Placée sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, cette rencontre a réuni responsables gouvernementaux, représentants institutionnels, acteurs économiques, banques, patronat et membres de la diaspora autour d’un même objectif : mieux organiser la contribution des Marocains du Monde à l’investissement productif au Maroc.
Une nouvelle place pour les Marocains du Monde
Dans son intervention, le Chef du gouvernement, Aziz Akhannouch, a mis en avant le poids économique et social des Marocains du Monde. Leur contribution reste considérable, notamment à travers les transferts d’argent vers le Maroc, qui ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025.
Mais le message principal du forum va au-delà de ce chiffre. Le Maroc souhaite désormais encourager une partie de cette épargne à aller vers des projets productifs : entreprises, unités industrielles, services, tourisme, agriculture, innovation, technologies ou encore énergies renouvelables.
L’idée est simple : transformer le lien fort qui unit les Marocains du Monde à leur pays en projets concrets, créateurs d’emplois et de valeur ajoutée.
Faire du Maroc une destination naturelle pour les investisseurs MRE
Aziz Akhannouch a également insisté sur l’ambition du gouvernement de faire du Maroc une destination privilégiée pour les investissements de la diaspora. Pour y parvenir, plusieurs réformes ont été mises en avant, notamment la nouvelle Charte de l’investissement, l’amélioration du climat des affaires, la simplification des procédures administratives et la digitalisation de certains services liés à la création d’entreprise.
Ces mesures répondent à une attente ancienne des Marocains du Monde. Beaucoup souhaitent investir au Maroc, mais se heurtent encore à des difficultés pratiques : manque d’information, complexité des démarches, peur de ne pas être accompagnés, ou absence d’interlocuteurs clairement identifiés.
Le défi est donc de rendre le parcours de l’investisseur MRE plus clair, plus rapide et plus rassurant.
Karim Zidane : accompagner les projets, pas seulement les encourager
Le ministre délégué chargé de l’Investissement, Karim Zidane, a défendu une approche plus opérationnelle. Selon lui, il ne suffit pas d’appeler les Marocains du Monde à investir. Il faut leur proposer un accompagnement concret, depuis l’idée du projet jusqu’à sa réalisation.
Dans cette logique, un “MDM Desk” a été mis en place au sein de l’AMDIE. Ce dispositif doit servir de point d’orientation pour les investisseurs marocains établis à l’étranger. L’objectif est de leur fournir une information fiable, de les guider dans leurs démarches et de les aider à identifier les opportunités adaptées à leurs profils.
Des points focaux dédiés aux Marocains du Monde ont également été prévus dans les Centres régionaux d’investissement. Cette dimension régionale est importante, car de nombreux MRE souhaitent investir dans leur ville ou région d’origine.
Pour Karim Zidane, la diaspora peut devenir un levier important pour réduire les écarts entre les territoires. Un projet porté par un Marocain du Monde peut créer de l’emploi dans une petite ville, moderniser une activité locale ou ouvrir une région à de nouveaux marchés.
Driss El Yazami : la confiance reste le vrai sujet
Le président du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger, Driss El Yazami, a apporté une lecture plus analytique. Selon lui, le faible niveau d’investissement productif des Marocains du Monde ne s’explique pas par un manque d’intérêt pour le Maroc.
Au contraire, l’envie existe. Les moyens existent aussi. Ce qui manque souvent, c’est la confiance, la clarté et des outils adaptés.
Beaucoup de Marocains du Monde hésitent à investir parce qu’ils ne savent pas toujours à qui s’adresser, comment sécuriser leur projet ou quels dispositifs utiliser. Résultat : une grande partie de leur épargne reste orientée vers l’immobilier, la consommation ou le soutien familial, plutôt que vers des projets économiques structurés.
Pour répondre à cette situation, Driss El Yazami a proposé de réfléchir à des instruments financiers dédiés, comme les obligations de la diaspora. Ce type d’outil permettrait de mobiliser l’épargne des MRE pour financer des projets structurants, avec plus de visibilité, de sécurité et de transparence.
La CGEM veut organiser le lien économique avec la diaspora
Du côté du patronat, Mehdi Tazi, nouveau président de la Confédération générale des entreprises du Maroc, a souligné l’importance stratégique des Marocains du Monde pour l’économie nationale.
Selon lui, la diaspora marocaine représente aujourd’hui l’un des réseaux économiques et humains les plus puissants dont dispose le Maroc à l’international. Elle regroupe une nouvelle génération de profils qualifiés : ingénieurs, entrepreneurs, investisseurs, cadres, chercheurs, experts technologiques ou encore fondateurs de start-up.
Ces Marocains du Monde évoluent dans des secteurs d’avenir comme l’intelligence artificielle, les énergies renouvelables, les nouvelles technologies, la finance, l’industrie ou la recherche scientifique.
Pour la CGEM, l’enjeu n’est donc plus uniquement le montant des transferts envoyés au Maroc. Le vrai sujet est leur transformation en investissements structurés, durables et créateurs de valeur.
La “13e région” de la CGEM comme passerelle
La CGEM entend jouer un rôle actif à travers sa “13e région”, une structure pensée pour les entrepreneurs marocains du monde. Cette plateforme vise à créer un lien permanent entre les porteurs de projets de la diaspora, les entreprises marocaines, les banques, les institutions et les partenaires économiques.
L’objectif est de ne pas limiter la relation avec les MRE à des événements ponctuels. Il s’agit plutôt de créer un espace continu de dialogue, de mise en relation et d’accompagnement.
Le patronat souhaite également relancer un dialogue structuré avec la diaspora, en coordination avec les ministères, les banques et des partenaires internationaux. Cette démarche pourrait permettre d’améliorer les incitations, de faciliter l’accès au financement et de simplifier encore davantage le parcours de l’investisseur marocain établi à l’étranger.
Ismaïl Lamghari : vers une relation gagnant-gagnant
Le secrétaire général du département des Marocains résidant à l’étranger, Ismaïl Lamghari, a replacé ce forum dans le cadre des Orientations Royales appelant à renouveler les politiques publiques destinées à la diaspora.
Il a rappelé que plusieurs dispositifs ont déjà été lancés pour accompagner les investisseurs MRE, notamment avec Tamwilcom et d’autres mécanismes de soutien. Mais son message central portait surtout sur l’esprit de cette nouvelle approche : construire une relation gagnant-gagnant avec les Marocains du Monde.
Autrement dit, il ne s’agit plus de compter uniquement sur le sentiment d’attachement au pays. Cet attachement reste fort, bien sûr, mais il doit être accompagné par une offre économique sérieuse, moderne et compétitive.
Les Marocains du Monde doivent pouvoir trouver au Maroc un environnement crédible pour investir, tandis que le Royaume peut bénéficier de leurs capitaux, de leurs compétences, de leurs réseaux et de leur expérience internationale.
Investir au Maroc, même à distance
Ismaïl Lamghari a également insisté sur le rôle des nouvelles technologies. Aujourd’hui, un Marocain du Monde n’a plus forcément besoin d’être présent physiquement au Maroc pour lancer ou suivre un projet.
Grâce à la digitalisation, certains investissements peuvent être préparés, pilotés ou accompagnés à distance, notamment dans les secteurs numériques et technologiques. Cela ouvre de nouvelles perspectives pour les MRE qui vivent en Europe, en Amérique du Nord, dans les pays du Golfe ou ailleurs, et qui ne peuvent pas se déplacer régulièrement au Maroc.
Cette évolution est particulièrement importante pour les projets liés à la tech, au conseil, à la formation en ligne, à l’e-commerce, à l’intelligence artificielle ou aux services numériques. Dans ces domaines, la distance peut devenir un atout plutôt qu’un obstacle.
Tanger, un choix symbolique
Le choix de Tanger pour accueillir ce forum n’est pas anodin. La ville incarne le Maroc moderne, industriel et connecté. Avec Tanger Med, ses zones industrielles, ses infrastructures logistiques et sa proximité avec l’Europe, la région est devenue l’une des vitrines économiques du Royaume.
Pour les Marocains du Monde, Tanger envoie un message clair : le Maroc veut attirer leur énergie vers des secteurs productifs et tournés vers l’avenir, et pas seulement vers l’immobilier ou les investissements traditionnels.
La ville représente aussi une forme de passerelle entre le Maroc et le monde. Elle reflète parfaitement le rôle que peut jouer la diaspora : connecter le Royaume à des marchés, des idées, des compétences et des réseaux internationaux.
Un nouveau pacte économique à construire
Les différentes interventions ont fait ressortir une même conviction : le Maroc veut bâtir une nouvelle relation économique avec ses citoyens établis à l’étranger.
Cette relation repose sur quatre éléments essentiels.
D’abord, la confiance. Sans confiance, les Marocains du Monde hésiteront toujours à engager leur argent, leur temps et leur énergie.
Ensuite, l’accompagnement. Les investisseurs MRE ont besoin d’être guidés avant, pendant et après le lancement de leurs projets.
Il y a aussi la structuration du lien économique. La diaspora doit pouvoir compter sur des plateformes permanentes, des réseaux professionnels et des mécanismes financiers adaptés.
Enfin, l’ancrage territorial constitue un levier essentiel. De nombreux Marocains du Monde expriment le souhait de contribuer au développement de leur région d’origine. Pour accompagner cette dynamique, il apparaît important de renforcer la visibilité des opportunités locales, de mieux structurer les projets proposés et de favoriser une meilleure articulation entre les investisseurs MRE, les collectivités territoriales, les Centres régionaux d’investissement et les acteurs économiques locaux.
une initiative porteuse pour renforcer le lien économique avec les Marocains du Monde
Le Forum national sur l’investissement et les Marocains du Monde constitue une initiative importante dans la consolidation des liens entre le Maroc et sa diaspora. En réunissant responsables publics, institutions, patronat, acteurs financiers et Marocains établis à l’étranger, ce rendez-vous a permis de mettre en avant une ambition commune : faire de la diaspora marocaine un partenaire actif du développement économique national.
Les interventions d’Aziz Akhannouch, Karim Zidane, Driss El Yazami, Mehdi Tazi et Ismaïl Lamghari ont convergé vers une même orientation : mieux valoriser le potentiel économique, humain et entrepreneurial des Marocains du Monde, tout en renforçant les mécanismes d’accompagnement, d’information et de confiance.
Cette rencontre a également permis de rappeler l’importance d’une approche structurée, fondée sur la clarté des dispositifs, la proximité avec les territoires, la mobilisation du secteur privé et la simplification du parcours de l’investisseur. À ce titre, les initiatives annoncées, notamment le renforcement de l’accompagnement institutionnel, la mobilisation des CRI, le rôle de la CGEM et la mise en avant des outils de financement, constituent des signaux positifs.
Au-delà des échanges tenus à Tanger, l’enjeu sera de poursuivre cette dynamique dans la durée, à travers un suivi régulier, des dispositifs opérationnels et une coordination renforcée entre les différents acteurs concernés. Les Marocains du Monde disposent d’un attachement profond au Royaume, mais aussi de compétences, de réseaux et d’expériences précieuses.
En saluant cette initiative, le Forum de Tanger ouvre ainsi une perspective encourageante : celle d’un partenariat renouvelé avec la diaspora, au service de l’investissement, de l’emploi, de l’innovation et du développement équilibré des régions du Royaume.
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