La moyenne atteint 26,7 %. Ce chiffre ne mesure ni la valeur générale de ces partis ni leurs candidats. Il pose une question plus étroite : un MRE peut-il identifier dans les documents publics un droit, un mécanisme, une administration responsable, un financement et une échéance ? La documentation reste faible. L’absence de preuve accessible ne signifie pas l’absence de réflexion interne ; en campagne, toutefois, une proposition invisible ne peut être comparée, débattue ou contrôlée.
Le PUD, seul à construire un début de politique MRE
Avec 39 %, le PUD se distingue nettement du groupe. Son site officiel inclut les Marocains établis à l’étranger parmi les publics du parti, affirme la défense de leurs intérêts et le maintien des liens politiques, sociaux et culturels entre les générations. Il annonce aussi la simplification des procédures d’investissement et la recherche de nouvelles formes de participation politique. S’y ajoute une commission interne consacrée aux MRE, qui peut devenir un lieu durable de consultation et de production programmatique.
Ces éléments justifient la première place, mais pas une note majoritaire. « Nouvelles formes de participation » ne dit pas encore s’il s’agit de bureaux consulaires, de vote électronique, de procuration réformée ou de circonscriptions à l’étranger. La simplification de l’investissement n’est accompagnée ni de délais, ni d’un guichet désigné, ni d’une voie de recours. Le PUD a construit une architecture ; il doit désormais y installer des mécanismes.
PCI et UMD : la citoyenneté évoquée par des chemins indirects
Le Parti de la Choura et de l’Istiqlal obtient 28 %. Son mémorandum électoral défend le renouvellement de la représentation, notamment par la limitation du mandat parlementaire à deux législatures. Cette proposition peut faciliter l’arrivée de nouveaux profils, y compris issus de la diaspora. Mais le lien avec les MRE n’est pas explicité. Aucun dispositif public consulté ne définit leur vote, leur candidature depuis l’étranger ou une représentation spécifique. Le PCI marque donc des points pour son ambition institutionnelle, tout en laissant entière la question de savoir si le renouvellement inclura effectivement les citoyens établis hors du Royaume.
L’UMD atteint 27 %. Le parti insiste sur la démocratie de proximité, le renouvellement de la participation et la préparation de candidatures. Cette culture participative pourrait inclure les Marocains du monde ; elle ne devient pas encore une politique transnationale et ne précise pas comment un citoyen vivant à des milliers de kilomètres accédera au service, au vote ou au recours annoncé.
Le problème n’est pas l’absence d’un volumineux livre-programme. Une fiche de deux pages suffirait si elle définissait le vote, la réforme consulaire, la protection économique, les droits sociaux, l’autorité responsable et l’échéance.
PDN et Parti de l’action : l’un publie, l’autre reste presque introuvable
Le PDN, noté 26 %, publie un programme 2026-2030 structuré autour de l’économie productive, des PME, de la numérisation administrative, de la santé, de la formation et de l’emploi. La simplification de l’investissement et les services numériques peuvent bénéficier aux MRE, mais le document ne les nomme pas et ne traite ni vote à l’étranger, ni portabilité sociale, ni retour. La note reconnaît donc une capacité programmatique réelle sans transformer une mesure nationale en engagement diasporique.
Le Parti de l’action obtient 21 %. Sa participation est confirmée par 32 listes locales et neuf listes régionales, mais MMNEWS n’a pas identifié, au 13 septembre, de programme 2026 publiquement accessible détaillant les neuf enjeux MRE. Cette note, la plus basse, signale un problème de transparence documentaire : faute de texte vérifiable, les orientations historiques du parti ne peuvent servir de promesses pour la prochaine législature.
Al Amal, Annahda et le PCS : le social national ne suffit pas au transnational
Al Amal, Annahda et le Parti du centre social obtiennent chacun 25 %. Al Amal porte un message national lisible autour de la gratuité de la santé et de l’éducation, de la responsabilité de l’État et de la réduction des inégalités sociales et territoriales. Ces objectifs concernent potentiellement les familles qui envisagent un retour. Mais ils ne répondent pas aux contraintes propres à une vie partagée entre plusieurs systèmes juridiques : totalisation des périodes de cotisation, assurance maladie lors d’un retour, scolarisation d’enfants formés dans une autre langue ou reconnaissance des qualifications acquises à l’étranger.
Annahda insiste sur la cohésion sociale, l’attachement au pays et la proximité. Ce registre peut parler aux familles de la diaspora, particulièrement aux nouvelles générations. Pourtant, les documents publics identifiés ne transforment pas ce lien symbolique en offre sur l’arabe, l’amazigh, les programmes culturels numériques, la mobilité des jeunes ou l’appui aux associations à l’étranger. Le parti obtient quelques points pour cette orientation culturelle et sociale, mais ne propose pas encore un contrat vérifiable avec les MRE.
Le PCS dispose, pour sa part, d’un cadre programmatique issu de son septième congrès, organisé autour de sept axes nationaux et d’un positionnement de modération sociale. L’existence d’un socle est un avantage. Toutefois, aucune déclinaison publique suffisamment détaillée n’a été retrouvée sur la diaspora. Une politique de santé ou d’emploi peut bénéficier à un MRE revenu au Maroc ; elle ne devient une mesure MRE que lorsqu’elle prend en compte la mobilité, les droits acquis à l’étranger et l’accès à distance.
Le PSD reste en retrait, surtout faute de documentation
À 24 %, le Parti de la société démocratique reste dans le bas du classement. Son discours d’inclusion, de participation citoyenne et de proximité est compatible avec l’égalité civique demandée par les Marocains du monde. Les contenus accessibles concernent néanmoins davantage l’organisation des candidatures et la présence territoriale que les besoins des citoyens à l’étranger. Rien ne permet d’attribuer au PSD une réforme consulaire, un véhicule d’investissement, un dispositif de retour ou une protection sociale internationale suffisamment identifiables.
Cette note doit être lue correctement. Elle ne conclut pas que le PSD serait « hostile » aux MRE. Elle constate que son offre publique ne permet pas au lecteur de savoir ce qui changerait concrètement pendant la prochaine législature. La même prudence vaut pour toutes les formations de ce groupe : MMNEWS évalue la matière disponible, pas les intentions supposées.
La participation politique domine ; l’épargne et le retour disparaissent
L’agrégation des neuf critères révèle une hiérarchie instructive. La participation politique est le thème le mieux couvert, avec 59 points sur 135, soit 44 %. La représentation parlementaire atteint 36 %. Ces résultats restent modestes, mais montrent que le vocabulaire de la citoyenneté et du renouvellement est entré dans les discours.
Viennent ensuite les nouvelles générations et la mobilisation des compétences, à 29 %, la protection sociale à 26 % et l’investissement à 25 %. Les services consulaires plafonnent à 22 %, le retour à 16 % et l’épargne ou les transferts à 9 %. Les partis parlent plus facilement de participation en principe que des outils quotidiens : rendez-vous consulaire, pension entre deux pays, recours d’un investisseur ou parcours de retour.
La diaspora n’est pas homogène. Les attentes d’une retraitée en France, d’un entrepreneur en Côte d’Ivoire, d’une chercheuse au Canada, d’un saisonnier en Espagne ou d’un jeune né aux Pays-Bas ne se résument ni aux transferts ni au retour définitif. Une politique crédible doit combiner citoyenneté, services, mobilité sociale, sécurité économique et transmission.
Ce que ces neuf partis peuvent encore changer pendant la campagne
Il n’est pas trop tard pour publier un addendum communément lisible. Cinq engagements suffiraient à rendre chaque offre comparable : définir le mode de participation politique des MRE ; annoncer une norme de qualité consulaire avec des délais mesurables ; créer une chaîne sécurisée pour l’investissement et les recours ; identifier les conventions prioritaires sur les retraites et la santé ; organiser la contribution des compétences et le retour sans exiger une réinstallation définitive.
Chaque engagement devrait comporter une autorité responsable, un calendrier et un indicateur public. Le financement peut rester proportionné à la taille du parti et à son projet ; la précision, elle, ne coûte rien. Pour les petites formations, un chapitre diaspora bien construit peut même constituer un terrain de différenciation face aux grands partis.
Verdict MMNEWS : une représentation électorale sans contrat diasporique complet
Ces neuf partis participent à la pluralité politique marocaine, mais leur contrat avec les MRE demeure fragmentaire. Le PUD fournit le point de départ le plus identifiable. Le PCI et l’UMD ouvrent des portes institutionnelles sans les relier suffisamment aux citoyens de l’étranger. Le PDN construit une offre nationale sans déclinaison MRE. Al Amal, Annahda, le PCS et le PSD proposent des valeurs sociales ou participatives qui ne franchissent pas encore la frontière administrative ; le PA n’expose pas assez sa matière programmatique.
La moyenne de 26,7 % est moins un verdict définitif qu’un avertissement démocratique. Les MRE demandent surtout de savoir où voter, comment être représentés, à qui s’adresser, comment protéger leurs droits et selon quel calendrier juger les résultats. Tant que ces réponses ne sont pas publiées, la diaspora reste présente dans le récit national, mais périphérique dans la mécanique des programmes.
Classement des neuf formations
| Rang | Parti | Note MRE | Lecture MMNEWS |
|---|---|---|---|
| 1 | Parti de l’unité et de la démocratie (PUD) | 39 % | Les MRE sont nommés ; participation, investissement et structure interne restent à opérationnaliser |
| 2 | Parti de la Choura et de l’Istiqlal (PCI) | 28 % | Réforme de la représentation, sans mécanisme MRE explicite |
| 3 | Union marocaine pour la démocratie (UMD) | 27 % | Participation et proximité, mais aucune chaîne transnationale publiée |
| 4 | Parti démocrate national (PDN) | 26 % | Programme national structuré, mais aucun chapitre MRE identifiable |
| 5 | Parti Al Amal | 25 % | Priorité sociale nationale, sans portabilité internationale détaillée |
| 5 | Parti Annahda | 25 % | Lien culturel invoqué, outils pour les nouvelles générations absents |
| 5 | Parti du centre social (PCS) | 25 % | Cadre national existant, déclinaison diaspora insuffisante |
| 8 | Parti de la société démocratique (PSD) | 24 % | Inclusion affirmée, mais presque aucun mécanisme MRE identifiable |
| 9 | Parti de l’action (PA) | 21 % | Participation confirmée, programme MRE publiquement introuvable |
| Moyenne | 26,7 % | Offre collective encore principalement déclarative |
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