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Rashid Novaire, l’écrivain qui transforme l’héritage marocain en littérature universelle

Il y a des écrivains qui racontent une histoire. Et il y en a d’autres qui ouvrent une porte. Rashid Novaire appartient à cette deuxième catégorie. Avec son dernier roman Achtentwintig letters, que l’on peut traduire par Vingt-huit lettres, l’auteur maroco-néerlandais invite le lecteur à entrer dans un territoire rare : celui de la mémoire familiale, des origines marocaines, de la langue oubliée, de l’identité blessée et de la reconstruction intérieure.

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Rashid Novaire, l’écrivain qui transforme l’héritage marocain en littérature universelle
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Né à Amsterdam en 1979, Rashid Novaire est l’une des voix importantes de la littérature néerlandaise issue de la diaspora marocaine. Son parcours est celui d’un écrivain profondément européen, mais traversé par le Maroc, par l’histoire familiale, par les silences de l’exil et par les questions que se posent beaucoup d’enfants de l’immigration : d’où venons-nous vraiment ? Que savons-nous de nos pères ? Quelle part de notre histoire nous a été transmise, et quelle part devons-nous retrouver seuls ?

C’est précisément cette quête qui donne à son œuvre une force particulière.

Un écrivain de la diaspora, mais pas un écrivain “enfermé” dans la diaspora

Présenter Rashid Novaire uniquement comme un écrivain d’origine marocaine serait trop court. Il est cela, bien sûr. Mais il est aussi un romancier du trouble, de la mémoire, des filiations, des fractures intimes et des identités multiples.

Son écriture ne cherche pas à expliquer la diaspora de manière simple. Elle la rend vivante, complexe, parfois douloureuse, souvent lumineuse. Chez lui, l’origine n’est pas un slogan. C’est une énigme. Une matière littéraire. Un chemin.

C’est ce qui rend son travail important pour les Marocains du monde, notamment ceux des Pays-Bas, mais aussi pour tous les lecteurs qui vivent entre plusieurs langues, plusieurs cultures et plusieurs appartenances. Novaire ne parle pas seulement à ceux qui connaissent le Maroc. Il parle à tous ceux qui ont un jour senti que leur histoire familiale contenait des zones d’ombre.

Achtentwintig letters : un titre simple, une symbolique profonde

Le titre du roman, Achtentwintig letters, signifie Vingt-huit lettres. Ces vingt-huit lettres sont celles de l’alphabet arabe. Mais dans le livre, elles ne sont pas seulement des signes d’écriture. Elles sont une clé. Une trace. Un fil perdu.

Pour un enfant de la diaspora, la langue peut être un héritage fragile. On l’entend à la maison, dans les appels avec la famille, dans les prières, dans les mots des parents, parfois pendant les vacances au Maroc. Puis, avec le temps, elle peut s’éloigner. On garde les sons, mais on perd les lettres. On garde l’émotion, mais on ne maîtrise plus toujours les mots.

C’est là que le roman touche juste. Les vingt-huit lettres deviennent le symbole de ce que l’on reçoit sans toujours pouvoir le lire. Elles représentent une mémoire que le personnage cherche à retrouver, non pas comme un devoir, mais comme une nécessité intérieure.

Un roman qui commence par une question d’enfant

Au cœur du roman se trouve Jibril van der Woude. Son histoire commence avec une question apparemment simple : pourquoi les anges sont-ils toujours représentés comme blancs ?

Cette question ouvre une faille. Elle conduit Jibril vers son père marocain, Marouan Mbarek, vers la couleur de peau, vers les origines, vers une histoire familiale plus vaste que ce qu’il imaginait. Lorsqu’un père appelle son enfant son “petit ange noir”, ce n’est plus seulement une expression affectueuse. Cela devient une porte vers une mémoire enfouie.

À partir de là, le roman déploie une quête intime. Après une hospitalisation liée à une psychose, Jibril apprend que son père a disparu au Maroc. Il décide alors de partir à sa recherche. Mais comme dans les grands romans de filiation, chercher le père revient aussi à se chercher soi-même.

Le Maroc comme lieu de retour, mais aussi de révélation

Le voyage de Jibril vers le Maroc n’est pas un simple déplacement géographique. Ce n’est pas le retour touristique d’un enfant de la diaspora au “bled”. C’est une traversée intérieure.

Le Maroc du roman est à la fois réel et symbolique. Il est celui des origines paternelles, du Rif, des traces familiales, des silences, mais aussi d’une histoire plus profonde reliant le Maghreb à l’Afrique subsaharienne. Le livre aborde ainsi des questions rarement traitées dans les récits autour de la diaspora marocaine : la mémoire noire au Maroc, l’histoire de la servitude, les routes anciennes, les hiérarchies de couleur, les héritages que les familles ne racontent pas toujours.

C’est ce qui donne au roman une dimension plus large. Achtentwintig letters n’est pas seulement l’histoire d’un homme qui cherche son père. C’est aussi un livre sur ce que les sociétés choisissent de transmettre, et sur ce qu’elles préfèrent oublier.

Pourquoi ce roman donne envie d’être lu

Ce qui attire dans ce livre, c’est d’abord sa promesse romanesque : une disparition, un voyage, un père absent, un fils en quête, une mémoire à reconstruire. Le roman possède les éléments d’une enquête intime. On veut savoir où est le père. On veut comprendre ce qu’il cache. On veut accompagner Jibril dans cette recherche.

Mais le livre va plus loin qu’un simple récit de disparition. Il touche à des questions que beaucoup de lecteurs reconnaîtront : la place du père, le poids du silence, la difficulté d’habiter plusieurs identités, la fragilité mentale, la langue que l’on perd, le pays que l’on croit connaître mais qui garde encore des secrets.

C’est un roman à lire lentement, comme on ouvre une vieille boîte de lettres familiales. Chaque page semble demander : qu’est-ce que tu sais vraiment de ton histoire ?

Un auteur qui construit une œuvre exigeante

Avant Achtentwintig letters, Rashid Novaire avait déjà publié plusieurs ouvrages remarqués. Son premier recueil de nouvelles, Reigers in Cairo, paraît en 1999. Il publie ensuite Maïsroest en 2004, roman qui lui vaut une nomination au Libris Literatuur Prijs, l’un des prix littéraires importants du monde néerlandophone.

Suivent notamment Het lied van de rog, Afkomst, Zeg maar dat we niet thuis zijn et De vooravond. À travers ces livres, Novaire développe un univers marqué par la question de l’origine, de la filiation, de la mémoire et des identités traversées par l’histoire.

Il écrit aussi pour le théâtre, les podcasts et d’autres formes narratives. Cette diversité montre un auteur qui ne se contente pas du roman classique, mais qui explore plusieurs manières de raconter. Son écriture est attentive aux voix, aux silences, aux ruptures et aux zones intérieures.

Un écrivain MRE à lire autrement

Pour un média comme MM News, Rashid Novaire mérite une attention particulière parce qu’il rappelle une évidence trop souvent oubliée : la diaspora marocaine n’est pas seulement économique, politique ou sportive. Elle est aussi littéraire, artistique et intellectuelle.

Les Marocains des Pays-Bas, de Belgique, de France, d’Espagne ou d’ailleurs ne portent pas seulement une histoire de migration. Ils produisent aussi des œuvres, des idées, des récits et des regards nouveaux sur le Maroc et sur l’Europe.

Novaire fait partie de ces auteurs qui écrivent depuis l’entre-deux, mais sans jamais réduire cet entre-deux à une plainte. Il en fait une matière de création. Il transforme la complexité en littérature.

Une invitation à lire Vingt-huit lettres

Lire Achtentwintig letters, c’est accepter de suivre un personnage dans une quête fragile et profonde. C’est entrer dans un roman où le Maroc n’est pas un décor, mais une mémoire. Où la langue arabe n’est pas seulement une langue, mais une trace affective. Où le père absent devient le symbole d’une histoire plus grande que la famille.

C’est aussi un roman qui peut parler fortement aux jeunes Marocains du monde. À ceux qui ont grandi avec plusieurs langues. À ceux qui comprennent certains mots sans toujours savoir les écrire. À ceux qui aiment le Maroc sans toujours connaître toute son histoire. À ceux qui se demandent ce qu’ils ont hérité, et ce qu’ils doivent reconstruire eux-mêmes.

Avec Achtentwintig letters, Rashid Novaire propose plus qu’un roman autobiographique. Il offre une traversée de la mémoire, un face-à-face avec l’origine et une méditation sur ce que signifie appartenir à plusieurs mondes.

Dans une époque où les identités sont souvent réduites à des étiquettes rapides, ce livre rappelle une chose essentielle : une identité ne se résume pas. Elle se lit. Elle se cherche. Elle se reconstruit, parfois, lettre après lettre.

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