L’Espagne lance sa vaste opération de régularisation des sans-papiers
C’est désormais officiel. Deux mois après l’annonce par le gouvernement espagnol de son plan de régularisation, et au lendemain de son adoption en Conseil des ministres, le décret royal ouvrant la voie à une régularisation administrative exceptionnelle a été publié mercredi au Journal officiel espagnol. Ce texte concerne près d’un demi-million de migrants en situation irrégulière sur le territoire.
Parmi les critères d’éligibilité fixés par le décret figurent la preuve d’une présence sur le territoire avant le 1er janvier 2026, ainsi qu’une résidence continue en Espagne d’au moins cinq mois avant la date de dépôt de la demande. Les candidats ne doivent par ailleurs présenter aucun casier judiciaire, ni en Espagne ni dans leur pays de résidence au cours des cinq années précédant leur arrivée, et ne pas représenter une menace pour l’ordre public.
Sur son compte X, le chef du gouvernement Pedro Sánchez a défendu la mesure comme une réponse « naturelle et nécessaire » à la réalité espagnole. Il a rendu hommage à ces personnes qui « s’occupent de nos aînés, travaillent pour que la nourriture arrive dans nos assiettes, innovent, créent des entreprises, et dont les enfants partagent avec les nôtres les bancs d’école, les jeux et l’avenir ». Sánchez a insisté sur le fait que cette reconnaissance de droits s’accompagne d’obligations, au nom d’une société égalitaire et d’un modèle de coexistence durable.
Le ministère de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations a par ailleurs mis en ligne un portail dédié, offrant une information détaillée sur les conditions, les documents requis et les modalités de dépôt des dossiers.
La mesure ne fait pas l’unanimité. Si les organisations de défense des droits des migrants et une partie de la gauche saluent une avancée humanitaire longtemps attendue, l’opposition de droite et d’extrême droite dénonce quant à elle un signal dangereux susceptible d’encourager l’immigration irrégulière. Le Parti populaire et Vox ont tous deux annoncé leur intention de contester le décret, invoquant des risques pour la cohésion sociale et la souveraineté de l’État en matière migratoire.
Entre ces deux positions, le gouvernement Sánchez défend une approche qu’il qualifie de réaliste : intégrer dans le droit commun des personnes déjà présentes et actives sur le territoire, plutôt que de maintenir une situation de fait qui profite à l’économie informelle tout en privant l’État de cotisations sociales. Un arbitrage qui reflète les tensions profondes traversant les sociétés européennes face à la question migratoire.
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