Avec la liste des 26 joueurs retenus par Mohamed Ouahbi pour la Coupe du monde 2026, les Lions de l’Atlas entrent dans une phase où le soutien populaire comptera presque autant que la préparation tactique. La FIFA a confirmé la sélection marocaine pour le Mondial 2026, tandis que Reuters a souligné deux marqueurs forts de cette liste : la présence de Nayef Aguerd malgré son retour de blessure et l’absence de Youssef En-Nesyri.
Respecter les choix du sélectionneur : une question de maturité sportive
Chaque Marocain a son onze idéal. C’est normal. Certains auraient préféré un autre défenseur, un autre milieu, un autre attaquant. Certains se demanderont pourquoi Aguerd et pas un autre, pourquoi Issa Diop, pourquoi Chadi Riad ou pas Chadi Riad, pourquoi tel jeune et pas tel autre. C’est le football. Il vit aussi de débats.
Mais à quelques semaines d’une Coupe du monde, il faut savoir distinguer la critique constructive de la pression inutile.
La critique constructive analyse un système, une forme physique, une complémentarité, une stratégie. La pression inutile, elle, répète des slogans, oppose les joueurs entre eux, crée des procès d’intention et installe le doute avant même le premier match.
Or une sélection nationale n’a pas besoin d’un pays qui la fragilise. Elle a besoin d’un peuple qui l’accompagne.
Les réseaux sociaux : un stade sans arbitre
Le danger aujourd’hui ne vient pas seulement des adversaires du Maroc. Il vient aussi de l’environnement numérique. Les réseaux sociaux sont devenus un immense stade sans arbitre, sans filtre et parfois sans mémoire.
Un joueur peut être porté aux anges après une bonne action, puis détruit trois jours plus tard pour une erreur. Un sélectionneur peut être encensé pour une convocation, puis accusé d’incompétence parce qu’il a choisi un autre profil. Ce fonctionnement permanent dans l’excès ne construit rien.
La dernière CAN l’a montré : une vague de critiques mal orientées peut créer une pression émotionnelle lourde autour du groupe. Et dans une grande compétition, cette pression se paie cher. Elle perturbe la sérénité, isole certains joueurs, crispe les familles, nourrit les polémiques et détourne l’attention de l’essentiel : le terrain.
Le conseil est simple : débattons, oui. Démolir, non.
L’héritage de 2022 : une fierté, mais aussi un piège
Depuis l’épopée du Qatar en 2022, tout le monde rêve de revivre la même magie. Le Maroc avait atteint les demi-finales, marquant l’histoire du football africain et arabe. Ce parcours reste une fierté nationale, mais il peut aussi devenir un piège psychologique.
Pourquoi ? Parce que beaucoup voudront comparer chaque match de 2026 à 2022. Chaque nul sera vu comme une déception. Chaque choix du sélectionneur sera comparé à ceux de Walid Regragui. Chaque joueur sera jugé à l’aune de l’exploit passé.
Mais le football ne se répète jamais à l’identique. Le Maroc ne doit pas chercher à rejouer 2022. Il doit écrire 2026 avec ses propres armes, son propre groupe et son propre sélectionneur.
Ouahbi : un sélectionneur de transition, mais pas sans idées
Mohamed Ouahbi arrive avec un profil particulier. Il connaît le football de formation, les jeunes talents, les mécanismes de progression et la nécessité de créer un collectif rapidement. Reuters rappelle qu’il a été nommé en mars après le départ de Walid Regragui et qu’il a disposé de peu de matchs pour installer ses idées avant le Mondial.
Cela signifie une chose : il faut lui laisser l’espace pour travailler. Ouahbi n’a pas seulement choisi des noms. Il a choisi des profils. Et c’est là qu’il faut analyser sa liste.
Le schéma tactique envisagé autour d’un 4-3-3 montre une volonté claire : conserver une base défensive solide, utiliser des latéraux offensifs, densifier le milieu avec des joueurs capables de courir et de jouer, puis miser sur la mobilité devant.
Un 4-3-3 pour garder l’équilibre
Dans le schéma MM News, l’idée est de construire autour d’une base claire :
Bounou dans les buts, pour l’expérience et la stabilité.
Hakimi et Mazraoui dans les couloirs, pour la projection, la technique et la relance.
Aguerd avec Issa Diop ou un autre central selon l’état de forme, pour combiner relance, puissance et duels.
Au milieu, une association possible avec Ounahi, Neil El Aynaoui et Ayyoub Bouaddi donne un profil intéressant : verticalité, volume, jeunesse et capacité à résister à la pression.
Devant, Brahim Diaz, Ezzalzouli et Ismael Saibari offrent davantage de mobilité, de décrochages et de permutations qu’un système centré uniquement sur un avant-centre fixe.
Ce choix peut se défendre techniquement. Il correspond à une idée moderne : ne pas dépendre d’un seul buteur, mais multiplier les zones de danger.
Aguerd, Diop, Bouaddi, Saibari : des choix qui doivent être lus sportivement
Prenons quelques cas qui feront forcément parler.
Nayef Aguerd suscite des questions à cause de sa condition physique. Reuters a bien signalé qu’il avait été retenu malgré une période d’absence. Mais sportivement, on comprend pourquoi un sélectionneur peut vouloir garder un défenseur gaucher, habitué au haut niveau, capable de relancer proprement et de gérer la profondeur. La question n’est donc pas “pourquoi Aguerd ?”, mais “dans quel état et avec quelle gestion ?”
Issa Diop apporte un autre registre : taille, puissance, duels, défense de surface. Dans une Coupe du monde, ce type de profil peut être précieux face à des équipes physiques ou sur coups de pied arrêtés.
Ayyoub Bouaddi représente un pari de talent. Sa jeunesse peut inquiéter, mais elle peut aussi apporter fraîcheur, audace et qualité technique. Une grande compétition révèle parfois les joueurs qui n’ont pas encore été enfermés dans la peur.
Ismael Saibari, utilisé dans un rôle offensif, peut donner une attaque plus mobile. Il peut décrocher, combiner, attaquer la surface et participer au pressing. Ce n’est pas le même profil qu’un pur numéro 9, mais c’est justement peut-être l’idée : créer du mouvement.
Le peuple marocain doit être le douzième homme, pas le premier facteur de pression
La force du Maroc en 2022 n’était pas seulement tactique. Elle était émotionnelle. Le public marocain, au pays comme dans le monde, avait porté l’équipe. Les joueurs sentaient une énergie collective, une fierté, une confiance.
C’est cette énergie qu’il faut retrouver.
Être derrière l’équipe nationale ne veut pas dire tout accepter sans réfléchir. Cela veut dire choisir le bon moment, le bon ton et la bonne intention. Avant le Mondial, l’objectif n’est pas de créer des clans autour de tel ou tel joueur. L’objectif est de pousser le groupe vers la meilleure version de lui-même.
Un joueur qui porte le maillot national doit sentir que le peuple est exigeant, oui, mais juste. Fier, mais pas destructeur. Passionné, mais pas toxique.
Les adversaires du Maroc n’attendent que ça : la division
Le Maroc arrive au Mondial avec un statut différent. Après 2022, les Lions ne sont plus une surprise. Ils seront observés, étudiés, attendus. Les adversaires savent que le Maroc possède une équipe dangereuse, un public puissant et une identité forte.
Et certains n’auront aucun intérêt à voir les Lions arriver unis.
La pression médiatique, les polémiques numériques, les débats artificiels, les comparaisons permanentes : tout cela peut devenir une arme contre l’équipe si nous l’alimentons nous-mêmes.
Le Maroc doit donc protéger son groupe. Protéger ne veut pas dire cacher les problèmes. Cela veut dire éviter de transformer chaque choix en crise nationale.
Le bon débat : tactique, pas émotionnel
Le débat utile doit porter sur des questions sportives sérieuses :
Comment équilibrer les montées de Hakimi et Mazraoui ?
Qui couvre les couloirs quand les latéraux montent ?
Quel milieu pour résister au pressing adverse ?
Comment compenser l’absence d’un avant-centre fixe si le Maroc joue sans vrai numéro 9 ?
Comment utiliser Brahim Diaz entre les lignes ?
Quand faire entrer un profil de vitesse ?
Comment gérer Aguerd physiquement ?
Voilà des débats qui élèvent le niveau. Voilà des questions qui montrent une vraie culture football.
En revanche, les débats du type “pourquoi lui et pas lui ?” répétés sans analyse, sans données et sans vision collective ne font qu’abîmer l’atmosphère.
l’unité n’est pas un slogan, c’est une stratégie
La liste de Mohamed Ouahbi peut être discutée. Elle le sera, et c’est normal. Mais une fois la sélection annoncée, le Maroc doit entrer dans une autre phase : celle du soutien intelligent.
Le sélectionneur prendra ses responsabilités. Les joueurs prendront les leurs. Le public doit aussi prendre les siennes.
Le Maroc a une équipe capable de rivaliser, une base expérimentée, des talents jeunes, des profils techniques et un héritage récent qui impose le respect. Mais pour transformer ce potentiel en performance, il faudra un environnement sain.
Pas une bulle de critiques permanentes.
Pas une campagne de doutes avant le premier match.
Pas une guerre de noms sur les réseaux sociaux.
Les Lions de l’Atlas auront assez d’adversaires sur le terrain. Ils n’ont pas besoin d’en trouver dans leur propre camp.
À l’approche du Mondial 2026, le message doit être simple : respecter les choix, soutenir le maillot, débattre avec intelligence et protéger l’équipe nationale. Parce qu’une Coupe du monde ne se joue pas seulement avec onze joueurs. Elle se joue aussi avec un peuple capable de pousser dans la même direction.
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