Il existe des matches que l’on gagne par inspiration et d’autres par occupation méthodique du terrain. Celui-ci appartient à la seconde catégorie. Dans un Free State Toyota Stadium clairsemé, sous la lumière de l’après-midi, le Maroc a joué presque toute la rencontre dans le camp du Lesotho. Il a terminé avec 79 % de possession, 19 tirs contre six et 39 ballons touchés dans la surface adverse contre cinq.
Le score raconte une supériorité. Le contenu raconte surtout un exercice de patience.
Un 5-4-1 conçu pour fermer l’intérieur
Bob Mafoso avait donné au Lesotho une mission simple et exigeante : survivre dans un bloc en 5-4-1, réduire les intervalles entre les lignes et obliger le Maroc à contourner plutôt qu’à traverser. Les couloirs intérieurs, ceux où Brahim Díaz, Azzedine Ounahi et Bilal El Khannouss aiment recevoir entre milieu et défense, étaient encombrés.
Mohamed Ouahbi a répondu avec un 4-2-3-1 très technique. Oussama Targhalline et Neil El Aynaoui formaient le double pivot. Devant eux, Brahim partait de la droite, Ounahi occupait l’axe et El Khannouss évoluait depuis la gauche, tandis qu’Ismaël Saibari tenait le rôle d’attaquant mobile.
Cette structure offrait beaucoup de joueurs capables de combiner, mais peu de présence fixe contre les trois défenseurs centraux lésothiens. Saibari décrochait et participait aux échanges ; en contrepartie, la surface manquait parfois d’un point de fixation pour attaquer les centres et les deuxièmes ballons.
Le paradoxe marocain s’est rapidement installé : une supériorité territoriale presque totale, mais un jeu souvent trop concentré dans les mêmes zones. Le ballon circulait, le Lesotho reculait, sans que sa ligne de cinq soit continuellement déplacée.
Brahim Díaz, le but qui change la texture du match
Le premier but est arrivé à la 45e minute, au moment où une première période stérile menaçait de devenir inconfortable. Brahim Díaz a trouvé l’ouverture juste avant la pause. Ce but ne récompensait pas une avalanche d’occasions ; il libérait une équipe qui avait beaucoup contrôlé sans suffisamment déséquilibrer.
C’est toute la valeur de Brahim dans ce type de rencontre. Son déchet n’est pas nul, surtout lorsqu’il reçoit dos à une défense compacte, mais il possède cette capacité à produire l’action décisive dans un espace réduit. Positionné à droite, il a régulièrement glissé dans le demi-espace, laissant à Zakaria El Ouahdi la responsabilité d’étirer le terrain.
L’association était cohérente. El Ouahdi apportait la largeur et les courses extérieures ; Brahim cherchait les zones de création. Le Maroc disposait ainsi d’une vraie mécanique sur son côté droit, même si la dernière passe et la finition n’ont pas toujours suivi.
Marquer avant la pause a surtout empêché le Lesotho de transformer son bloc bas en piège psychologique. À 0-0, chaque minute aurait accru l’impatience marocaine. À 0-1, l’adversaire devait, tôt ou tard, sortir légèrement de sa coquille.
Une domination réelle, une efficacité encore perfectible
Les chiffres offensifs méritent une lecture nuancée. Dix-neuf tirs et 39 touches dans la surface témoignent d’une présence constante autour du but. Mais cinq tirs cadrés seulement signalent une précision insuffisante au regard de la domination.
Le problème n’était pas d’atteindre le dernier tiers. Il était d’y jouer plus vite et avec davantage de variété. Face à cinq défenseurs, la circulation horizontale ne suffit pas. Il faut provoquer un déplacement supplémentaire : une course sans ballon derrière le latéral, un dédoublement, une remise en une touche, un centre en retrait ou une passe verticale jouée avant que le bloc ne soit replacé.
Le Maroc a parfois cherché la solution parfaite lorsque la situation réclamait plus de simplicité. À l’inverse, certaines accélérations ont été déclenchées sans assez de joueurs dans la zone de conclusion. Ce décalage entre maîtrise collective et tranchant explique pourquoi le deuxième but a attendu la 82e minute.
Les changements donnent enfin de l’air
Ouahbi a modifié le paysage offensif à partir de la 68e minute. Abdessamad Ezzalzouli a remplacé El Aynaoui, Achraf Hakimi a pris la place de Mazraoui et Soufiane Rahimi celle de Brahim Díaz.
Le choix d’Ezzalzouli ajoutait un dribbleur de couloir et transformait l’équilibre initial en dispositif plus offensif. L’entrée de Hakimi apportait une nouvelle capacité de projection. Rahimi, lui, proposait davantage de profondeur et d’occupation de la surface.
Le second but a validé cette volonté d’accélérer. À la 82e minute, Ounahi a conclu une action associant Rahimi et mis fin au dernier doute. Le milieu marocain, très présent entre les lignes, a été récompensé pour son activité et sa persévérance.
Ce but résume une qualité essentielle de cette équipe : elle peut rester fidèle à son plan tout en trouvant une autre impulsion depuis le banc. Il rappelle aussi que Rahimi n’a pas besoin de débuter pour peser sur un match.
Targhalline, El Ouahdi et la maîtrise des risques
Dans une rencontre presque entièrement jouée avec le ballon, la performance des joueurs chargés de sécuriser la possession est fondamentale. Targhalline a servi de point d’équilibre : disponible à la relance, attentif aux pertes et suffisamment discipliné pour protéger les défenseurs lorsque les latéraux montaient.
El Ouahdi a offert une largeur constante et l’une des solutions les plus utiles contre le rideau lésothien. Derrière eux, Issa Diop et Abdelhamid Aït Boudlal ont surtout dû gérer l’espace et les rares sorties adverses plutôt que défendre leur surface.
Le Lesotho n’a cadré qu’un seul tir et n’a touché que cinq ballons dans la surface marocaine. Le deuxième match consécutif sans encaisser constitue un signal positif. Il faut néanmoins le relativiser : Yassine Bounou et sa défense n’ont pas été soumis à une pression permettant d’évaluer pleinement leur résistance.
Six points, quatre buts, aucun encaissé
Après le Gabon, battu sur le même score, le Maroc boucle ses deux premières journées avec six points, quatre buts marqués et aucun concédé. Il prend provisoirement seul la tête du groupe A, dans l’attente du match Gabon–Niger programmé plus tard dans la soirée.
Le bilan est donc excellent. L’analyse doit rester plus exigeante que le classement.
Ouahbi a installé une équipe capable de monopoliser le ballon, de maintenir une pression territoriale et de contrôler les transitions adverses. Il lui reste à améliorer la vitesse des attaques placées et l’occupation de la surface lorsque l’opposition défend très bas. Contre un adversaire plus dangereux, une domination sans deuxième but rapide pourrait exposer le Maroc à une égalisation sur coup de pied arrêté ou transition isolée.
Le match amical contre le Ghana, le 4 octobre à Tanger, offrira un test différent, probablement plus ouvert et plus athlétique. Après Bloemfontein, le Maroc possède déjà une base solide : il sait gagner les matches fermés. La prochaine étape consiste à les rendre moins longs à déverrouiller.
La fiche du match
- Résultat : Lesotho 0–2 Maroc
- Buteurs : Brahim Díaz (45e), Azzedine Ounahi (82e)
- Système marocain : 4-2-3-1
- Possession : Lesotho 21 % – Maroc 79 %
- Tirs : Lesotho 6 – Maroc 19
- Tirs cadrés : Lesotho 1 – Maroc 5
- Touches dans la surface adverse : Lesotho 5 – Maroc 39
- Prochain match : Maroc–Ghana, amical, 4 octobre à Tanger
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