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MashaaDunya à Bruxelles : des mémoires à transmettre, une scène à partager

Des portraits de femmes de l’immigration aux créations d’une nouvelle génération d’artistes, MashaaDunya propose une autre manière de raconter les diasporas. Alors que le volet des expositions est arrivé à son terme, le concert de clôture du 28 novembre offre une nouvelle porte d’entrée dans cette démarche.

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MashaaDunya à Bruxelles : des mémoires à transmettre, une scène à partager

Que reste-t-il d’une histoire familiale lorsqu’elle ne trouve pas sa place dans les récits publics ? Des photographies, des souvenirs transmis à demi-mot, des objets conservés, parfois des silences. C’est dans cet espace entre mémoire intime et reconnaissance collective que se situe l’intérêt de MashaaDunya.

À Bruxelles, le festival, inscrit au calendrier du 8 octobre au 28 novembre 2026, fait dialoguer plusieurs expressions des cultures marocaine, turque, congolaise et belge. À ce stade, une première séquence appartient déjà au passé : selon le calendrier officiel, les expositions Mabubu et Bnat El Ghorba se terminaient le 30 octobre, tandis que le volet collectif annoncé sur la page d’accueil sous le titre Regards partagés se poursuivait jusqu’au 6 novembre.

Les femmes, sujets de leur propre histoire

Avec Bnat El Ghorba, porté par Empact, le programme réunissait les portraits de 60 femmes issues des diasporas marocaine et turque, accompagnés de témoignages belges. Le projet s’appuie sur une collecte de récits entreprise en 2024. 

L’intérêt éditorial de cette proposition tient au déplacement du regard. Une femme de l’immigration ne se résume pas à son départ, à son statut familial ou à sa capacité d’adaptation. Son parcours peut aussi se lire à travers le travail, les choix personnels, les solidarités et la transmission.

Pour les familles marocaines de Belgique, cette perspective ouvre une question essentielle : quelle place accordons-nous à l’histoire des mères et des grands-mères lorsque nous racontons notre présence dans le pays ? Le portrait devient alors davantage qu’un hommage. Il invite à recueillir des paroles avant qu’elles ne disparaissent, et à considérer les archives familiales comme une matière digne d’entrer dans l’espace culturel.

Des héritages qui se répondent sans se confondre

La proposition photographique de Pamela Tulizo, présentée sous l’intitulé Mabubu, aborde les résistances de femmes africaines et les mécanismes d’effacement historique. Sa démarche relie également des formes anciennes d’exploitation aux enjeux contemporains de l’extraction des ressources.

Ce rapprochement donne de la profondeur à la rencontre entre diasporas. Les expériences marocaines, turques et congolaises ne sont pas interchangeables. Les mettre en présence permet toutefois de poser des questions communes : qui raconte l’histoire ? Quelles figures deviennent visibles ? Quels héritages sont transmis aux enfants ?

La même interrogation traverse le travail des jeunes artistes. Melanie Ebtissem Defoin, née d’une mère marocaine et d’un père belge, explore la mémoire par la photographie argentique et ses transformations numériques. Aylin Dönmez travaille, elle, à partir d’archives familiales et de l’héritage textile d’Emirdağ, en Turquie.

Ces démarches suggèrent une lecture féconde de la transmission : recevoir un héritage donne aussi la liberté de le transformer. Pour une génération qui grandit entre plusieurs références, créer peut devenir une manière de choisir son propre langage.

De l’image à la voix

Le programme du 6 novembre prévoyait également Mémoires en mouvement, une conférence musicale de François Makanga consacrée au parcours de ses parents, de l’Afrique centrale à Bruxelles. Le récit familial et la musique y étaient pensés comme deux moyens complémentaires de transmission.

À la lecture de cette programmation, une cohérence se dessine : faire circuler la mémoire entre le portrait, la création visuelle, la parole et le son. Cela ne permet pas, à soi seul, de mesurer la réception du festival ou ses retombées. Un bilan solide devra aussi documenter les publics touchés, les rencontres produites et les suites proposées aux artistes.

Le 28 novembre, une autre manière de découvrir le festival

La clôture annoncée réunira Fredy Massamba, Yasmine et Sibel Duo. Pour le lectorat marocain, Yasmine constitue notamment un point d’entrée : l’artiste belge d’origine marocaine développe un univers mêlant rap, RnB et pop.

Rendez-vous le 28 novembre à 19 heures à l’Espace Magh, 17 rue du Poinçon, à Bruxelles. Tarifs annoncés : 10 euros, 8 euros en tarif réduit, 1,25 euro au tarif Article 27. La réservation est accessible depuis le site du festival.

Pour celles et ceux qui ont manqué les expositions, cette soirée offre une possibilité de rejoindre le parcours par l’écoute. L’intérêt sera aussi de découvrir des artistes au-delà de ses références habituelles, de venir en famille ou entre amis et de laisser la curiosité guider la rencontre.

Car la valeur d’un tel rendez-vous se joue dans cette possibilité : reconnaître une part de son histoire, puis accepter qu’une autre voix élargisse le récit.

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