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Législatives 2026 — Istiqlal : une place identifiable pour les MRE, portée par la jeunesse et les compétences

Avec son programme 2026-2031, construit autour de cinq engagements et de 99 mesures, le Parti de l’Istiqlal présente une offre dense, centrée sur la famille, la justice sociale, les services publics, la lutte contre la rente et la souveraineté stratégique. Vue depuis l’étranger, cette architecture révèle plusieurs passerelles sérieuses vers les préoccupations des Marocains du monde, notamment sur la transmission, la jeunesse, les compétences et le retour. La volonté est perceptible. Pour devenir une politique MRE pleinement opérationnelle, elle doit désormais se traduire en mécanismes plus détaillés.

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Législatives 2026 — Istiqlal : une place identifiable pour les MRE, portée par la jeunesse et les compétences

Un programme national dans lequel les MRE peuvent se reconnaître

Présenté le 29 août à Rabat sous le slogan « Mon pays, mon avenir », le programme de l’Istiqlal repose sur cinq engagements : préserver les valeurs et renforcer la cohésion familiale ; lutter contre la corruption, la rente et les conflits d’intérêts ; améliorer le pouvoir d’achat et consolider la classe moyenne ; renforcer le service public, particulièrement l’école et l’hôpital ; enfin, développer la souveraineté stratégique du Maroc.

Cette construction ne réserve pas, dans les synthèses publiques disponibles, un axe principal autonome aux Marocains du monde. Elle contient néanmoins davantage que de simples formules de reconnaissance.

Une lecture thématique du programme publiée par le parti signale notamment une « Charte des Marocains du monde ». Le choix du mot est important : une charte peut donner de la cohérence à des politiques aujourd’hui dispersées entre citoyenneté, administration, investissement, culture et protection sociale.

Mais sa valeur dépendra de son contenu. À la date de cette analyse, MMNEWS n’a pas identifié, sur la page officielle de téléchargement du parti, de version intégrale et téléchargeable du programme 2026-2031 détaillant publiquement les droits, les dispositifs, le calendrier et les autorités chargées de mettre cette charte en œuvre.

MMNEWS la considère donc comme un engagement MRE identifiable et encourageant, mais pas encore comme un ensemble de mesures pleinement opérationnelles.

Le point fort : les nouvelles générations et le sentiment d’appartenance

C’est sur la relation entre la jeunesse, la culture et le pays d’origine que l’Istiqlal présente son angle le plus distinctif.

Le programme prévoit une « École de l’appartenance », associant échanges, voyages et participation civique. Il propose également de renforcer l’apprentissage de l’arabe et de l’amazigh, de soutenir le contenu numérique national et de mieux mobiliser l’école, les médias, les arts et le cinéma dans la construction du récit marocain. Ces propositions sont générales, mais elles répondent directement à une interrogation majeure des familles établies à l’étranger : comment transmettre un lien vivant avec le Maroc aux deuxième, troisième et quatrième générations ?

L’intérêt de cette orientation tient aussi à la méthode suivie en amont. Le parti affirme avoir consulté plus de 15 000 jeunes dans plus de 600 communes en 2025. Son « Manifeste du 11 janvier pour la Jeunesse » a été présenté en janvier 2026 dans les douze régions du Royaume, mais également auprès de Marocains du monde à Toulouse, comme l’a expliqué Nizar Baraka dans un entretien consacré à cette démarche.

Pour les MRE, ce détail compte. La diaspora n’a pas seulement été évoquée après la rédaction du projet : une partie de sa jeunesse a été intégrée au processus de consultation. La prochaine étape serait de préciser comment l’« École de l’appartenance » s’appliquerait hors du Maroc : pays prioritaires, partenaires associatifs et consulaires, nombre de bénéficiaires, financement et calendrier.

Compétences et retour : plusieurs leviers utiles

Le programme comporte aussi des mesures susceptibles de faciliter le retour ou la contribution professionnelle des Marocains établis à l’étranger.

La présentation détaillée des 99 mesures mentionne notamment la reconnaissance des compétences professionnelles acquises par l’expérience et la pratique, un système national de veille sur les métiers et les compétences, une plateforme nationale d’apprentissage numérique et le développement du télétravail. À cela s’ajoutent des programmes territoriaux d’auto-emploi, le soutien à l’entrepreneuriat féminin et des mesures en faveur du premier logement et de la classe moyenne.

Pour un Marocain du monde, ces leviers peuvent être très concrets. La reconnaissance d’une expérience acquise à Bruxelles, Montréal, Dubaï ou Dakar peut réduire l’écart entre un parcours professionnel construit à l’étranger et les qualifications reconnues au Maroc. Le télétravail peut aussi rendre possible un retour progressif, sans rupture immédiate avec un employeur ou des clients situés hors du Royaume.

L’Istiqlal pose ainsi plusieurs briques pertinentes. Ce qui manque encore est le dispositif qui les relierait spécifiquement aux MRE : guichet de reconnaissance des compétences, procédure accélérée, plateforme de mise en relation avec les employeurs marocains, accompagnement du conjoint et des enfants, ou parcours de réinstallation coordonné.

Investissement et administration : une modernisation favorable, mais encore générale

La généralisation de la numérisation des procédures, la réduction du pouvoir discrétionnaire de l’administration, les plateformes garantissant l’égalité d’accès des entreprises et le principe selon lequel le « silence de l’administration vaut accord » peuvent améliorer l’expérience des citoyens qui effectuent leurs démarches à distance.

Ces mesures ont donc une vraie valeur potentielle pour les MRE. Elles peuvent limiter les déplacements, raccourcir les délais et sécuriser un projet immobilier ou entrepreneurial depuis l’étranger.

Le programme défend par ailleurs la production locale, les marques marocaines, la montée en gamme industrielle, la propriété intellectuelle, les technologies et la cybersécurité. Cette vision peut offrir des espaces d’investissement et de coopération aux entrepreneurs et experts de la diaspora.

MMNEWS maintient toutefois sa distinction méthodologique : une réforme générale dont un MRE peut bénéficier n’est pas encore une mesure conçue pour lui. Aucun mécanisme public suffisamment détaillé n’a été identifié concernant un guichet unique pour l’investisseur MRE, un fonds de co-investissement, un accompagnement consulaire des porteurs de projets ou la transformation de l’épargne transférée en capital productif.

Vote et représentation : la charte peut ouvrir le chantier

L’Istiqlal possède une tradition de discours favorable à la pleine citoyenneté des Marocains du monde. En 2021, Nizar Baraka avait notamment plaidé pour leur participation politique, tandis que la diaspora était présentée comme une « treizième région » du Royaume.

Pour 2026, la « Charte des Marocains du monde » peut donner un nouveau cadre à cette ambition. Mais, dans les documents publiquement accessibles étudiés par MMNEWS au 2 septembre, nous n’avons pas identifié de proposition suffisamment détaillée instaurant le vote direct dans les consulats, le vote électronique, des circonscriptions réservées aux MRE ou une représentation parlementaire spécifique.

La nuance est essentielle : MMNEWS ne conclut pas que l’Istiqlal exclut ces options. Nous constatons seulement qu’elles ne sont pas encore documentées de manière vérifiable dans les supports accessibles.

Or le programme insiste lui-même sur la participation et la confiance démocratique. Intégrer à la charte un mécanisme politique précis donnerait une traduction particulièrement forte à cette ambition, à un moment où les MRE peuvent établir leur procuration en ligne mais doivent toujours confier leur bulletin à un mandataire votant physiquement au Maroc.

Retraites et protection sociale : une base nationale à prolonger au-delà des frontières

L’Istiqlal propose le relèvement progressif des pensions et l’accélération de la réforme des caisses de retraite. Ces engagements répondent à un enjeu national majeur et peuvent concerner les personnes qui se réinstallent au Maroc après une carrière partagée entre plusieurs pays.

Ils ne répondent cependant pas encore à toutes les situations transnationales : coordination des régimes, conventions de sécurité sociale, validation des périodes travaillées à l’étranger, certificats de vie, accès aux soins lors d’un retour et accompagnement des personnes âgées.

Ici encore, la charte annoncée pourrait servir de véhicule politique. Une déclinaison pays par pays serait particulièrement utile, car les droits d’un retraité marocain vivant en France ne sont pas identiques à ceux d’un compatriote établi dans un État sans convention sociale complète avec le Maroc.

Score MRE MMNEWS : 53 %

La note n’évalue pas le programme général de l’Istiqlal. Elle mesure uniquement la place réservée aux Marocains du monde et le degré de précision des engagements qui les concernent.

Critère MMNEWS Poids Score Istiqlal
Vote et participation politique 15 % 7 %
Représentation parlementaire 10 % 2 %
Services consulaires et administration 10 % 5 %
Investissement et entrepreneuriat 20 % 12 %
Épargne et transferts 10 % 4 %
Retraites et protection sociale 10 % 4 %
Retour et réinstallation au Maroc 10 % 6 %
Jeunes générations, langue et culture 5 % 5 %
Mobilisation des compétences MRE 10 % 8 %
TOTAL 100 % 53 %

Pourquoi 53 % ?

Le score récompense d’abord une orientation plus large que la seule contribution financière de la diaspora. L’Istiqlal parle d’appartenance, de jeunesse, de culture, de compétences, de modernisation administrative et de retour potentiel. La consultation organisée à Toulouse, l’« École de l’appartenance », le renforcement de l’arabe et de l’amazigh et la reconnaissance de l’expérience professionnelle constituent les éléments les plus convaincants.

La mention d’une « Charte des Marocains du monde » apporte également un début de cohérence politique. Elle indique que les MRE sont identifiés comme un public à part entière.

La note reste intermédiaire parce que les mécanismes spécifiques sont encore insuffisamment documentés. Le contenu de la charte, son calendrier et sa portée juridique ne sont pas publiquement détaillés. Le vote, la représentation parlementaire, les consulats, l’épargne, les conventions sociales et les retraites internationales restent traités de manière partielle ou indirecte dans les documents consultés.

Ce 53 % est donc moins un plafond qu’un score de départ. Il pourrait progresser rapidement si le parti publie le texte complet de sa charte et y associe des engagements mesurables.

La question que MMNEWS adresse à l’Istiqlal

L’Istiqlal a posé une idée juste : réunir les différentes dimensions de la relation entre le Maroc et sa diaspora dans une charte.

La question est désormais simple : cette « Charte des Marocains du monde » deviendra-t-elle un véritable contrat de mandature, avec des droits identifiés, des responsables désignés, des échéances et des indicateurs publics ?

Si la réponse est oui, le parti disposera d’un cadre capable de relier ce que son programme fait déjà de mieux — la transmission, la jeunesse et les compétences — aux dossiers plus institutionnels de la citoyenneté, de l’administration et de la protection sociale.

L’Istiqlal ne présente pas encore une politique MRE entièrement achevée. Il présente toutefois une base reconnaissable, plus culturelle et intergénérationnelle que strictement financière. C’est une orientation prometteuse. À la charte, maintenant, de passer du symbole au mode d’emploi.

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