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Législatives 2026 : derrière la victoire du PAM, trois messages adressés au prochain gouvernement

Le PAM arrive en tête, le RNI est sanctionné, le PJD retrouve une force d’opposition et près de 62 % des inscrits ne votent pas. Les législatives du 23 septembre ne produisent pas une rupture de régime politique, mais elles déplacent le centre de gravité de la majorité et soumettent le prochain exécutif à une obligation de résultats immédiats.

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Législatives 2026 : derrière la victoire du PAM, trois messages adressés au prochain gouvernement

À première vue, les élections législatives marocaines ont changé le premier rôle sans renverser entièrement le décor. Le Parti authenticité et modernité (PAM) obtient 97 sièges sur 395. Il devance le Rassemblement national des indépendants (RNI), crédité de 66 élus, et l’Istiqlal, qui en compte 65. Ces trois formations constituaient la majorité sortante et disposent encore, ensemble, de 228 sièges — trente de plus que les 198 nécessaires pour gouverner.

Mais cette continuité arithmétique dissimule une recomposition politique. Le PAM gagne dix sièges par rapport à 2021 et prend la première place. Le RNI en perd 36 et cède la direction du jeu. L’Istiqlal recule de 81 à 65 élus. Quant au Parti de la justice et du développement (PJD), il passe de 13 à 54 sièges et retrouve les moyens de peser dans le débat parlementaire.

Le scrutin livre donc trois messages simultanés : une promotion du PAM, une sanction du parti qui dirigeait le gouvernement et le retour d’une opposition identifiable. Un quatrième message, plus silencieux, domine pourtant les autres : la participation s’établit autour de 38 %, son niveau le plus faible depuis 2007.

Le PAM remporte l’élection, pas encore la majorité

Avec moins du quart des sièges, le PAM ne peut gouverner seul. Son succès lui donne l’initiative politique prévue par l’article 47 de la Constitution, selon lequel le Roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections à la Chambre des représentants. Il ne désigne cependant ni automatiquement une personnalité, ni la composition de la future coalition.

La combinaison la plus simple sur le papier serait la reconduction des trois partenaires sortants sous une nouvelle direction : PAM, RNI et Istiqlal totalisent 228 sièges. Elle offrirait une majorité confortable et une certaine continuité administrative à l’approche de grands chantiers, dont la Coupe du monde 2030. Elle imposerait toutefois à des formations qui se sont durement concurrencées pendant la campagne de transformer leurs critiques mutuelles en programme commun.

D’autres formules sont mathématiquement possibles. PAM, Istiqlal, Mouvement populaire et PPS atteindraient 210 sièges. Une alliance du PAM avec le RNI, le Mouvement populaire et l’Union constitutionnelle en réunirait 209. Ces additions ne valent pas accords : la cohérence politique, la répartition des portefeuilles et la capacité à faire voter un programme comptent davantage qu’un total théorique.

La première réaction du PAM confirme une stratégie d’ouverture. Fatima Ezzahra El Mansouri a déclaré que son parti ne posait pas de « lignes rouges » et que les programmes détermineraient les alliances. Elle a également indiqué que les discussions formelles devaient attendre les étapes institutionnelles. Cette prudence évite de réduire la victoire à une négociation de postes commencée avant la nomination du chef du gouvernement.

Le RNI reconnaît la sanction

La réaction du RNI constitue l’un des faits politiques notables de l’après-scrutin. Son président, Mohamed Chaouki, n’a ni minimisé la perte de 36 sièges ni cherché immédiatement une justification extérieure. Il a reconnu le recul et affirmé que son parti devait entendre le message des électeurs avant que ses instances ne décident de sa position dans les négociations.

Cette reconnaissance est importante. Le RNI conserve la deuxième place et un groupe assez nombreux pour rendre plusieurs coalitions possibles, mais il ne peut traiter son score comme une simple rotation entre alliés. Cinq années de gouvernement ont exposé le parti aux critiques sur la vie chère, l’emploi, les services publics et les conflits d’intérêts allégués — que les responsables concernés ont contestés. Le vote ne tranche pas chaque accusation ; il sanctionne néanmoins une responsabilité politique.

L’Istiqlal se retrouve dans une position singulière. Avec 65 sièges, un seul de moins que le RNI, il peut servir de pivot à presque toutes les coalitions crédibles conduites par le PAM. Son recul par rapport à 2021 limite pourtant l’idée d’une victoire. Son choix dépendra autant du programme proposé que du poids qui lui sera accordé dans le prochain exécutif.

Le PJD gagne une opposition

Le PJD n’a pas remporté les élections, mais il signe la progression la plus spectaculaire : 41 sièges supplémentaires. Abdelilah Benkirane a présenté ce résultat comme une victoire politique effaçant la défaite de 2021. Il s’est prononcé contre une participation à un gouvernement dirigé par le PAM, tout en renvoyant la décision définitive aux organes du parti, dont le Conseil national doit examiner les résultats.

Si cette orientation est confirmée, le PJD disposera de 54 députés pour structurer l’opposition. Avec l’USFP, le PPS, l’Alliance de la gauche et d’autres groupes, le nouvel hémicycle pourrait retrouver une confrontation parlementaire plus visible qu’au cours de la législature précédente. Le contrôle du gouvernement, les commissions d’enquête, les questions orales et le débat budgétaire prendront alors une importance particulière.

Le retour du PJD ne doit pas être interprété comme un retour à son hégémonie de 2011-2016. Il reste quatrième et très loin de la majorité absolue. Il traduit plutôt la reconstitution d’un électorat, une campagne de proximité centrée sur le pouvoir d’achat, le chômage, la santé et la lutte contre la corruption, ainsi qu’un vote de sanction contre le gouvernement sortant.

L’abstention, premier parti sans siège

Le ministère de l’Intérieur a annoncé une participation de 38,08 % lors de la présentation des résultats, après un communiqué de clôture qui indiquait 38,02 %. Cette différence de 0,06 point doit encore être harmonisée, mais elle ne change pas l’ordre de grandeur : près de 62 % des inscrits ne se sont pas déplacés.

La comparaison avec 2021 doit tenir compte du fait que les législatives, les communales et les régionales avaient alors été organisées simultanément. Le recul n’en demeure pas moins profond. Il est encore plus préoccupant lorsque l’on rappelle que l’inscription électorale n’est pas automatique et que les 15,8 millions d’inscrits sont très inférieurs au nombre de Marocains en âge de voter.

Cette abstention ne signifie pas une seule chose. Elle combine éloignement des listes, défiance envers les partis, sentiment d’inefficacité du vote, difficultés pratiques, choix de boycott et indifférence. L’erreur serait de réduire tous les absents à un même jugement. Le signal commun reste cependant clair : la majorité issue des urnes sera juridiquement légitime, mais elle devra élargir sa légitimité politique par les résultats.

Les réactions de citoyens recueillies après le scrutin convergent moins vers l’enthousiasme partisan que vers des demandes concrètes : baisse de la pression du coût de la vie, emploi, hôpitaux, écoles et efficacité des services publics. La prochaine majorité héritera d’investissements majeurs et de la préparation de 2030, mais sa réussite se mesurera à la part de ces projets qui améliore réellement la vie quotidienne.

Tanger, les images et le temps de la justice

La journée électorale a été décrite par le ministère comme globalement normale, à l’exception de cas isolés. Plus de 3 000 observateurs marocains et étrangers étaient accrédités. Leur présence constitue un élément important, mais leurs rapports consolidés restent indispensables pour évaluer indépendamment le scrutin au-delà des déclarations des partis et de l’administration.

Deux procédures ouvertes à Tanger ont particulièrement marqué la journée. La première concerne une vidéo montrant une urne transparente contenant plusieurs enveloppes, qui a conduit le parquet général près la cour d’appel à ordonner une enquête. La seconde porte sur un homme interpellé dans l’enceinte d’une école abritant un bureau de vote, avec un sac contenant des bulletins. Le procureur du Roi près le tribunal de première instance a annoncé son arrestation pour les besoins de l’enquête.

Ces éléments sont sérieux puisqu’ils ont déclenché des investigations judiciaires. Ils ne permettent toutefois pas, à ce stade, d’affirmer que les bulletins étaient valides, qu’ils avaient été utilisés, qu’ils étaient destinés à un parti déterminé ou que l’incident a modifié un résultat. Le PJD a formulé des accusations et le PAM les a rejetées, en soutenant lui aussi l’ouverture d’une enquête. La seule position journalistiquement responsable consiste à attendre les conclusions, puis à examiner leurs conséquences électorales et pénales.

D’autres signalements ont circulé concernant la remise de procès-verbaux, le rabattage ou l’influence sur les électeurs. Tant qu’ils ne sont pas établis par les observateurs, l’administration ou la justice, ils doivent rester présentés comme des allégations attribuées, jamais comme des fraudes démontrées.

À l’étranger, l’abstention davantage que le vainqueur

La presse internationale a décrit une victoire du PAM accompagnée d’un faible taux de participation. Les agences et médias européens, africains et arabes ont surtout retenu quatre éléments : la perte de terrain du RNI, le retour du PJD, la nécessité d’une coalition et l’abstention la plus élevée depuis près de vingt ans.

En Espagne, où les évolutions politiques marocaines sont suivies à travers les dossiers de migration, de sécurité, de commerce et de coopération pour le Mondial 2030, la couverture a insisté sur les 61,9 % d’abstention. Dans la presse française, l’analyse dominante évoque une recomposition interne de la coalition sortante plutôt qu’une alternance complète. Les médias africains et anglo-saxons relient le résultat aux attentes sur le coût de la vie, l’emploi et les services publics.

Cette couverture étrangère comporte parfois des raccourcis, notamment lorsqu’elle présente comme acquise l’identité du futur chef du gouvernement. La Constitution fixe son appartenance au parti arrivé premier, mais la nomination appartient au Roi et n’a pas encore eu lieu. De même, l’étiquette idéologique attribuée aux partis varie fortement selon les rédactions étrangères et ne restitue pas toujours la complexité du paysage marocain.

À la date du 25 septembre à 16 h 15, heure de Paris, MMNEWS n’a identifié aucune réaction officielle majeure d’un gouvernement étranger ou d’une organisation internationale prenant position sur les résultats. Il faut donc distinguer le traitement médiatique international de réactions diplomatiques qui, pour l’heure, demeurent limitées ou inexistantes publiquement.

Le grand angle mort des MRE

Les élections ont été abondamment commentées dans les pays où vivent de fortes communautés marocaines, mais les MRE restent presque absents des résultats eux-mêmes. Le vote par procuration, dont les démarches ont été facilitées en ligne, ne s’accompagne toujours pas d’un bilan public détaillant le nombre de procurations validées et effectivement utilisées.

Les Marocains du monde n’élisent pas de députés dans des circonscriptions de l’étranger. Leur participation se dissout donc dans les résultats des circonscriptions marocaines, sans mesure autonome ni traduction parlementaire directe. Cela empêche d’évaluer leur mobilisation et maintient un décalage entre leur poids démographique, économique et culturel et leur visibilité électorale.

Le prochain Parlement pourrait faire de cette lacune un chantier démocratique concret : publication des données, évaluation de l’E-Procuration, débat sur le vote consulaire ou électronique sécurisé, et examen de formes de représentation directe. Pour MMNEWS, la question ne consiste pas à opposer les MRE aux citoyens du territoire, mais à donner une portée effective à l’unité de leur citoyenneté.

La victoire sera jugée après la coalition

Le scrutin n’a pas produit un chèque en blanc. Il a placé le PAM en tête, réorganisé la majorité sortante, restauré une opposition et révélé une défiance persistante. La prochaine coalition devra désormais convertir une majorité de sièges en majorité d’action.

Son premier test ne sera ni le cérémonial de la nomination ni la distribution des portefeuilles, mais la capacité à présenter un contrat gouvernemental lisible : quelles mesures pour les prix, l’emploi et les services publics ? Quels indicateurs permettront de contrôler les promesses ? Quelle place pour les territoires, les jeunes et les MRE ?

Le 23 septembre a produit un vainqueur électoral. La législature dira s’il a également produit une réponse politique.

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