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Tbourida : dans le galop des chevaux, la mémoire du Maroc

Une ligne de cavaliers, des selles brodées, des étoffes qui accompagnent le mouvement. Puis la détonation, attendue comme une signature collective. Derrière le spectacle de la tbourida se découvre un monde : celui des chevaux, des territoires et des artisans qui donnent à cet héritage du Royaume sa profondeur et son éclat.

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Tbourida : dans le galop des chevaux, la mémoire du Maroc

Tout se joue dans quelques secondes. Les chevaux prennent leur élan, les cavaliers maintiennent leur ligne et les longues silhouettes des fusils accompagnent la course. Le mouvement doit rester commun. Puis vient la salve : plusieurs tirs que la maîtrise cherche à réunir en un seul son.

Le visiteur retient souvent cet instant. Pour comprendre la tbourida, il faut pourtant regarder ce qui le précède : une main qui vérifie le harnachement, l’ajustement d’une étoffe, l’attention portée au cheval, les regards échangés avant le départ. Le spectacle commence bien avant le galop.

Connue à l’international sous le nom de « fantasia », la tbourida appartient au patrimoine équestre vivant du Maroc. Son inscription, en 2021, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO reconnaît une pratique dont la richesse tient autant aux gestes transmis qu’à la représentation publique.

Une mémoire guerrière devenue art de la fête

Le nom de tbourida vient du baroud, la poudre. L’exercice conserve la mémoire d’une cavalerie capable de se déplacer ensemble, de manier ses armes et de coordonner son action. Cette origine se lit encore dans la discipline de la troupe et dans l’autorité de son chef.

Il serait cependant réducteur d’y voir une simple reconstitution militaire. Au fil de sa transmission, la pratique a trouvé sa place dans les moussems, les célébrations nationales, les fêtes agricoles et familiales. Elle raconte aussi l’appartenance à un territoire et la fierté de le représenter.

Le mot harka, que l’on rencontre dans cet univers, ouvre une autre porte sur l’histoire. Il renvoie notamment au mouvement et à l’expédition militaire dans les usages historiques marocains. Il peut rejoindre le vocabulaire de la cavalcade selon les contextes, sans constituer partout un synonyme exact de la tbourida contemporaine.

Fichier:Tbourida moroccan sahara.jpg — Wikipédia

Cette profondeur historique invite à éviter les origines trop simples. Le spectacle actuel résulte d’une transmission et de transformations successives. Il garde une mémoire du Royaume sans être la reproduction immobile d’une époque.

La sorba, ou l’élégance de faire ensemble

Une troupe porte le nom de sorba. Le moqaddem, son chef, conduit l’ensemble et donne ses repères au mouvement collectif.

La présentation comprend un salut, appelé hadda ou tahia, puis une phase de galop conduisant à la talqa, la salve finale. Pour le spectateur, l’enjeu devient plus lisible dès qu’il observe la ligne : la qualité du départ, la cohésion des cavaliers et la coordination comptent autant que l’effet sonore.

Les usages diffèrent selon les régions et les écoles. Cette diversité fait partie de l’intérêt du voyage. Une tenue, une manière d’évoluer ou un détail de harnachement peuvent distinguer une troupe d’une autre.

Il faut donc laisser le regard s’attarder. La tbourida gagne à être découverte sur plusieurs passages, plutôt qu’à travers la seule photographie de la détonation.

Le cheval, partenaire de la représentation

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Les chevaux barbes et arabes-barbes occupent une place centrale dans la discipline. Leur présence donne au spectacle sa force visuelle, mais aussi son rythme et ses exigences.

Le cavalier doit composer avec un être vivant : son équilibre, ses réactions, son apprentissage. L’harmonie recherchée suppose du travail, des soins et une connaissance patiente de la monture.

Autour de la piste se tient ainsi une filière moins visible : éleveurs, personnes chargées des soins quotidiens, maréchaux-ferrants et vétérinaires. Sans ce travail régulier, aucune parure ne suffirait à produire une belle prestation.

Pour le voyageur, regarder le cheval avant d’admirer ses ornements permet de retrouver le centre du spectacle : la relation construite avec le cavalier.

Le serj, une œuvre à plusieurs mains

Traditions. Le temps de fabrication d'une selle destinée à la tbourida peut  prendre jusqu'à 1 an et demi et de nombreux artisans interviennent sur  chacune des étapes.

Le serj, la selle traditionnelle, mérite à lui seul que l’on quitte un moment la piste pour s’intéresser aux ateliers.

Bois, cuir, tissus, broderies et fils décoratifs se rencontrent dans une pièce qui doit habiller le cheval tout en répondant à un usage. La beauté dépend du dessin, du choix des matières et de la précision des finitions. Elle dépend aussi d’un assemblage dont chaque élément trouve sa place.

Dans un témoignage recueilli par la MAP au Salon du Cheval d’El Jadida en 2023, le maître sellier Hicham Sekkat décrivait une fabrication faisant intervenir de nombreuses pièces et spécialités. Son propos rappelle une réalité essentielle : derrière le nom du sellier se trouve un travail collectif.

Le serj rend visibles le cuir préparé et cousu, le textile travaillé, les motifs brodés et les éléments métalliques façonnés. Une selle richement ornée se regarde comme une composition, puis se comprend comme une chaîne de métiers.

La mokahla, le métal et le bois au service du geste

Fantasia

La mokahla, parfois transcrite moukahla ou mkohla, est le long fusil traditionnel associé à la tbourida. Sa silhouette participe à l’identité de l’ensemble autant que la tenue ou la selle.

Dans ses formes d’apparat, elle fait dialoguer le bois et le métal, les lignes de la crosse et les ornements. Les armuriers et les graveurs contribuent à cet objet dont la fonction dans la représentation reste liée à un maniement maîtrisé.

Pour le visiteur, l’intérêt ne se limite donc pas au tir. La mokahla se découvre aussi dans le détail : le dessin, la finition et la place qu’elle prend dans l’allure du cavalier.

Elle rappelle que la tbourida mobilise des savoir-faire techniques et artistiques. L’objet doit être compris dans ce contexte, avec les exigences de sécurité propres à la discipline.

Habiller le cavalier, représenter un territoire

La tenue prolonge la composition du cheval. Djellaba, selham, turban, pantalon traditionnel et chaussures de cuir peuvent entrer dans l’habillement, avec des variations selon les usages.

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Le tombé d’une étoffe compte autant que son éclat. Le vêtement doit accompagner la posture et le mouvement. Le turban dessine la silhouette ; la cape lui donne de l’ampleur ; les finitions rapprochent les cavaliers en une même présence visuelle.

Derrière cette apparente unité travaillent des tailleurs, des tisserands, des brodeurs et des artisans du cuir. Les étoffes et les accessoires racontent une autre part de la tbourida : celle que l’on peut approcher à hauteur de main, dans un atelier ou un espace consacré à l’artisanat.

Le spectacle réunit ces métiers sans toujours les nommer. Les découvrir change la manière de le regarder.

Un voyage à prolonger au-delà de la piste

Le Trophée Hassan II à Rabat, les concours organisés dans les régions et le Salon du Cheval d’El Jadida offrent différentes portes d’entrée dans cet univers. Pour préparer une visite, les programmes officiels permettent de vérifier les dates, les conditions d’accès et les démonstrations prévues.

Le plus beau parcours pourrait associer une représentation à une rencontre avec les métiers qui la rendent possible : observer une selle de près, comprendre une broderie, découvrir les pièces d’un harnachement et poser des questions sur leur fabrication.

Pour les Marocains du monde, cette découverte peut aussi devenir un voyage de transmission avec les enfants. Quelques mots suffisent à ouvrir la curiosité : sorba, moqaddem, serj, mokahla. Chacun désigne un rôle, un objet ou une relation que le spectacle permet ensuite de reconnaître.

Lorsque la fumée se dissipe, les chevaux ralentissent et la ligne se défait. Les étoffes retrouvent leur poids, les gestes leur calme. Il reste alors bien davantage qu’une détonation : le travail de celles et ceux qui ont préparé, cousu, façonné, élevé et transmis. C’est ce Maroc-là que la tbourida donne aussi à rencontrer.

 

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