et l’effectivité des droits. Elle devra également conduire le pays vers les grands rendez-vous liés à la Coupe du monde 2030 sans laisser l’investissement dans les infrastructures occulter les urgences sociales.

Sa nomination sera réellement transformatrice si elle élargit l’accès des femmes aux responsabilités au-delà de quelques trajectoires d’exception. La question n’est plus seulement de savoir si une femme peut atteindre le sommet. Elle est de savoir si son passage au sommet rendra le chemin moins étroit pour les suivantes.

Ce que les MRE peuvent attendre

Pour les Marocains du monde, Fatima Ezzahra El Mansouri présente un profil singulier. Sa formation a circulé entre le Maroc, la France et les États-Unis. Elle connaît, par son ancien ministère, certains dossiers qui touchent directement les MRE, notamment le logement, le foncier, l’urbanisme et la relation administrative avec le pays d’origine.

Cette proximité thématique ne vaut pas encore programme pour la diaspora. Elle crée néanmoins une attente légitime.

Les MRE jugeront le nouvel exécutif sur des sujets concrets : représentation politique, simplification des démarches, sécurité des investissements et des biens, numérisation des services consulaires, transmission culturelle, mobilité des compétences, accompagnement du retour et reconnaissance des parcours construits à l’étranger.

La nouvelle Cheffe du gouvernement devra éviter une vision purement financière de la diaspora. Les Marocains du monde ne sont pas uniquement des transferts de devises ou des investisseurs potentiels. Ils forment une communauté politique, culturelle et humaine, porteuse de compétences, d’expériences démocratiques, de réseaux économiques et d’une relation souvent exigeante avec le Royaume.

Son propre parcours international peut l’aider à comprendre cette pluralité. Il ne la garantit pas. La différence se mesurera à la place accordée aux MRE dans le programme gouvernemental, les institutions de consultation et la fabrication des politiques publiques.

Du symbole à l’autorité

Fatima Ezzahra El Mansouri entre à la Primature avec plusieurs atouts : une formation juridique, une expérience élective locale, une connaissance du Parlement, cinq années de pratique ministérielle et la direction du parti arrivé en tête des élections.

Elle hérite aussi d’une équation difficile. Le PAM ne dispose pas seul de la majorité. Elle devra composer une coalition, arbitrer entre partenaires, donner une cohérence à l’action gouvernementale et répondre à une société dont la participation électorale limitée traduit une confiance fragile dans la politique institutionnelle.

Sa proximité avec les élites et l’histoire du PAM alimenteront les interrogations sur son autonomie. Son genre suscitera des attentes parfois contradictoires : on lui demandera d’incarner la cause des femmes tout en lui reprochant éventuellement d’être réduite à cette seule dimension. Elle devra être jugée comme responsable politique, sans que la portée historique de sa nomination soit minimisée.

La femme qui arrive à la tête du gouvernement marocain n’est donc ni une inconnue ni un simple emblème. Elle est une juriste devenue maire, une élue devenue ministre, une négociatrice de parti devenue responsable de la formation du gouvernement.

Le 29 septembre 2026 a ouvert une porte. L’histoire retiendra qu’elle fut la première à la franchir. Les Marocains, au pays comme à l’étranger, observeront maintenant ce qu’elle décidera d’en faire.

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