Tarfaya, début novembre 1975. Les volontaires ont rejoint le Sud. Entre cette ville de la côte atlantique et la localité de Tah, des campements accueillent les participants arrivés en autocars et en camions. L’encadrement et l’assistance sanitaire accompagnent cette concentration humaine exceptionnelle. Avant de devenir une image historique, la Marche Verte est une organisation : transporter, héberger, nourrir et soigner. Les récits recueillis auprès d’anciens participants rappellent cette dimension matérielle, souvent effacée derrière le symbole.
Le départ approche. Dans les jours précédents, les inscriptions, les déplacements et les préparatifs ont donné une traduction concrète à une décision annoncée moins d’un mois auparavant.
16 octobre : l’appel qui met le pays en mouvement
Le 16 octobre 1975, Feu Sa Majesté le Roi Hassan II annonce l’organisation de la Marche Verte. L’objectif marocain est de mobiliser des civils pour soutenir la revendication du Royaume sur le territoire alors administré par l’Espagne. Le projet place une participation populaire massive au centre d’une initiative politique et diplomatique.
L’annonce intervient le jour de l’avis consultatif de la Cour internationale de Justice. Celle-ci reconnaît des liens juridiques d’allégeance entre le Sultan du Maroc et certaines tribus du territoire. Elle n’établit toutefois pas de lien de souveraineté territoriale et maintient l’application du principe d’autodétermination. Cette distinction est indispensable pour restituer fidèlement le document juridique auquel se réfèrent les événements.
Pour le Maroc, la reconnaissance des liens d’allégeance constitue un argument historique majeur. La mobilisation donne à cette lecture une expression collective.
350 000 volontaires, dont 35 000 femmes
Le chiffre retenu par les sources officielles marocaines est de 350 000 volontaires, parmi lesquels 35 000 femmes. Leur présence appartient pleinement au récit de la Marche Verte : elle rappelle que cette mobilisation ne se réduit pas à une histoire masculine.
Pour les générations suivantes, le nombre peut paraître abstrait. Il renvoie pourtant à une multitude de départs, de familles et de parcours. C’est aussi ce qui fait la force de cette mémoire : un événement décidé au sommet de l’État devient une expérience vécue par des citoyens.
6 novembre : le franchissement
Le 6 novembre 1975, les premiers groupes franchissent la ligne séparant le Maroc du territoire sous administration espagnole, près de Tah. Les comptes rendus contemporains rapportent la présence à la tête de la marche du Premier ministre Ahmed Osman.
Drapeaux marocains et exemplaires du Coran accompagnent cette mobilisation civile voulue pacifique. Dans le récit national, la marche incarne la rencontre entre l’initiative de Feu Sa Majesté le Roi Hassan II et l’engagement populaire pour l’intégrité territoriale du Royaume.
L’événement ne se déroule cependant pas hors du monde diplomatique. Les négociations et les échanges internationaux accompagnent les déplacements des volontaires. La marche est un moment décisif d’une séquence plus longue.
9 novembre : le retour, puis Madrid
Le 9 novembre, Feu Sa Majesté le Roi Hassan II annonce que la marche a atteint son objectif et demande aux participants de revenir. Le retour fait donc partie intégrante de l’opération ; il ne faut pas imaginer les volontaires poursuivant indéfiniment leur avancée.
Le 14 novembre 1975, l’Espagne, le Maroc et la Mauritanie signent à Madrid une déclaration prévoyant une administration temporaire et la fin de la présence espagnole au plus tard le 28 février 1976. Ce texte organise une transition administrative ; il ne suffit pas à présenter le différend international comme définitivement réglé.
Une mémoire à transmettre avec ses faits
Pour les enfants de la diaspora, la Marche Verte peut d’abord être une date, une chanson ou une photographie familiale. La raconter consiste à redonner un ordre aux événements : l’appel, les préparatifs, le départ, le retour et la négociation.
La transmission gagne à s’appuyer sur des traces précises : une carte de participant, une photographie datée, une lettre, un souvenir enregistré en indiquant qui parle et ce qu’il a personnellement vécu. Ces documents permettent de relier l’histoire nationale aux trajectoires familiales, sans transformer le souvenir en scène inventée.
Cinquante et un ans après, la force du récit tient toujours à cette rencontre entre une décision politique et une mobilisation humaine. À Tarfaya et à Tah, l’histoire prend la forme de lieux. Dans les familles, elle conserve des visages.
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